Mobilisations du 5 Octobre 2021 : appel à la grève dans le jeu vidéo

Si elle a pu sembler être mise en pause lors de l’épidémie de Covid-19, le gouvernement n’a jamais abandonné sa politique de destruction du système de santé français et des infrastructures sociales qui permettent de soutenir la majorité des travailleur‧ses et personnes sans emploi, qu’elles en cherchent un ou soient à la retraite. Au contraire, la pandémie est devenue un prétexte à une politique d’austérité annoncée, pour reprendre et continuer cette politique destructive.

La mise en application des derniers éléments de la réforme de l’assurance chômage va continuer à appauvrir des centaines de milliers de personnes, tandis que les aides d’état diminuent toujours plus, en particuliers les aides directes pour les jeunes. Si les files d’attente de personnes précaires qui cherchent de la nourriture existent toujours, les aides d’états pour les nourrir ont disparues.

Le retour de la réforme des retraites, défaite début 2020 par un grand mouvement social auquel le STJV avait pris part activement, a dors et déjà été annoncé. Avec leur volonté de toujours plus reculer l’âge de départ à la retraite, le patronat montre encore une fois qu’il n’a aucun scrupule à voir les travailleur‧ses mourir au travail ou vivre dans la misère dans leur grand âge et que, au contraire, ce ne sont pour elleux que des effet collatéraux nécessaires au développement de leur propre capital.

Il n’y aucun doute que le gouvernement va se servir de ces contre-réformes pour ses ambitions présidentielles. La campagne qui commence et l’élection de 2022 vont voir nos droits et nos libertés débattues et négociées, une majorité de candidat‧es n’ayant qu’un seul souhait : les réduire. Sans attendre d’analyser les programmes pour savoir qui voudra bien laisser des miettes aux précaires, aux jeunes, aux retraité‧es et aux travailleur‧ses, nous devons prendre les devant et imposer des demandes claires.

C’est pourquoi nous réclamons plus de justice sociale, une vraie lutte contre la pauvreté et une amélioration des services publics. Nous rejoignons les demandes exprimées par l’intersyndicale CGT- FO – FSU – Solidaires – FIDL – MNL – UNEF – UNL :

  • L’augmentation des salaires ;
  • l’abandon définitif des contre-réformes des retraites et de l’assurance chômage ;
  • un vrai travail avec un vrai salaire pour toutes et tous et l’égalité professionnelle femmes/hommes ;
  • la conditionnalité des aides publiques selon des normes sociales et environnementales permettant de préserver et de créer des emplois ;
  • l’arrêt des licenciements et la fin des dérogations au Code du travail et garanties collectives ;
  • un coup d’arrêt à la précarisation de l’emploi et à la précarité des jeunes en formation et une réforme ambitieuse des bourses ;
  • la fin des fermetures de services, des suppressions d’emplois, du démantèlement et des privatisations dans les services publics et la fonction publique et le renforcement de leurs moyens ;
  • le rétablissement de tous les droits et libertés pour la jeunesse comme pour le monde du travail.

Le Syndicat des Travailleurs et Travailleuses du Jeu Vidéo rejoint donc ces organisations en appelant à la grève le 5 Octobre 2021, et appelle les travailleur‧ses, chômeur‧ses, retraité‧es et étudiant·es du jeu vidéo à se mobiliser dans leurs entreprises, dans les assemblées générales et dans les manifestations qui auront lieu partout en France.

Nous rappelons que cet appel couvre le champ d’action du STJV dans le secteur privé, et concerne donc toute personne employée par une société d’édition, de distribution, de service et/ou de création de jeu vidéo ou matériel pour le jeu vidéo quel que soit son poste ou son statut et quel que soit le type de production de sa société (jeux consoles, PC, mobile, serious games, expériences VR/AR, moteurs de jeu, services marketing, consoles de jeu, streaming, etc.), ainsi que tout·es les enseignant·es travaillant dans des écoles privées dans des cursus en lien avec la production vidéoludique. Pour toutes ces personnes, et puisqu’il s’agit d’un appel national à la grève, aucune démarche n’est nécessaire pour se mettre en grève : il suffit de ne pas venir travailler les jours où vous souhaitez faire grève.

Les étudiant‧es sont exploité‧es au profit de l’image des écoles

Cet article est une sous-partie d’un grand dossier sur les études de jeu vidéo publié par le STJV. Vous retrouverez le sommaire de ce dossier, et les liens vers toutes ses parties, ici : https://www.stjv.fr/2021/09/dossier-sur-les-etudes-de-jeu-video/

Ces conditions d’études dégradées sont d’autant plus difficiles à identifier quand les écoles luttent activement contre leur ébruitement, au lieu de lutter contre les problèmes eux-mêmes, et essaient d’étouffer toute affaire. Quitte à empirer la situation pour les victimes et les mener à quitter leur formation. Les articles revenant sur les faits de discriminations et harcèlements parus dans Libération et Gamekult illustrent bien l’attitude des écoles quand elles sont confrontées à de tels problèmes. Depuis la parution de ces articles, des retours internes à plusieurs écoles font état du silence imposé par les directions pédagogiques sur leur contenu. Les publications d’un article et de notre communiqué, cité en introduction de ce dossier, sur le suicide d’un étudiant à LISAA, avaient déjà donné lieu à une suppression de la parole dans cette école.

Cette répression intolérable a de nombreuses causes mais, au niveau structurel, la principale serait sûrement la dépendance de ces écoles à leur image publique. Car leur rentabilité dépend de leur notoriété auprès des personnes souhaitant y entrer et auprès des entreprises, de manière à pouvoir y « placer » les étudiant·es qui en sortent (et ainsi utiliser ces placements comme arguments auprès de futur·es étudiant·es, bouclant la boucle). Cela pousse les directions d’écoles à exploiter les étudiant‧es pour leur propre profit.

On va voir notamment des écoles s’occuper en priorité des étudiant·es qui peuvent améliorer leur image, et donc des personnes considérées comme «doué·es» dans le référentiel économique actuel. En plus de creuser les inégalités, les moyens étant redirigés vers les élèves qui en ont le moins besoin au détriment de celleux qui en ont le plus besoin, cela participe à la dégradation des relations entre élèves, certains causant du tort aux autres par esprit de compétition, ou par jalousie. Le tout sous les yeux des directions, qui vont jusqu’à protéger les agresseurs pour entretenir la réputation de leur établissement. On nous a ainsi rapporté des cas d’élèves en ayant agressé sexuellement et/ou harcelé d’autres ne pas subir de sanctions car cela aurait pu « nuire à la qualité » des projets de fin d’études.

