Face au harcèlement à Don’t Nod, une victoire inédite

Sur fond rouge et noir, à gauche de l'image, Phoenix Wright de la série Ace Attorney dans une posture triomphale, pointant du doigt vers l'avant de l'image. À droite, le texte "Victoire !" dans une fonte stylisée rappelant celle des interjections d'Ace Attorney. En bas de l'image, le logo STJV.

Le 31 mars 2026, le CSE de Don’t Nod Entertainment et le STJV ont obtenu une victoire inédite contre l’entreprise Don’t Nod Entertainment devant le Conseil de Prud’hommes de Paris.

Nous ne communiquons dessus que maintenant car nous avons longtemps espéré une réaction raisonnable de Don’t Nod. Force est de constater qu’elle a eu toutes les occasions de corriger sa conduite, y compris après une condamnation, et a choisi de persister dans ses affres. Cette affaire de harcèlement a des conséquences et ramifications importantes que nous allons détailler.

Résumé de l’affaire

En novembre 2024, un salarié informe le CSE sur sa situation de harcèlement et met en cause son manager, M. C. Le CSE utilise alors son droit d’alerte pour « atteinte aux droits des personnes », défini par l’article L2312-59 du Code du Travail. Cela donne lieu à une enquête menée par le membre du CSE qui a déclenché le droit d’alerte, avec une représentante de l’employeur (RH).

Au cours de l’enquête (de novembre 2024 à avril 2025), 9 entretiens individuels ont été réalisés, en rencontrant les salarié·es qui travaillent ou ont travaillé avec ce manager. Ces entretiens, ainsi que les échanges entre l’élu et la représentante RH, donnent lieu à des conclusions qui résument ce qu’a rapporté l’enquête et présentent des recommandations à l’employeur.

L’élu et la représentante RH n’ont pas pu s’accorder sur le contenu des conclusions, faisant une lecture très différente des révélations de l’enquête et de la qualification juridique à en tirer. En conséquence, deux jeux de conclusions ont été produits et présentés à l’employeur. L’élu ayant mené l’enquête, et le CSE après lui, constatent notamment :

  • Des propos dégradants et humiliants ;
  • Une volonté de contrôle et de micro-management ;
  • Une absence d’encadrement et de formation des subordonné·es ;
  • Des agissements et de la discrimination sexistes et transphobes ;
  • De la discrimination syndicale et répression de grévistes ;
  • La connaissance de longue date de certains faits par M. W., supérieur de M. C.

Ces agissements révélés par l’enquête ont été commis à l’encontre de plusieurs salarié·es au fil des ans, et ont également entraîné des conséquences sur la santé de plusieurs salarié·es, des demandes de changement d’équipe, et des départs de l’entreprise. Les conclusions, qui s’appuient sur pas moins de 16 articles de loi, ont été présentées en réunion mensuelle du CSE le 30 avril 2025.

Constatant l’inadéquation des conclusions et recommandations présentées par le département RH, mais aussi l’inaction de l’employeur (qui ne prendra même pas la peine d’aborder le sujet à l’occasion des réunions CSE de mai et juin), l’élu a saisi le Conseil de Prud’hommes de Paris le 26 juin 2025 en vertu de l’article L2312-59, pour qu’il ordonne à la Société de prendre un certain nombre de mesures pour préserver la santé et la sécurité des salarié·es.

Le STJV s’est joint à la procédure pour faire reconnaître une « atteinte aux intérêts collectifs de la profession », en vertu de l’article L2132-3 du Code du Travail.

Le jugement : le CSE et le STJV créent du droit

Verdict

L’audience a eu lieu le 5 janvier 2026, le verdict a été rendu le 31 mars 2026 et communiqué aux parties le 24 avril 2026. Le Conseil de Prud’hommes :

  • Ordonne à la Société DON’T NOD ENTERTAINMENT de prendre toutes les mesures propres à faire cesser les comportements managériaux inappropriés qui portent atteinte aux salariés ;
  • Fait droit à la demande de mettre en place un système d’alerte dédié pour les salariés auquel le CSE sera associé dans son choix et son application ;
  • Fait droit à la demande de mettre en place une formation de sensibilisation obligatoire contre le sexisme et les agissements sexistes, l’identité de genre et la transidentité, par un organisme choisi par l’entreprise parmi 3 propositions émises par le CSE
  • Fait droit à la demande de mettre en place un affichage du « par ces motifs » aux lieux d’entrée et de sorties du personnel, ainsi que par voie numérique sur le Slack de l’entreprise pendant une durée de deux mois ;
  • Condamne la société à payer au CSE les sommes de :
    • 500 € au titre de dommages et intérêts pour préjudice subi en qualité d’enquêteur
    • 1 500 € au titre de l’article 700 du code de procédure civile
  • Condamne la société à payer au STJV la somme de 500 € au titre de dommages et intérêts pour atteinte aux intérêts de la profession.
  • Déboute la société de toutes ses demandes.

Concernant les demandes du STJV, le Conseil écrit : « l’absence de reconnaissance par l’employeur de la situation de harcèlement moral de M. C. et des carences de M. W. pour la sécurité des salariés ont porté partiellement atteinte aux intérêts de la profession », car l’enquête a démontré que M. W. avait été informé de divers faits et n’avait pas pris de mesures suffisantes pour mettre fin au harcèlement.