Ces projets étudiants sont en effet utilisés comme des objets marketing, permettant de promouvoir l’école avant tout. Le vol du travail des étudiant‧es par leurs organismes de formation est une pratique courante : copiant l’industrie du jeu vidéo, les contrats des écoles incluent des clauses de cessions des droits d’auteur à leur avantage. Bien que systématiquement illégales, puisqu’il est absolument impossible de céder des droits sur des œuvres futures, qui n’existent pas encore, l’existence de ces clauses va permettre aux écoles de faire jouer leur ascendant sur les étudiant‧es pour prétendre à l’utilisation de leurs travaux pour faire leur propre publicité. À titre d’exemple : la cérémonie des Pégases, qui décerne un prix (déjà problématique en soi) pour les projets étudiants, attribue la parentalité de ces projets non pas aux étudiant‧es elleux-même, mais à l’école dont iels viennent. Les étudiant‧es ne sont pas considérés comme les auteurs de ces projets.

Comme si cela ne suffisait pas, les élèves sont souvent forcé‧es, ou dans les meilleurs cas « très fortement invité‧es », à travailler pour faire la promotion de l’école lors des journées portes-ouvertes et autres salons. Ce travail non rémunéré permet aux écoles de feindre la transparence auprès des visiteur‧ses, en leur permettant de discuter « librement » avec des personnes étudiant actuellement dans l’école. Dans la réalité, les élèves sont souvent présents pour gagner des points bonus ou carrément parce que la promotion de l’école compte comme une unité d’enseignement à valider. Les écoles leurs fournissent des éléments de langages et surveillent ce qu’iels disent, plusieurs témoignages rapportant le malaise et la culpabilité ressentie par des étudiant‧es forcé‧es de mentir pour convaincre des lycéen‧nes de s’inscrire dans une école où elleux-même se sentent mal.

Enfin, l’exploitation des étudiant‧es peut être très littérale quand les écoles se servent d’elleux comme main-d’œuvre servile et bon marché. Car même lorsque des élèves travaillent pour l’école dans un cadre légal, ce qui est rarement le cas, la double relation de subordination travailleur‧se/étudiant‧e avec l’entreprise permet aux écoles d’utiliser le statut étudiant pour faire pression sur les conditions de travail et la rémunération, sans contrôle extérieur possible.

Dans les témoignages recueillis, nous avons pu constater que des écoles exploitent des élèves pour remplacer des unités d’enseignement, en les faisant travailler par exemple sur des contrats avec des entreprises privées « pour les préparer au monde professionnel », ou même comme « professeur‧es » en confiant des séances de travaux pratiques ou cours de première année à des étudiant‧es des années supérieur‧es. Les cas de travail illégal d’étudiant‧es, sans contrat et avec des « rémunérations » variables (bons cadeaux, réduction sur le coût de l’école, etc.), ne sont également pas rares. On nous a rapporté entre autres des cas d’écoles qui utilisent les étudiant‧es comme gardien·nes pour maintenir les locaux ouverts la nuit et le week-end, sans aucune supervision, ou en remplacement du service informatique en leur confiant la charge de l’entretien des ordinateurs de l’école et de l’installation des versions piratées de logiciels.

Le jeu vidéo français n’a pas à être une tribune de l’extrême droite

Il y a quelques jours, l’éditeur français Microids, qui produit de nombreux jeux à licence comme le prochain opus de la série Syberia, annonçait un partenariat avec le Puy du Fou pour produire un jeu vidéo sur ce parc à thème. Nous dénonçons ce partenariat et nous opposons à l’existence d’un tel jeu, qui pour nous constituerait un précédent dangereux dans notre industrie, en normalisant la présence d’une marque ayant de forts liens avec l’extrême-droite et participant activement à une propagande nationaliste.

Si le parc présente une image familiale et bon enfant, il est important de se pencher sur le contenu de ses spectacles. Basés sur le concept de roman national, qui postule que l’histoire d’un pays serait une ligne continue depuis des millénaires, comme s’il avait toujours existé, ils vantent et magnifient la « France » pré-révolutionnaire, monarchique et féodale. Son spectacle principal et le plus connu, la Cinéscénie, présente une vision uniforme de l’histoire, en y effaçant les minorités religieuses et occultant complètement les rapports de domination économique et sociale entre nobles et paysans. Leur vision manichéenne de l’histoire atteint son paroxysme quand ils évoquent la Révolution Française, présentée dans un pur révisionnisme comme un événement totalitaire et barbare contre lequel les vendéens royalistes se seraient bravement défendus.

Cette vision passéiste, qui met en opposition la monarchie et le féodalisme, présentés comme une période heureuse et naïve de l’histoire, et la Révolution Française, présentée comme sombre et comme cause d’un « déclin français », est dangereuse. Par son discours contre-révolutionnaire, elle propage des idées nationalistes qui vont à l’encontre des acquis sociaux et de nos libertés, et font la promotion d’une société inégalitaire.

Ces critiques ne viennent pas de nulle part, et se basent sur les travaux et dénonciations de nombreux historiens et personnalité politiques. Pour celleux qui voudraient aller plus loin, on peut notamment citer Jean-Clément Martin et Charles Suaud, Michel Vovelle ou encore cet article de Guillaume Mazeau.

Cet état de fait est moins surprenant quand on se penche sur la famille qui a créé et dirige le Puy du Fou. Ce parc est le fruit de Philippe de Villiers, personnalité politique d’extrême-droite proche des milieux fondamentalistes catholiques, qui a lui-même reconnu la portée militante du parc dans une interview pour le défunt magazine France, publication d’extrême-droite créée par Damien Rieu (figure de la droite identitaire et candidat du Rassemblement National) : «Par mes livres ou mon Puy du Fou, j’ai fait passer beaucoup plus d’idées qu’en restant la énième écrevisse de la bassine» [propos rapporté par Libération ici].

Ses liens avec l’extrême-droite internationale l’ont ainsi amené à essayer d’ouvrir des parcs similaires en Russie et en Crimée occupée, avec l’appui personnel de Vladimir Poutine et de Konstantin Malofeev, un militant royaliste et fondamentaliste religieux proche du président russe accusé d’avoir personnellement financé des groupes armés pro-russes en Ukraine. Si tout cela ne suffisait pas, le Puy du Fou abrite aussi une école hors-contrat à l’organisation traditionaliste et militariste, et finance une fondation anti-IVG liée à l’organisation anti-LGBT « Manif pour tous ».

Nous ne pouvons que déplorer l’association de Microids avec une telle organisation, qui ne ferait à notre sens qu’aider le Puy du Fou à étendre sa présence médiatique, lui permettant de diffuser sa propagande plus largement. La sortie prévue du jeu, au printemps 2022, ferait également coïncider la campagne de communication autour de celui-ci avec la campagne pour les élections présidentielles françaises, ce qui n’arrange rien au problème. Nous demandons à Microids de revenir sur ce partenariat.

Quantic Dream contre Le Monde et Médiapart : sous l’esbroufe, les faits

En juin dernier, le STJV a témoigné au tribunal en faveur des journalistes de Médiapart et du Monde, face aux accusations en diffamation de l’entreprise Quantic Dream. Cela répondait à plusieurs intérêts : tout d’abord celui d’aider des journalistes qui informent sur, et rendent visibles, les problèmes de nos industries et plus généralement de notre société, qui se retrouvaient au cœur de ce que nous considérons comme une procédure-bâillon, et ensuite défendre la liberté de s’exprimer sur ses conditions de travail, vitale pour tou‧tes les travailleur‧ses.

Aujourd’hui, le 9 Septembre 2021, nous avons appris avec plaisir la victoire de Médiapart contre Quantic Dream, qui a été débouté de ses accusations en diffamation contre le journal. La justice a reconnu le sérieux et la bonne foi du travail des journalistes. Toutefois, Le Monde a été condamné. Il faudra disposer des motivations exactes de l’arrêt pour comprendre cette inquiétante asymétrie, mais il s’agit là d’un recul pour la liberté d’expression et la parole de toutes les victimes de sexisme, harcèlement sexuel et de manière générale de conditions de travail déplorables, au bénéfice d’un patronat qui emploie toutes ses ressources pour faire taire toute accusation.

Nous souhaitons partager nos analyses sur ce qui a pu transparaître au cours des audiences, et sur le résultat de ce procès. Ces retours nous viennent de notre représentant‧e au procès, ainsi que de comptes-rendus des audiences.

L’hyperpersonnalisation des problèmes

Nous constatons que beaucoup des arguments de Quantic Dream ramènent en fait à des considérations personnelles (« je n’avais jamais vu de photomontages scandaleux avant l’affaire », « je ne comprends pas les articles, pour moi tout va bien », « j‘ai du mal à pardonner », « je connais à peine Canard PC, c’est pour ça qu’on ne les poursuit pas », « je n’ai de compte à rendre qu’à la justice, le fisc [et autres institutions] », …), notamment quand les patrons du studio s’acharnent à penser que la seule raison pour laquelle un‧e journaliste pourrait vouloir écrire un article les accusant d’entretenir une culture d’entreprise toxique serait une inimitié personnelle.

Or, bien que les affinités personnelles puissent contribuer à des problèmes au sein des entreprises, il est évident que tout n’en relève pas. Une personne qui lutte pour faire valoir ses droits n’en veut pas forcément au patron personnellement, il s’agit avant tout de faire respecter des engagements qui ne l’ont pas été. De même, le STJV, en tant que syndicat, n’entretient pas de rancunes personnelles : lorsque nous défendons une personne contre son employeur, nous le faisons car le respect de nos droits à toutes et tous est une affaire qui nous concerne collectivement.

L’ignorance affligeante des patrons sur tout ce qui sort de leur sphère

Un moment de bravoure de ce procès aura été cette question de l’avocat de Quantic Dream à notre représentant‧e : « avez-vous effectué du travail pour Médiapart [en leur expliquant la situation de l’industrie, et en leur fournissant des contacts] ? ». Nous n’avons pas à nous en cacher : la réponse est oui. Nous fournissons un travail constant, issu de la mise en commun des moyens de travailleur‧ses bénévoles, au service des travailleuses et travailleurs du jeu vidéo. Nous n’avons pas besoin de journalistes de complaisance pour ça, juste de leur communiquer les réalités du terrain, que nous connaissons bien.

Le complotisme n’est pas toujours où on le croit

De cette hyperpersonnalisation et ignorance au complotisme de bas étage, il n’y a qu’un pas, franchi avec aisance ici. L’obsession de Quantic Dream de parler des dégâts qui auraient été subis suite à ces articles illustre une vision hors-sol du monde, où tout est dû à David de Gruttola et Guillaume Juppin de Fondaumière. Et le terme de complotisme n’est ici pas usurpé : c’est bien le même mécanisme de rejet de la réalité qui amène ces personnes aisées et extrêmement favorisées à chercher des tourmenteurs fictifs, ou encore à vouloir effacer toute critique, même légitime et sourcée.

Les enseignements du verdict

La cour a reconnu la bonne foi et le sérieux du travail fourni par les journalistes de Médiapart. Rappelons tout de suite que dans ce cas, la justice ne se prononce pas sur la véracité du contenu des articles, dans un sens comme dans l’autre. La direction de Quantic Dream ferait donc bien d’éviter de prétendre être lavée de tous soupçons, alors même qu’elle a été déboutée de ses demandes. Ce jugement confirme que le travail des journalistes dans cette affaire était légitime, et mené dans toutes les conditions de professionnalisme et de prudence requises. Rappelons également que ce jugement reconnait bien l’absence d’animosité personnelle, angle qui était pourtant central à l’accusation de Quantic Dream. Il serait grand temps désormais pour la direction de Quantic Dream de mettre fin à ses manœuvres de communication et d’intimidation.

Nous restons choqué de la condamnation du Monde, pour laquelle il nous faudra de plus amples informations pour comprendre cet étrange verdict, tant les accusations de rancune personnelle nous semblaient faibles. Nous reviendrons sur ce jugement ultérieurement.