Jugement CPH Paris mars 26 Don’t Nod

Analyse

L’article L2312-59 dispose que « Le juge peut ordonner toutes mesures propres à faire cesser cette atteinte ». Le CSE a donc demandé à ce que cela soit le cas via diverses mesures citées précédemment (système d’alerte, formation) mais également par toute sanction disciplinaire qu’il jugerait adaptée. Rappelons que l’employeur a l’obligation de protéger les salarié·es du harcèlement, et que le harcèlement relève non seulement du Droit du Travail mais également du Droit Pénal.

Dans son jugement, le Conseil déboute les demandes de sanction disciplinaire en expliquant que malgré cette formulation de l’article L2312-59, « ces mesures ne peuvent en aucun cas se substituer aux prérogatives que la Loi réserve à l’employeur » et que « Le juge n’a donc pas, et ne peut pas se substituer aux prérogatives de l’employeur en matière de sanction, d’organisation du travail, de promotion, de mutation ».
Cependant, il reconnaît explicitement le harcèlement de M. C. et les carences de M. W. comme on l’a vu, et ordonne à l’employeur de « prendre toutes les mesures propres à faire cesser les comportements managériaux inappropriés qui portent atteinte aux salariés ».

Notre interprétation est donc que le Conseil se considère incompétent pour ordonner des sanctions, mais ordonne bien à l’entreprise de prendre « toute mesure », et que cela n’exclut pas (au contraire) les sanctions disciplinaires. En effet, il fait droit aux autres demandes et, sans se substituer au pouvoir disciplinaire, ordonne en plus à l’employeur d’agir : c’est donc qu’il doit prendre des mesures supplémentaires.

Il est extrêmement rare que les CSE se saisissent de cet article. Il l’est encore plus qu’ils obtiennent une décision à la fois précise dans ses mesures et large dans son application, comme c’est le cas ici. Nous nous félicitons de ce résultat et insistons particulièrement sur la portée nouvelle de cette décision. Nul doute qu’elle va éclairer d’un jour nouveau des situations similaires que nous savons nombreuses parmi les entreprises du secteur, et au-delà.

Pour citer notre avocate, Me Clocher :

Le jugement montre que le CSE a un véritable outil pour améliorer les conditions de travail des salariés et suppléer aux carences de l’employeur. Il reste cependant à obtenir que le juge puisse faire injonction aux employeurs d’ordonner des sanctions.

Chez Don’t Nod, on laisse prospérer le harcèlement

Si Don’t Nod a bien exécuté son obligation d’affichage de la décision, elle n’a pris en pratique aucune mesure pour faire cesser le harcèlement. En effet l’entreprise ne partage pas notre analyse, et fait selon nous une lecture erronée et de mauvaise foi en considérant que le jugement l’empêcherait de prendre des sanctions.

Elle considère que le supposé « rappel à l’ordre » adressé à M. C., dont on n’a jamais bien pu apprécier la temporalité ni la réalité, et la formation « communication managériale » qu’il a suivie en décembre 2025, seraient des mesures suffisantes. Elle ignore commodément que le jugement a été rendu après ces « mesurettes », dont le Conseil a eu connaissance pendant les débats, et qui ne suffisent donc pas puisque l’entreprise a été condamnée.

Le CSE n’a été informé d’aucune mesure ou décision concernant les deux managers mis en cause.

Depuis le jugement, le CSE a demandé officiellement, par l’intermédiaire de son Conseil légal, à ce que des mesures soient prises conformément au jugement, et notamment de ne pas promouvoir M. W., en vain.

Les sujets de la formation et du processus d’alerte quant à eux sont en cours de discussion entre l’entreprise et le CSE.

Les responsables intouchables ?

On a beaucoup parlé de Don’t Nod en tant qu’entreprise jusqu’ici. C’est bien l’employeur qui a été condamné, mais nous ne pouvons faire l’impasse sur la question des personnes dirigeantes. L’entreprise n’est pas une entité abstraite, et son action est impulsée par un « Comité de Direction ». Des personnes physiques ont pris la décision d’ignorer les conclusions du CSE, de ne jamais y répondre, de ne prendre aucune mesure, et de continuer malgré la condamnation.

Ces personnes ont un nom, une réputation, parfois même des décorations de l’État. C’est Oskar Guilbert, d’abord, le PDG qui dirige l’entreprise, et devrait en toute logique s’inquiéter des risques juridiques qu’il lui fait courir en poussant le CSE à saisir les tribunaux contre elle. Sans même parler de sa responsabilité d’employeur envers la santé des salarié·es. C’est Julie Chalmette, ensuite, numéro 2 de l’entreprise et qui cumulait :

  • son poste de Directrice Générale Adjointe
  • la présidence du CSE
  • les responsabilités de DRH depuis le départ de Matthieu Hoffmann
  • les responsabilités de direction du studio depuis le départ de Samuel Jacques

durant toute la durée de l’affaire. C’est Nadia Onfray, enfin, nouvelle DRH de l’entreprise, qui poursuit la gestion instaurée par Julie Chalmette depuis son départ en catimini en mars 2026.