Dans cette affaire comme dans l’immense majorité de celles où nous accompagnons des travailleur‧ses en justice, les témoignages et la parole publique ne sont pas des actions prises à la légère. Dans cette affaire comme dans tant d’autres, il s’agit simplement du dernier recours de personnes ignorées ou réduites au silence. Plus que jamais, le STJV est donc déterminé à réduire la dissymétrie de moyens inhérente aux conflits entre employé‧es et patron‧nes, en soutenant les personnes ayant à se défendre face à des entreprises déployant l’ensemble de leurs richesses pour cacher leurs fautes plutôt que pour régler les problèmes existants, en parlant aux journalistes qui produisent ces enquêtes détaillées et circonstanciées, et en défendant nos droits à toutes et tous en témoignant au tribunal.

Les conditions d’études sont très souvent dégradées

Cet article est une sous-partie d’un grand dossier sur les études de jeu vidéo publié par le STJV. Vous retrouverez le sommaire de ce dossier, et les liens vers toutes ses parties, ici : https://www.stjv.fr/2021/09/dossier-sur-les-etudes-de-jeu-video/

Avertissement : Dans cet article nous abordons des situations d’abus, harcèlements, agressions, suicide, etc. qui peuvent être violentes à la lecture pour des personnes qui en ont été victimes.

Tout d’abord, et à l’image de l’industrie du jeu vidéo, les conditions d’études dans les écoles et formations de jeu vidéo sont mauvaises. Si elles varient d’une école, d’une formation et d’une année à une autre, elles en viennent à impacter chaque étudiant‧e au cours de sa scolarité.

Rien qu’au niveau matériel, le STJV a pu recenser de nombreux défauts : du matériel informatique et du mobilier de bureau obsolète ou cassé, parfois tout simplement non fourni, accentuant les différences entre élèves, les plus aisé‧es ayant accès à du matériel personnel leur permettant de travailler, tandis que les plus pauvres doivent se démener avec le peu qu’on met à leur disposition. Certaines écoles vont jusqu’à mentir lors des journées portes-ouvertes (JPO) : on nous a rapporté des cas d’écoles qui louent du matériel récent uniquement pour les JPO, dans le but d’impressionner parents et futur‧es élèves. Ailleurs, des infrastructures souffrant d’un taux d’humidité important, d’une mauvaise aération ou n’ayant carrément pas de chauffage nuisent directement à la santé des élèves.

Bien que cela semble commencer à être moins courant, de nombreuses écoles ne fournissent pas de licences pour les logiciels nécessaires aux cours. L’installation de logiciels crackés (piratés) sur les ordinateurs de l’école ou directement sur ceux des étudiant‧es est une pratique maintes fois abordée par les témoins. Comme dans ce témoignage d’un‧e ancien‧ne étudiant‧e d’ISART Digital :

« Un des passages obligatoires avant la rentrée scolaire consistait à apporter son PC personnel au service informatique de l’école, pour que celui-ci installe plusieurs versions crackées de logiciels -normalement payants- dessus. »

Comme rapporté en détails dans les premiers articles publiés chez Gamekult et Libération, la charge de travail est bien trop élevée dans les formations de jeu vidéo et d’animation, copiant ainsi les pires travers (le « crunch ») que l’on peut trouver dans l’industrie. Le manque de coordination pédagogique entraîne une accumulation de projets qui ne peuvent être réalisés et rendus dans des conditions normales et les dates de rendu choisies (juste après des weekends ou vacances) poussent au surtravail. Quand ce ne sont pas les directions pédagogiques elles-mêmes qui poussent les étudiant‧es à se tuer au travail : nous avons pu consulter de nombreux mails et messages envoyés à des élèves dans lesquels iels sont poussé‧es à travailler toujours plus, et où les nuits blanches de travail sont présentées comme la norme, ou même un idéal à atteindre.

Les attentes en terme de qualité et de quantité sont aussi bien trop élevées, et dépassent ce qu’il serait normal d’attendre d’étudiant‧es en plein apprentissage. Les écoles et professeur‧es les poussent autant que possible à « produire » des projets d’études qui prennent la forme de produits finis. L’aspect pédagogique des exercices passe complètement au second plan : ne compte plus que la marketabilité des projets (et donc du travail gratuit des étudiant·es), sans se soucier des conséquences sur les conditions d’études et de vie. Le surtravail est mauvais pour la santé, physique ET mentale, et est particulièrement dangereux à un âge de construction sociale et intellectuelle.

Sur le plan de la sociabilisation durant les études, les mêmes gros points noirs ont été retrouvés dans chacune des formations pour lesquelles nous avons reçu des témoignages. Sexisme, racisme, homophobie, transphobie et toutes autres sortes de discriminations basées sur l’identité, la culture, le lieu de vie, le handicap, la santé, etc. des étudiant‧es sont présentes partout, à divers degrés. Sous couverts de « blagues » s’installe de manière récurrente une atmosphère rappelant à toute personne sortant de la norme de l’industrie qu’elle n’est pas la bienvenue. Et cela va parfois jusqu’à des discriminations sur les notes et les passages en année supérieure. Les faits de harcèlement, commis par des élèves, professeur‧es, intervenant‧es et/ou les directions, ne sont pas rares et poussent chaque années des étudiant‧es à abandonner leurs études, dans la dépression ou, dans des cas plus rares et plus extrêmes, au suicide. Les deuxièmes articles publiés par Libération et Gamekult abordent le cas du sexisme de manière plus approfondie.

Ces exactions sont notamment rendues possibles par l’absence, bien trop courante, de suivi des étudiant‧es. Le manque de temps et de moyens alloués au corps professoral en est en partie responsable, et cette situation est causée par l’inaction de directions qui considèrent tout ce suivi comme « annexe », niant que la vie étudiante fait partie intégrante des cycles d’études. Des écoles vont jusqu’à considérer que tout ce qui se passe en dehors des rendus de projets et notes ne les concernent pas : cela a parfois déjà été dit explicitement à des professeur·es et étudiant·es. Cela leur permet de balayer la réalité et la responsabilité directe des écoles dans la vie des étudiant·es, que ce soit leurs besoins personnels (handicap, situation sociale, santé, précarité financière, et.) et leurs relations avec les autres étudiant·es (sur les réseaux sociaux, entre les cours, dans des soirées et événements, …). Les conséquences de cette déresponsabilisation sont terribles, menant des étudiant·es au suicide quand la direction de leurs écoles ignore délibérément les signalements répétés de campagnes de harcèlement ou d’agressions.