Mais des représailles envers les élu·es

Si les actions de messieurs C. et W., qui ont mené l’entreprise à être condamnée de façon exceptionnelle, n’ont suscité aucun émoi chez sa direction, il faut en revanche noter que les élu·es CSE ont été ciblé·es en représailles.

À l’occasion d’un licenciement de moins de 10 personnes, qui voit nos collègues partir en ce moment-même, l’entreprise en a profité pour « proposer » une modification de poste à une autre élue du CSE. Proposition qu’elle doit accepter, sans quoi elle sera licenciée également. Cette modification de poste consiste à lui retirer la charge d’une équipe qu’elle gère depuis plus d’un an et à lui retirer en pratique ses responsabilités de manager. Nous avons eu la surprise de découvrir que c’était pour en donner la charge à M. W. qui, comme nombre de collègues récemment, était temporairement sans affectation.

Dans ses demandes en tant que partie défenderesse, Don’t Nod a tenté de faire condamner personnellement l’élu ayant lancé le droit d’alerte à la somme de 2 500 €. Or, il est ici dans le cadre de son mandat de représentant du personnel. Il a été expressément mandaté par le CSE pour le représenter dans son action judiciaire, mais c’est bien le CSE en tant que personne morale qui exerce ses droits. Cette demande abjecte n’a aucun sens juridique et elle a bien évidemment été déboutée par le Conseil.

Elle démontre cependant les bassesses auxquelles la direction de Don’t Nod est prête à recourir. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une tentative d’intimidation et de représailles envers un élu du personnel qui défend ses collègues. Il a par ailleurs été violemment pris à partie par Julie Chalmette à l’entrée des locaux quelques jours après l’audience.

Dans un récent rapport d’expertise, le cabinet mandaté par le CSE dans le cadre d’une autre alerte, indique que :

Alors même que l’élu intervenait en qualité de membre de la délégation du personnel, mandaté pour exercer le droit d’alerte prévu à l’article L.2312-59 du Code du travail, l’action a été largement recentrée, dans les écritures de l’employeur, sur sa personne, sa qualité pour agir et sa responsabilité individuelle, jusqu’à solliciter sa condamnation personnelle. Le Conseil a finalement reconnu la recevabilité tant de l’élu que du CSE, rappelant ainsi que l’action s’inscrivait dans l’exercice d’une prérogative légale de représentation collective. Cette individualisation du contentieux, qui tend à identifier un représentant plutôt que l’institution qu’il représente, est susceptible d’exposer les élus à une pression personnelle dépassant le seul débat juridique. Au delà du cas d’espèce, une telle dynamique peut avoir un effet dissuasif sur l’exercice des mandats, alimenter un climat de défiance et déplacer le dialogue social d’une logique de traitement collectif des difficultés vers une confrontation centrée sur les personnes, peu propice à l’exercice serein des prérogatives représentatives.

Depuis Janvier 2026, le CSE questionne la direction pour comprendre cette manœuvre d’intimidation, sans succès. Julie Chalmette, qui était en charge du dossier et la représentait au tribunal, a quitté l’entreprise. Nadia Onfray prétend qu’elle ne s’en occupait pas à l’époque. Et les avocats de l’entreprise bottent en touche en prétendant qu’il s’agit d’une demande tout à fait normale.

En réalité, non seulement Don’t Nod ne sanctionne pas le harcèlement, mais elle conforte ceux qui le commettent, et réprime celleux qui le combattent.

Et au-delà : la fin de l’impunité dans le jeu vidéo

Il faut bien saisir la portée de cette décision : Don’t Nod, le studio considéré comme « progressiste » en France et qui en a fait son image de marque, dirigé par la co-fondatrice de Women In Games France durant les faits (dont elle était parfaitement informée), est condamné pour son inaction face à du harcèlement, en particulier sexiste et transphobe. C’est son propre CSE qui a du aller en justice, après une enquête accablante mise sous le tapis.

Nous avons ici un cas d’école d’une entreprise condamnée en justice parce qu’elle ne respecte pas la « législation sociale », critère soi-disant nécessaire pour l’obtention de la principale aide publique au jeu vidéo, le Crédit d’Impôts Jeu Vidéo (CIJV). Et ce faisant, les Prud’hommes jugent que l’entreprise ne s’est pas contentée de violer la legislation sur un cas « individuel » – bien que cela a été le cas pas plus tard qu’en décembre 2025 dans une autre condamnation de Don’t Nod aux Prud’hommes – mais a porté atteinte à l’ensemble de la profession.

Le CIJV commence à être remis en cause de plus en plus largement, notamment pour l’inefficacité évidente de cette condition de « respect de la législation sociale en vigueur ». Quelles conséquences peut-on attendre d’une telle condamnation pour les futures demandes d’agrément de l’entreprise au CIJV ? Le SNJV compte-t-il inventer de nouvelle pirouettes rhétoriques dignes de ses attaques sur une députée qui leur faisait l’affront d’avoir une opinion pour justifier le comportement de son adhérente, et nous expliquer que balayer sous le tapis des faits de harcèlement n’est pas très grave ?