Dossier sur les études de jeu vidéo

Avertissement : Au fil des articles présentés ici nous abordons des situations d’abus, harcèlements, agressions, suicide, etc. qui peuvent être violentes à la lecture pour des personnes qui en ont été victimes.

Les expériences de nos camarades du STJV, les témoignages et retours que le syndicat a eu directement, par les réseaux d’ancienn‧es élèves et des collègues professeur‧es, rendent évident le constat suivant : la filière d’enseignement du jeu vidéo est, dans son ensemble et de manière systémique, nocive et détruit des vies.

Un appel à témoignage public sur les conditions d’études lancé par le STJV début 2020 a permis de constater que le problème est bien plus répandu et surtout bien plus grave que ce que nous pensions à l’origine. Nous avons recueilli à date de publication une soixantaine de témoignages concernant plus de 30 écoles et formations, avec parmi elles les écoles les plus connues en France.

Le suicide d’un étudiant à LISAA en Décembre 2020, suivi d’une répression interne par l’école pour étouffer l’événement, nous avait poussé à accélérer nos efforts d’information sur cette situation, et notamment à contacter des journalistes pour les alerter sur ces questions. Grâce à notre contact et en se basant d’abord sur le corpus de témoignages à notre disposition, ils ont pu lancer leurs propres enquêtes pour confirmer nos informations puis publier des séries d’articles sur les écoles de jeu vidéo dans Libération et Gamekult (liens à la fin du communiqué) mi-Avril 2021.

L’aspect cool de la production de jeux vidéo, que les entreprises de l’industrie utilisent déjà pour garder les salaires et conditions de travail mauvaises, est aussi exploité par les écoles qui en profitent pour attirer toujours plus de jeunes prêt‧es à payer des sommes astronomiques pour essayer d’en faire leur métier.

Comme partout ailleurs, comme dans le reste de l’industrie du jeu vidéo, les mécanismes de domination économiques, hiérarchiques, sexistes, racistes, validistes, ainsi que la répression active des directions d’écoles tendent à empêcher toute amélioration de la situation et à réduire (au moins en apparence) les capacités d’actions des personnes qui souhaitent cette amélioration.

Ces mécanismes créent et accroissent les inégalités et discriminations dans l’industrie, et ce dès l’entrée des écoles avec sélections discriminatoires et prix exorbitants, qui ne font que s’accentuer au cours des études avec tous les leviers possibles : quasi-impossibilité d’avoir un job à côté des cours avec la charge de travail, rareté et mauvaise gestion des parcours en alternance, accès à du matériel très inégal, pression pour faire des stages dans n’importe quelle ville, non-rémunérés, etc. Les problèmes de diversité de l’industrie du jeu vidéo commencent dès les études.

La grande majorité des problèmes que nous avons constaté ont pour cause la marchandisation de l’enseignement et des étudiant‧es. Les écoles privées restent avant tout des entreprises : elles sont donc soumises à des impératifs de rentabilité. Cette rentabilité a plus ou moins d’importance selon qui possède l’école, avec dans les pires des cas des groupes ou fonds d’investissement qui ne traitent les écoles que comme des vaches à lait dont la rentabilité doit toujours augmenter au détriment des travailleur‧ses et étudiant‧es. Même les directions les mieux intentionnées (quand elles le sont !) ne peuvent échapper à cette réalité imposée par l’organisation capitaliste de l’économie.

Après près de 2 ans de travail au sein du STJV, nous revenons dans ce dossier fleuve sur les problèmes constatés dans les écoles de jeu vidéo, les choses auxquelles faire attention quand on veut étudier le jeu vidéo, et sur ce que nous pouvons faire et réclamer pour empêcher que des générations entières de personnes intéressées par notre industrie continuent à être saignées à blanc chaque année. Nous ne parlerons ici que du jeu vidéo car c’est notre secteur et que c’est là que nous avons le plus d’informations mais, à de rares exceptions près, tout cela s’applique pour l’ensemble de l’enseignement supérieur privé.

La taille de ce dossier nous oblige à le publier de manière fractionnée. Nous en publierons régulièrement les sous-parties, qui seront accessibles par les liens ci-dessous.

Partie 1 – État des lieux

  1. Les conditions d’études sont très souvent dégradées
  2. Les étudiant‧es sont exploité‧es au profit de l’image des écoles
  3. La qualité d’enseignement reste très discutable – publication prévue 21/09/21
  4. à venir
  5. à venir
  6. à venir

Partie 2 –

  1. à venir
  2. à venir
  3. à venir

Le dossier sera disponible aux format .pdf et .epub une fois publié en entier.

Les articles de Libération et Gamekult dont nous parlions en introduction sont disponibles ici :

Mesures sanitaires : nous protéger collectivement, en dépit du gouvernement

D’autres que nous ont très bien exposé les problèmes de fond posés par la mise en place du « pass sanitaire » par le gouvernement : voir notamment cette tribune, ou les communiqués de la CGT, de l’Union Solidaires et de l’Union Communiste Libertaire. Au-delà des mesures elles-mêmes, il y a une méthode de gouvernance inacceptable qui consiste à annoncer sans débat, à faire voter sans négociation et à imposer sans justification, détruisant un des fondements d’une démocratie : la séparation des pouvoirs.

Ses justifications, le gouvernement ferait bien de les revoir car, derrière ses discours rassurants sur la situation sanitaire, il y a de réels problèmes voire des incohérences profondes. Son empressement à revenir « à la normale », mû comme souvent par des volontés électoralistes, l’amène à mentir pour laisser entendre que la vaccination est une sorte de baguette magique mettant fin à l’épidémie pour les personnes vaccinées.

Si les bénéfices (réduction significative des risques pour soi et pour les autres, et à terme participation à l’éradication du virus) de la vaccination sont immenses et incontestables, elle ne protège pas à 100% et n’empêche pas complètement de se contaminer ou de contaminer les autres. Le vaccin n’est donc pas une solution individuelle mais collective.

C’est pourquoi il est important que le plus grand nombre d’entre nous se fasse vacciner, non pas pour suivre le gouvernement dans son idéologie individualiste mais pour notre santé à toutes et à tous. La campagne du gouvernement est tissée de mensonges et favorise de manière disproportionnée les populations aisées, comme toutes ses politiques. Agissons de manière autonome pour construire une couverture vaccinale capable de protéger tou‧tes les travailleur‧ses !

N’oublions pas non plus que derrière cette gestion calamiteuse de la pandémie et de la campagne de vaccination, le gouvernement a la volonté de relancer des réformes tout aussi néfastes pour les travailleuses et travailleurs, en particulier sur la gestion du chômage et les retraites. Il est hors de question qu’après avoir fait moins que le strict minimum dans la gestion de la pandémie, Emmanuel Macron se pique d’imposer ces réformes injustes, injustifiées et rejetées en masse.

Devant l’absence de clarté du gouvernement qui, par exemple, a annoncé en grande pompe la possibilité de licencier un salarié sans pass sanitaire alors que celle-ci a bien heureusement été retirée de la loi votée, le STJV continuera d’aider et de protéger les travailleuses et travailleurs qui en ont besoin. Dans le contexte actuel, cela implique de rappeler les faits suivants (en complément de ce que nous rappelions déjà au début de l’été) :

  • Le télétravail reste une solution pratique, efficace et éprouvée par plus d’un an de crise sanitaire. Les métiers du jeu vidéo, dans leur ensemble, y sont très propices. Les entreprises du milieu du jeu vidéo doivent continuer à y recourir jusqu’à ce que la situation sanitaire permette réellement de relâcher les mesures prises.
  • L’application des mesures sanitaires (désinfection et aération des locaux, distanciation physique, protection par le port du masque durant toute la journée de travail) est indispensable et obligatoire si la présence physique au bureau est nécessaire. Le renouvellement minimal de l’air peut aussi être contrôlé (capteurs de CO2) et dans les lieux peu ou pas aérés, des dispositifs de filtration de l’air (norme HEPA) peuvent être installés et régulièrement changés pour diminuer les risques.
  • La possibilité de suspendre le salaire pour absence de pass sanitaire pour les personnes travaillant dans un endroit où il est requis (et donc PAS dans les entreprises produisant des jeu vidéo !) est une aberration, d’autant plus que le rythme de vaccination actuel ne permet pas à toutes et tous d’être vacciné au jour d’entrée en vigueur du pass sanitaire. Nous nous opposerons fermement à tout patron qui utiliserait cette mesure, d’autant plus quand d’autres solutions existent. La suspension de salaire est une sanction brutale et inacceptable, et est tout simplement à proscrire.
  • Le parlement a enfin entériné, dans l’article 17 du texte voté, l’autorisation pour les salariés d’aller se faire vacciner sur les horaires de travail, sans diminution du salaire ou des droits aux congés. Il n’y a donc plus aucune excuse possible à ce niveau, et nous serons intraitables face à toute entreprise qui s’opposerait à l’exercice de ce droit.

Quoi qu’il en soit, le STJV continuera de surveiller l’application des mesures gouvernementales et l’attitude générale des entreprises du secteur. Nous restons toujours à la disposition de celles et ceux qui auraient besoin de notre aide, ou auraient des questions sur leur situation ou celle de leur entreprise. N’hésitez jamais à nous contacter à contact@stjv.fr

Manifestons par milliers pour l’interdiction des licenciements, contre les suppressions d’emplois et la réforme de l’assurance chômage !

Nous reproduisons ici le communiqué de la coordination nationale contres les suppressions d’emploi à l’appel des TUI, dont le STJV est signataire. Notre syndicat sera présent à la manifestation du 19 Juin.

Le 23 janvier dernier, plusieurs milliers de manifestant‧e‧s, syndicalistes, militant‧e‧s, travailleuses et travailleurs du public et du privé, licencié‧e‧s, jeté‧e‧s comme des malpropres à la porte des entreprises, défilaient à l’appel des TUI dans les rues de Paris de l’Assemblée Nationale au Medef.

Plus d’un an après le début de la pandémie et 100 000 morts plus tard, le maintien à tout crin des profits des actionnaires sème sur son chemin des milliers de salarié‧e‧s sans-emploi.

Les aides publiques par milliards remplissent les caisses des patrons du CAC 40, les engraissent jusqu’à faire exploser les chiffres des profits. Ils s’appuient sur la crise sanitaire pour licencier et continuer à se goinfrer même si cela veut dire que nous toutes et tous, quelque soit notre secteur professionnel, soyons viré‧e‧s par charrettes et emplissions la file déjà immense des privé‧e‧s d’emplois.

Début avril 2021, le Ministère du travail recense 928 plans de licenciements PSE cumulés entre le1er mars 2020 au 21 mars 2021. Cela représente plus de 105000 ruptures de contrats envisagées dans ce cadre, auxquelles s’ajoutent les 7375 licenciements dans le cadre de procédures concernant moins de 10 salariés.

13 nouveaux plans de licenciements sont toujours annoncés chaque semaine.

Alors que les plans de licenciements se multiplient depuis plus d’un an, le gouvernement ne trouve rien de mieux à faire qu’une réforme de l’assurance chômage, qui va accroître la misère de centaines de milliers de privés d’emploi. Le cynisme de nos dirigeants n’a d’égal que la soif de profits. Ce carnage concerne l’ensemble du monde du travail.

Dans les services publics, c’est par milliers que les postes ont été supprimés dans les services postaux, l’éducation nationale, la justice, l’inspection du travail…Dans la Santé, la CGT estime qu’il manque 100 000 emplois dans l’hôpital public et 200 000 dans les Ehpad pour assurer un service public de qualité.

On ne va pas se laisser faire !

Chaque jour, des équipes se battent pour sauver leurs emplois, se démènent contre la répression patronale ou d’État qui s’abat sur elles, sur celles et ceux qui résistent.C’est avec les dents que nous devrons arracher des victoires et nous ne pourrons pas gagner en restant isolé‧e‧s, séparé‧e‧s, divisé‧e‧s.

Pourquoi construire le 19 juin? Ce ne sera pas la date d’un secteur seul, isolé confronté aux licenciements et aux suppressions d’emplois, mais l’occasion de sortir du boîte par boîte et de se donner les moyens de frapper ensemble! De dire ensemble notre opposition aux licenciements et aux suppressions d’emplois et à la réforme de l’assurance chômage.