Pour aller plus loin : qu’en pense le CNC, qui encadre les aides au secteur, et notamment Mme Pauline Augrain, directrice du numérique au sein de l’institution ? En effet, Julie Chalmette est également vice-présidente de la commission d’attribution du Fond d’Aide au Jeu Vidéo (FAJV). Il nous semble que les faits relatés dans cet article, ajoutés à sa gestion catastrophique de Don’t Nod et son parcours, démontrent qu’elle est indigne d’attribuer l’argent public. Il est grand temps que les règles posées par la loi s’appliquent réellement. Pour nous, il semble évident que si Julie Chalmette avait un reste d’intégrité professionnelle, elle démissionnerait sans attendre de ce mandat.

Quoi qu’il en soit, nous revenons à notre analyse que cette structure de subventions vues comme un dû par des entreprises qui ne font pas le minimum d’efforts attendus pour les mériter doit évoluer et intégrer la représentation des travailleureuses du secteur par la voix de leurs syndicats, ainsi que le préambule de la constitution de 1946 le prévoit.

Face à la crise du jeu vidéo, le patronat n’a toujours rien à proposer

Sur un fond dégradé rose et orange : Summer Greve Fest - Face à la crise le patronat n'a rien à proposer. À gauche, le logo du STJV et une illustration de Piku donnant un coup de pied à Mr. Sunshine, des personnages du jeu Pikuniku

Nous avions été informés de la question écrite de Danielle Simonnet, députée de la 15e circonscription de Paris, et nous en réjouissions car il est encore trop peu courant de voir des élu‧es s’intéresser à notre industrie et à ses travailleureuses. En revanche, nous ne nous attendions pas à voir un lobby patronal griller la priorité au ministre de l’industrie en se permettant de répondre à cette question avant lui.

Apparemment, il suffit de poser une question publiquement sur le Crédit d’Impôt Jeu Vidéo (CIJV) pour que le patronat fasse un caprice. Sûrement un signe que ledit patronat est très serein et n’a rien à se reprocher. Si nous étions mauvaise langue, nous pourrions supposer que le SNJV essaye ainsi d’imposer au ministère ses éléments de langage, aussi pauvres soient-ils.

Majordome, il y a du « militantisme » dans mon velouté

D’abord, le lobby patronal essaye une fois de plus d’endormir tout le monde avec la fable larmoyante de « la crise mondiale contre laquelle on ne peut rien faire » (si seulement des organisations et travailleureuses avaient alertés les entreprises et proposés des solutions ! /s). Juste après, le SNJV s’attaque directement à ce qu’il semble identifier comme une nouvelle menace pour notre industrie : les parlementaires, élu‧es par leurs concitoyens, qui osent user librement de leur parole et, horreur, auraient même des opinions politiques.

On savait déjà de première main que les patron·nes n’aiment pas la démocratie en entreprise. En s’attaquant ainsi publiquement à une élue de la République, ils nous montrent qu’ils ne l’aiment pas en dehors non plus. Décidemment, il semble y avoir un motif récurrent.

Le SNJV fait du lobbying actif auprès des élu‧es, notamment pour bloquer des articles de lois favorisant la parité dans les studios de jeu vidéo, mais se plaint quand des élu‧es s’intéressent réellement à la production de jeu vidéo en france. Le beurre ne lui suffit pas, il veut aussi l’argent du beurre, la crèmerie, la vache et le pré.

N’étant pas à une contradiction près, le patronat explique qu’il ne faut pas chercher de boucs émissaires, tout en expliquant qu’il ne faudrait pas inclure « certains syndicats de travailleurs » dans les décisions concernant le financement de l’industrie. Il serait temps que cette organisation qui surjoue son importance et sa légitimité réelle accepte enfin que le jeu vidéo est une des industries privées les plus syndiquées de France, et que le STJV est de très loin le syndicat majoritaire du secteur par son nombre d’adhérent‧es, son omniprésence dans les entreprises de jeu vidéo et sa capacité de mobilisation des travailleureuses.

Il n’est plus possible aujourd’hui d’ignorer les représentant‧es des travailleureuses du jeu vidéo, et c’est bien de cela dont le SNJV devrait « prendre acte ». Avec le temps, l’organisation des travailleureuses éclipsera le patronat et renverra ses pathétiques représentant‧es à leur place : dans les poubelles de l’histoire.

Être patron, c’est refaire sans arrêt exactement la même connerie, en espérant que ça change.

N’ayons crainte, le SNJV a une solution à la crise : moins de réglementation ! Conformément à sa stratégie politique, immuable depuis sa création, ce lobby trouve encore une occasion de pleurnicher sur le fait que le CIJV devrait être « modernisé ». Traduit sans langue de bois, cela veut dire que les patron‧nes souhaiteraient que le CIJV soit moins régulé, et distribué encore plus facilement.

Il appuie son argument en précisant que ce crédit d’impôt n’aurait pas changé depuis 10 ans. Peut-être que le SNJV n’a pas eu connaissance des communiqués du même SNJV, qui se félicite régulièrement de faire évoluer le CIJV, notamment en 2022 (il y a moins de 4 ans donc, pour les patron‧nes ayant des difficultés en mathématiques).

Ces précédentes dérégulations n’ayant pas permis de sauver notre industrie, et n’ayant que très peu profité aux petits studios que le SNJV prétend défendre, on nous propose donc encore plus de dérégulations. Comme si ça allait marcher cette fois-ci.

Le SNJV rappelle que le CIJV est soumis au respect de la législation. C’est peut-être la seule affirmation de vraie dans leur communiqué. En tant que travailleureuses, nous sommes bien placé·es pour constater que, dans les faits, les entreprises usent et abusent des zones d’ombres du CIJV et de l’absence totale de contrôle des critères de respect de la législation.

Les nombreuses et régulières victoires que nous obtenons aux Prud’hommes et au Tribunal Judiciaire contre les entreprises, y compris certaines dirigées par des membres du bureau du SNJV, en attestent. Pourtant, elles ne portent jamais conséquence quant à l’attribution du CIJV.

Puisque le SNJV se réclame du dialogue social, nous souhaitons lui donner la possibilité de montrer sa bonne foi, et lui proposons donc de nous aider à faire respecter cette législation dans ses entreprises adhérentes. Nul doute que, poussé·es par leur attachement à la République et au droit du travail, iels sauront saisir notre main tendue.

Une seule solution : plus de pognon !

L’avidité patronale pour l’argent public pourrait être un mauvais cliché, mais c’est malheureusement la réalité. Le vocabulaire des représentant‧es patronaux est assez limité, et ne porte presque que sur les aides publiques aux entreprises.

Comme d’habitude, le patronat du jeu vidéo reste sur ses positions conservatrices : il ne faut rien changer à l’industrie du jeu vidéo, sauf le montant des aides que l’État leur verse.

Il n’est cependant pas étonnant de voir une organisation patronale se limiter à récolter de l’argent puisque les patron·nes du jeu vidéo ne semblent pas savoir faire autre chose, et surtout pas gérer des productions de jeu vidéo.

Si nos patron‧nes dépensaient autant d’énergie à gérer les productions et améliorer les conditions de travail qu’à faire les poches de l’État, notre industrie serait florissante et non en train de s’effondrer comme un château de cartes.

Pendant que les travailleureuses cherchent et proposent des solutions pour vraiment fabriquer des jeux vidéo et pouvoir en vivre, leurs patron·nes leurs proposent simplement de continuer à foncer dans le mur (mais avec plus d’argent dans leur coffre).

Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes, et devons donc nous mobiliser pour pouvoir continuer à faire des jeux vidéo malgré nos dirigeant‧es.

Soutien à nos collègues d’Ubisoft Barcelone en lutte pour leurs emplois

Sur un fond dégradé jaune, vert et bleu, : Summer Greve Fest - Soutien à nos collègues d'Ubisoft Barcelone en lutte pour leurs emplois. En bas, les logos de la CGT espagnole, de la CCOO et du STJV

Le STJV retransmet et soutient pleinement la mobilisation de nos collègues à Ubisoft Barcelone. La dégradation de leurs conditions de travail correspond à ce que les travailleureuses d’Ubisoft en France peuvent connaître.

Ce plan de licenciements mené contre un studio qui travaille sur les licences les plus connues et rentables du groupe (dont une équipe venant tout juste de finir son travail sur Assassin’s Creed Black Flag Resynced) démontre bien que la frénésie de « réductions de coûts » ne repose sur aucune pensée rationnelle, sinon celle de vouloir embellir des présentations financières. Ce faisant, les entreprises du secteur démontent méthodiquement toute l’expérience qui a fait et continue de faire leur richesse, dans l’espoir de gains à très courts termes. Il va de soi que nous condamnons cette gestion à l’emporte-pièce venant d’entreprises multinationales qui souhaiteraient être prises au sérieux.

Voici une traduction en français de leur communiqué :

Appel officiel du comité d’entreprise contre les licenciements

Grèves partielles l’après-midi pour défendre l’emploi

Cher·es collègues, face à l’imposition d’une procédure collective de licenciements (ERE) le comité d’entreprise appelle officiellement à une série de grèves partielles. Nous n’accepterons pas que le soi-disant besoin de faire des ajustements implique la destruction d’emplois ou la réduction de conditions de travail acquises. Nous demandons des engagements concrets sur les revendications suivantes :

  • Nouveau Mandat de Continuité
    • Garantie de continuité par la négociation contractuelle d’un nouveau mandat pour le studio, qui garantie la continuité d’emploi des 51 employés affectés.
  • Protection de l’emploi
    • Un engagement ferme à protéger la main-d’œuvre contre les futures procédures de licenciements collectifs (EREs) pour un minimum de 5 ans.
  • Exécution des promotions
    • La mise en place stricte et immédiate des promotions internes convenues, unilatéralement bloquées par l’entreprise.
  • Remise en place du travail à distance
    • Retour inconditionnel au modèle de travail à distance avec 60 % de télétravail mensuel, pour assurer l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée.
  • Pacte de développement de carrière
    • Déblocage et examen formel du plan d’amélioration des salaires, ainsi que des avantages sociaux aux salariés.