Mais surtout le 19 juin est issue d’un cadre inédit, initié par «l’appel des TUI», un cadre qui regroupe à la fois des secteurs, des syndicats et des organisations politiques différentes. Des organisations différentes, mais qui sont prêtes à dépasser leurs divergences, leurs «structures» pour faire bloc pour ne pas payer cette crise, car elles savent que c’est dans la rue que ça se gagne!Toutes et tous ensemble!

Faisons du 19 juin, une étape massive, visible, revendicative, collective dans laquelle chacune et chacun se sente la responsabilité de la construire et de la populariser.

Ce n’est pas à nous, de payer leur crise !

C’est à nous en revanche de tout faire pour nous regrouper et frapper ensemble pour mettre un coup d’arrêt à ce jeu de massacre qui n’épargne aucun secteur du public comme du privé. Partout mobilisons-nous: organisons des départs collectifs, des réunions unitaires et montons sur Paris.

Condition des étudiant-es en animation : une tribune indigne pour LISAA

Il y a quelques mois, nous alertions sur le suicide d’un étudiant de la section Animation de L’Institut Supérieur d’Art Appliqué (LISAA). Pheanith Hannuna avait mis fin à ses jours suite à une campagne de harcèlement d’autres étudiant‧es de sa promotion. La direction de LISAA ne l’avait non seulement pas protégé, malgré les alertes de sa famille, mais avait même fini par laisser entendre, peu avant son passage à l’acte, qu’il était fautif de son propre harcèlement. Par la suite, l’école a renvoyé de manière irrégulière un‧e professeur‧e qui cherchait à trouver des solutions aux problèmes des élèves pour que ce genre de situation de se reproduise pas, et a même poussé la répression jusqu’à empêcher les étudiant‧es et professeur‧es de parler des articles sur l’école. Plus d’information dans notre communiqué d’alors.

C’est donc avec choc, et un très vif dégoût, que nous avons découvert que Catherine Constant-Grisolet, directrice des sections Animation et Jeux Vidéo de LISAA, et donc une des personnes qui était responsable d’assurer la sécurité de Pheanith, avait été choisie pour modérer une table-ronde sur « les efforts » du Réseau des Écoles du Cinéma d’Animation (RECA) pour lutter contre le mal-être étudiant dans le cadre du Marché International du Film d’Animation du festival d’Annecy. Cette directrice a été pointée du doigt dans plusieurs témoignages d’élèves et de professeur‧es de LISAA comme une des responsables des mauvaises conditions d’études dans cette école.

Son manque de considération pour les élèves fait peu de doute, comme on peut le constater dans des témoignages retranscrits par Gamekult dans son article Sexisme, harcèlement et « bro culture » au sein des écoles de jeu vidéo : « Moi, je me fais pas diriger par une fille » :

« On reçoit un communiqué abject de la directrice : il manquait d’empathie et était rédigé n’importe comment. (…) Après la gestion un peu maladroite de l’école à ce sujet, j’ai remarqué que nous n’avions reçu aucune consigne de la part de la direction pédagogique pour s’assurer du bien-être des élèves dans une telle situation et sur quoi leur dire, tout simplement. »

« Le responsable pédagogique a réuni toutes les classes de game avant de recevoir le communiqué officiel de l’école, le corps enseignant n’a pas été convié (…) Quand on l’a appris on était tous très choqués de ce qui s’est passé mais le pire, c’était la communication surréaliste de la directrice, on aurait cru à un live Twitch bon enfant avec des blagues. Elle a notamment imité le son du silencieux, comme dans le film « Les Tontons Flingueurs », en faisant référence au fait de se tirer une balle dans la tête. C’est à ce moment-là que plusieurs personnes sont parties, c’était irrespectueux au possible. Elle a même rigolé devant la caméra. »

L’article de Capital indique quant à lui le choix de LISAA de totalement ignorer la famille dans son deuil :

Aucun des deux responsables pédagogiques ne s’est manifesté auprès de la famille pour présenter ses condoléances.

Aucun représentant de LISAA n’était présent à l’enterrement.

La présence de Catherine Constant-Grisolet comme modératrice de cette table-ronde, conjuguée à la répression interne, et au silence de l’école suite à la sortie des articles et de notre communiqué, atteste de la volonté de LISAA d’étouffer le suicide d’un de ses étudiants, quand bien même il y ait 2 procédures judiciaires en cours (1 devant le conseil des prud’hommes, 1 au pénal).

Dans ce contexte, cette participation interroge sur la sincérité des efforts du RECA, qui n’était soit pas au courant de ce qu’il s’est passé à LISAA (ce qui serait assez inquiétant), soit l’était et a sciemment choisi d’ignorer cet état de fait pour se rendre complice de la direction de cette école.

S’il est plus que jamais important de parler des problèmes des conditions d’études dans l’animation, le jeu vidéo et au-delà, il est inacceptable que ces discussions soient menées par des personnes responsables de ces problèmes. Ce genre de discussion doit faire intervenir des étudiant·es actuel·les et passé·es, ce qui est le cas ici et nous le saluons, et des personnes les représentant et les défendant (syndicats, associations, etc.). Pas des directions d’écoles : on ne laisse pas le loup et l’agneau dans la même pièce.

Le STJV, qui travaille depuis Décembre avec différent·es acteurs et victimes de LISAA, dénonce la présence de Catherine Constant-Grisolet à cette table-ronde. Celle-ci est en effet une véritable claque renvoyée à la figure de tout‧es les étudiant‧es souffrant des conditions de leurs études et subissant l’inaction de leurs directions. Nous demandons aux organisateur·ices du festival d’Annecy de corriger ce que nous espérons être une erreur de bonne foi, pour le bien des étudiant·es en Animation du RECA.

Évaluations et rémunération à Ubisoft : Moins d’arbitraire, plus d’équité !

Ce communiqué a été écrit par des salarié‧es du groupe Ubisoft en France, incluant les sections STJV d’Ubisoft Annecy, Ubisoft Montpellier et Ubisoft Paris.

À nos camarades travailleurs et travailleuses d’Ubisoft,

Comme vous le savez sûrement, la période des évaluations et des augmentations vient de se dérouler, et avec elle son lot de remises en question. Parce que nous connaissons cette situation, les membres du STJV travaillant chez Ubisoft ont mis en commun leurs constats et réflexions, que nous souhaitons partager avec vous.

D’abord, quelques constats. La problématique de la rémunération est complexe, et il nous semble clair que la direction joue la carte de la dilution de la responsabilité. Le processus qui nous est présenté est que le siège négocie avec les entités du groupe un budget, qu’elles doivent ensuite attribuer aux projets et équipes internes. Les managers sont ensuite en charge de faire une répartition à leur niveau.

Ce processus fait que personne n’assume réellement les décisions : le siège peut expliquer que les entités n’ont pas bien négocié, les directions locales que le siège n’a pas attribué un budget suffisant, les responsables d’équipes que les services RH n’ont pas voulu faire d’effort… Au final, personne n’est responsable, le niveau de rémunération d’une personne lambda chez Ubisoft est présenté comme un état de fait.

Au-delà de ce tour de passe-passe, nous dénonçons le lien établi entre l’évaluation annuelle de la performance d’une personne et le montant de son augmentation. Cela peut sembler contre-intuitif : quelqu’un qui fournit un effort spécifique et s’améliore dans ses compétences professionnelles ne mériterait pas récompense ? Pourtant, nous considérons que cela pose deux problèmes majeurs :

  • Tout d’abord, cela ne suffit pas à régler les inégalités de rémunération qui existent au niveau du recrutement, inégalités créées par des discriminations, par des circonstances qui font que certaines entités peuvent se permettre de recruter à des salaires plus hauts que d’autres, ou par d’autres éléments qui n’ont pas lieu d’être.
    Les augmentations, proportionnelles au salaire, ne font qu’augmenter ces inégalités : nous souhaitons recentrer le débat sur la rémunération absolue.
  • De plus, la limite imposée des augmentations mène à une situation de jeu à somme nulle, où la personne responsable d’une équipe va devoir distribuer un nombre limité de « bons points », quitte à devoir trouver des justifications parfois bancales aux performances qui auront été sous-évaluées. Comme si une équipe ne pouvait pas, dans son ensemble, avoir réalisé une très bonne année.

Il est aussi important de noter que malgré tout le formalisme (parfois lourd) mis en place autour des évaluations, celles-ci se basent sur des critères souvent difficiles à suivre ou à anticiper. Les définitions des critères selon lesquels nous sommes toutes et tous évalué-es sont, au mieux, vagues, et les prérequis aux passages de niveau d’ancienneté (junior à confirmé, confirmé à senior, senior à expert, expert à senior expert) ou de changement de poste ne sont jamais explicités. Ce flou ne fait qu’encourager un arbitraire qui ne sert personne, à part une direction souhaitant pouvoir se défaire de toute demande motivée en invoquant ces critères pour justifier sa décision.


Ces constats nous amènent à formuler les revendications suivantes :

  • Les évaluations individuelles ne doivent pas être intrinsèquement liées à la rémunération. La rémunération est contrainte par un budget, qui n’est pas extensible à l’infini, alors que tout une équipe (ou toute une entité) peut très bien avoir atteint ou même dépassé les attentes.
    • En conséquence, nous revendiquons que les évaluations ne soient plus soumises à des quotas.
    • L’évaluation doit être menée uniquement par la personne directement responsable de l’évalué-e. Il n’est pas normal que certaines ou certains voient leur évaluation menée par une hiérarchie distante, ou que les services RH aient une influence surdimensionnée sur certaines évaluations. Là encore, décorréler rémunération et évaluations permettrait de rendre à ces dernières leur vocation originale d’outil de progression, utile à la fois à la personne évaluée, et aux équipes qui l’emploient.
    • Enfin, une meilleure évaluation (car recentrée sur son but premier) doit être accompagnée d’offres de formation appropriées, afin de permettre à toutes et à tous d’entretenir nos compétences sans avoir à changer de métier.
  • Les conditions de passages de niveau de séniorité doivent être explicitées. La reconnaissance professionnelle est importante dans notre industrie, et il est inacceptable que quiconque puisse subir une injustice malgré de bonnes évaluations.
    • En particulier, il s’agit de préciser non seulement les compétences attendues à tel ou tel niveau de séniorité, mais aussi les moyens pour une personne travaillent chez Ubisoft de faire reconnaître ces compétences.
    • Il est certain qu’une fois ces critères publiés, un certain nombre de personnes constateront qu’elles ont de fait des compétences supérieures à leur poste actuel. Il sera nécessaire de rectifier ces incohérences en accordant les promotions qui s’imposent.
  • L’équité de rémunération pour toutes et tous. Cela passe par les points suivants :
    • Bien évidemment, la fin de toute différence de salaire sur un critère discriminatoire comme interdit par la loi. En particulier, personne ne devrait subir un revenu plus bas du fait de son appartenance à un groupe marginalisé.
    • La transparence sur la rémunération est vitale. Aujourd’hui, la position de la direction est des plus ambigües : pas de grille de salaires, mais des fourchettes pré-établies ; un appel à négocier en individuel, mais une gestion extrêmement opaque et le plus souvent rigide des demandes légitimes qui lui sont remontées. Qui d’autre qu’elle peut bien bénéficier d’une telle chape de plomb ?
  • Un processus impartial doit être mis en place en cas de contestation. Ceci afin de garantir l’équité des rémunérations proposées par le groupe Ubisoft aux personnes qui lui permettent de réaliser des bénéfices records, et de mettre fin aux évaluations arbitraires et parfois discriminatoires.
    • Une réévaluation par une tierce partie neutre pourra être effectuée, en s’appuyant sur des critères devenus plus transparents et une grille salariale explicite.
    • Pas d’implication de la direction et des RHs locales.

Qu’il y ait encore des personnes en situation de précarité économique parmi les équipes travaillant pour Ubisoft, une entreprise qui ne cesse d’afficher son insolente santé financière, démontre bien à quel point ce sujet est vital. Ce communiqué vise à établir ces lignes directrices qui guideront nos actions de terrain dans le futur.

En attendant que la direction se positionne, nous invitons toute personne travaillant au sein du groupe Ubisoft à nous contacter si vous souhaitez vous joindre à nos efforts ou échanger avec nous. Nous invitons notamment les salarié·es ayant constaté des incohérences ou des discriminations à leur encontre lors des dernières évaluations à se rapprocher de leurs responsables syndicaux ou à écrire directement à contact@stjv.fr. Le STJV est prêt à défendre toute personne de l’industrie qui en a besoin, syndiquée ou non. Ne restez pas seul·es !