Calendrier officiel des mobilisations

ATTENTION : Les grèves auront lieu dans l’APRÈS-MIDI.

MardiJeudi
30 juin02 juillet
07 juillet09 juillet
14 juillet16 juillet

LA MOBILISATION EST NOTRE SEULE GARANTIE POUR LA DÉFENSE DE NOS EMPLOIS


Le communiqué original, en espagnol, anglais et catalan, est trouvable ici :

Summer Grève Fest : Appel à la grève nationale le 25 juin 2026

Summer Greve Fest Grève Nationale Jeudi 25 juin Contre les licenciements, pour l'avenir du jeu vidéo 9h30 : rassemblement à Quantic Dream

La situation exceptionnellement grave du jeu vidéo appelle une réaction exceptionnelle de notre part. Tout indique que le secteur du jeu vidéo en France est dans une situation critique. Nous refusons catégoriquement de le laisser couler sans agir. Un mois après notre grève nationale du 27 mai, la situation, loin de s’être arrangée, menace toujours davantage d’emplois. Plus de 1000 emplois menacés ou déjà détruits, c’est plus de 1000 vies durablement impactées.

Une situation évitable, un patronat inconséquent

Après des années d’alertes sur des conditions de travail particulièrement difficiles, après avoir fait condamner de nombreuses entreprises pour leurs agissements illégaux et leurs manquements, voilà que les fermetures de studios et les plans de licenciement se multiplient en France et à l’étranger. Il ne faudrait pas croire que ces éléments seraient sans lien.

L’inconséquence de nos dirigeants à former et conserver une main-d’œuvre qualifiée, leurs abus répétés à l’encontre des travailleureuses, leur antisyndicalisme viscéral, leur incompétence à gérer des projets et leur incapacité à écouter les alertes levées ont directement mené à la situation actuelle. Cette crise était évitable, mais nos patron‧nes ont choisi de foncer dans le mur les yeux fermés.

Les pouvoirs publics ne sont pas en reste. En subventionnant sans aucun contrôle une industrie aux pratiques indigentes, l’État a encouragé un mode de fonctionnement économique et social délétère qui ne peut pas tenir sur le long-terme, menant aujourd’hui à l’effondrement potentiel du premier secteur culturel du pays.

Les dirigeant‧es expliquent que ce n’est qu’un mauvais moment et que la crise finira par passer, sans pour autant faire quoi que ce soit pour y mettre fin. Quoi qu’il arrive, cela aura des conséquences dramatiques pour nombre de travailleureuses. Les patron‧nes qui ont engrangé des millions ces dernières années continueront à se prélasser dans leur manoir avec piscine d’intérieur, à la tête d’un studio ou non.

Les conséquences sur la santé d’une perte d’emploi sont particulièrement importantes. Et les travailleureuses qui restent subissent des conditions de travail d’autant plus dégradées, et ne sont pas à l’abri de perdre leur travail dans les mois et années qui suivent. Avec l’IA en embuscade et le recours accru à la sous-traitance (qu’elle soit locale via du travail dissimulé ou à l’étranger), nul doute que les conditions de travail et l’emploi vont continuer à se dégrader si nous restons impassibles face à des dirigeant·es toujours plus court-termistes.

Nous savons que cette situation ne fera que se répéter et empirer si les pratiques ne sont pas fondamentalement modifiées. Les travailleureuses doivent avoir voix au chapitre pour que les directions arrêtent d’imposer des décisions idiotes et nocives, qui mènent à l’échec prévisible des projets, et mettent en danger les travailleureuses. La démocratie doit s’imposer en entreprise.

Mobilisation nationale le 25 juin, piquet à Quantic Dream

Pour toutes ces raisons, le STJV appelle à la grève dans tout le secteur du jeu vidéo le jeudi 25 juin afin de s’organiser et se regrouper pour lutter contre les licenciements en cours. Nous demandons également des changements drastiques dans l’organisation du travail, une place importante pour la démocratie et les décisions collectives.

Les licenciements ne sauveront pas l’industrie du jeu vidéo, bien au contraire, et il faut que dirigeants, journalistes, pouvoirs publics et élu‧es prennent conscience de la situation catastrophique, prévisible et évitable du jeu vidéo aujourd’hui. Cette date n’est que la première d’une mobilisation d’envergure à venir.

Quantic Dream subit actuellement le plus grand plan de licenciement du secteur depuis Blizzard en 2018, qui prévoit de supprimer 115 postes, soit un quart de ses effectifs en France. Il faut y ajouter plusieurs dizaines de licenciements déjà actés au studio de Montréal. Pendant ce temps-là, les conditions de travail continuent de se détériorer dans l’entreprise, les heures supplémentaires sont ouvertes, sans aucune prise de responsabilité des dirigeants. Nous ne pouvons l’accepter. Nous réaffirmons notre ambition de sauvegarder les studios en changeant profondément leurs fonctionnements arriérés.

Un piquet de grève aura lieu à partir de 9h30 devant Quantic Dream, au 30 Rue Raoul Wallenberg, 75019 Paris. Nous appelons toustes les travailleureuses quel que soit leur employeur, statut, localisation, à se réunir pour échanger, discuter, s’organiser. Face à l’incertitude de nos avenirs, faisons bloc pour montrer que nous sommes uni·es et solidaires et obtenir des améliorations.

Nous rappelons que cet appel couvre le champ d’action du STJV dans le secteur privé, et concerne donc toute personne employée par une société d’édition, distribution, services et/ou création pour le jeu vidéo quel que soit son poste ou son statut et quel que soit le domaine d’activité de sa société (jeux, consoles, mobile, serious games, VR/AR, moteurs de jeu, services marketing, streaming, produits dérivés, esport, création de contenu en ligne, etc.), ainsi que tous·tes les enseignants·es travaillant dans des écoles privées dans des cursus en lien avec le jeu vidéo. Puisqu’il s’agit d’un appel national à la grève, aucune démarche n’est nécessaire pour se mettre en grève : il suffit de ne pas venir travailler.

Nous communiquerons plus tard sur les futures actions à venir. L’été ne fait que commencer, et il sera chaud !

Quantic Dream : 115 postes menacés, PSE illicite, l’IA en embuscade ?

Illustration sur fond rouge et noir. Titre en grosses lettres noires et blanches : « Quantic Dream ». Sur le côté gauche, trois personnages issus du jeu Spellcasters tiennent un drapeau rouge et noir floqué STJV. Sur le côté droit, un texte blanc indique « 115 postes menacés, PSE illicite, l’IA en embuscade… »

Point d’étape

La consultation du CSE et les négociations syndicales sur le plan de licenciement voulu par la direction se poursuivent à Quantic Dream. Comme il est manifestement de coutume, chez le cirque qui nous sert de patronat du Jeu Vidéo, David de Gruttola (qui se fait appeler David Cage) et Guillaume De Fondaumière font tout pour empêcher les représentant‧es du personnel (CSE et syndicats) de… représenter le personnel.

Après avoir retiré l’accès aux mailing lists du studio au CSE en violation de l’usage établi, ce qui l’empêche de communiquer correctement avec les salarié·es, ils s’opposent à l’attribution d’heures de délégation suffisantes et d’un moyen de communication à notre délégation syndicale.

Nous devons apporter une correction à ce qui a été annoncé précédemment : leur PSE prévoit non pas 95, mais 115 suppressions de postes. En dépassant le seuil de 100 postes, la consultation du CSE devrait durer 3 mois et non 2. Sans parvenir à expliquer en quoi 115 serait inférieur à 100, la direction impose pourtant une consultation de 2 mois, selon nous en violation du Code du travail.

Invoquer le dialogue social d’un côté, et le rendre impossible de l’autre : on connaît la chanson. Ça n’a pas marché pour Don’t Nod, ça ne marchera pas mieux pour Quantic. Puisqu’ils ne comprennent que le rapport de force, continuons de nous mobiliser pour sauver nos emplois !

Jeudi dernier, plus d’une centaine de collègues ont à nouveau débrayé pour manifester leur opposition à ce plan de licenciement abject. David de Gruttola lui-même est venu passer une dizaine de minutes aux abords du piquet. Coup de pression ? On doute qu’il soit venu en solidarité avec les grévistes et salarié·es qui risquent de perdre leur emploi…

Cachez ce Code que je ne saurais voir

Ce PSE n’est pas seulement abject, il est aussi symptomatique du désintérêt total de la direction pour la loi puisqu’elle ne fait même pas l’effort de se conformer aux contraintes basiques d’un PSE. En prétextant tout faire pour sauver son projet Star Wars Eclipse, elle cible directement et explicitement les salarié·es affecté·es au projet Spellcasters. Comment ? En dévoyant complètement le concept légal de « catégorie professionnelle ».

Dans un PSE, les suppressions de postes se font au sein de « catégories professionnelles » pour éviter le ciblage individuel. C’est au sein de ces catégories que seront désignées, par l’application des « critères d’ordre », les personnes licenciées.

Pour la direction de Quantic, la catégorie professionnelle d’une personne est définie par le projet sur lequel elle travaille avant son métier. Elle s’imagine en ce sens des méthodes et outils de travail absolument uniques, soi-disant inutilisables en dehors. Cela revient à dire que les salarié·es travaillant sur Spellcasters seraient incapables de travailler sur Star Wars Eclipse sans repasser par une formation professionnelle de plus de 6 mois. Et inversement. La direction insinue donc que ces salarié·es seraient également incapables de travailler sur d’autres projets de jeu vidéo en dehors de l’entreprise.

C’est une hypothèse absolument ridicule en soi. Mais si on y accorde du crédit, cela consiste en un aveu que l’employeur viole l’article L6323-1 du Code du travail : il lui incombe une obligation de formation et de maintien de l’employabilité des salarié·es, employabilité dont il explique qu’elle n’existe purement et simplement pas.

Voyons ce qu’en dit l’inspection du travail, dans sa lettre de pré-information produite durant le PSE de Don’t Nod :

La notion de catégorie professionnelle renvoie à des notions de compétence, et non d’organisation ou de classification. La notion de catégorie professionnelle correspond à l’ensemble des salariés qui exercent au sein de l’entreprise des fonctions similaires, supposant une formation professionnelle commune et ne nécessitant pas une formation complémentaire excédant l’obligation d’adaptation (Cass. soc. 18 mai 2011, n° 10-13.618 ; Cass. soc, 23 septembre 2015, n° 13-28.558 ; CE, 30 mai 2016, n° 387798).

Une fonction de même nature ne doit pas être interprétée comme une identité de poste, ni comme un statut général tel que cadre, ouvrier ou agent de maîtrise, mais comme une fonction présentant des degrés de responsabilités similaires, nécessitant un bagage de connaissances professionnelles communes.

Si la caractérisation de l’appartenance à une même catégorie professionnelle peut tenir compte des acquis de l’expérience professionnelle pour apprécier l’existence d’une formation professionnelle commune, c’est toutefois à la condition, notamment, que de tels acquis équivalent à une formation complémentaire qui excède l’obligation d’adaptation qui incombe à l’employeur.

Ce PSE ne pourra donc qu’être rejeté par le contrôle de l’administration, qui vérifiera les catégories professionnelles et en déduira que le plan contrevient à toute la logique du Code du travail et de la jurisprudence établie :

En cas de document unilatéral, l’administration doit notamment vérifier que l’élaboration des catégories relève d’une logique de compétences professionnelles et non d’une logique basée sur d’autres considérations telles que l’organisation de l’entreprise, l’ancienneté des intéressés ou s’il apparaît qu’une ou plusieurs catégories ont été définies dans le but de permettre le licenciement de certains salariés pour un motif inhérent à leur personne ou en raison de leur affectation sur un emploi ou dans un service dont la suppression est recherchée. L’administration doit en outre s’assurer qu’il n’y a pas d’intention de la part de l’employeur de procéder à un ciblage des salariés ou d’un service.

Dans le cadre d’un accord majoritaire, l’administration doit s’assurer que les catégories sont exemptes de tout caractère discriminatoire. La validation sera ainsi refusée si une catégorie professionnelle repose l’un des motifs discriminatoires prévus par l’article L. 1132-1 du code du travail, par exemple le sexe ou l’âge.

Les choix effectués pour la définition des catégories professionnelles devront pouvoir être justifiés, l’autorité administrative devant s’assurer de l’absence de toute rupture d’égalité entre des personnes se trouvant dans des situations identiques.

La direction prétend avoir conçu son PSE en 5 jours. Nul doute que le concours d’un écrivain de génie comme David de Gruttola aura été déterminant pour produire pareille merveille. À moins qu’il n’ait été conçu à l’aide de ChatGPT ? En effet, la direction avance que les postes supprimés pourraient être remplacés par de la sous-traitance… ou de l' »IA générative ».

Ce que nous voulons

En négociations, Guillaume de Fondaumière essaie de nous convaincre que des indemnités de 5 000€ ou 10 000€ seraient plus avantageuses que ce qui a été négocié à Don’t Nod, à savoir un minimum de 13 000€, sans compter les aide à la formation, reconversion, déménagement…

Il semble que la direction du studio ait des difficultés en mathématiques.

Pourtant, Quantic Dream n’est pas en difficulté financière. La direction se vante régulièrement et allègrement de son back catalogue qui lui assurerait une rente confortable. Elle appartient également à un groupe international qui enregistre des milliards de dollars de bénéfice chaque trimestre.

Nos revendications sont simples, et elles sont justes :

  • L’application de la durée légale de consultation pour un PSE de cette ampleur, c’est à dire 3 mois ;
  • Le rétablissement de l’accès aux mailing lists pour le CSE ;
  • Des moyens pour la délégation syndicale, dans un accord de méthode : heures de délégation suffisantes, canaux de communication généraux ;
  • Le déplacement des équipes de Spellcasters sur la production de Star Wars Eclipse, qui a absolument besoin de renforts ;
  • Si l’entreprise était capable de prouver que des suppressions de postes sont nécessaires, l’ouverture de départs volontaires étendus à toute l’entreprise, et non de départs forcés ;
  • La réorganisation de la direction créative du studio ;
  • L’implication directe des travailleureuses dans les décisions concernant l’entreprise et la production de Star Wars Eclipse.

Conclusion

Ce qu’entend appliquer la direction, par la force, est un plan brutal : le AAA du PSE. Mais un PSE au rabais.

Nous craignons de terribles conséquences sur le studio, et surtout sur les travailleureuses, qu’engendrerait ce PSE quoi qu’il advienne. Les séquelles laissées à Don’t Nod par un plan similaire sont nombreuses et profondes, et la situation actuelle du studio n’a aucune raison de nous rassurer.

Si elle persiste à vouloir mener son plan, la direction de Quantic n’aura d’autre choix que de revoir ses catégories professionnelles, comme l’a fait Don’t Nod avant elle. Les revoir va nécessairement impliquer l’entreprise au sens large, et concerner l’ensemble des salarié·es. Comme l’a bien dit l’administration, l’élaboration des catégories ne peut pas relever d’une logique basée sur l’organisation de l’entreprise.

En prétendant qu’elle pourrait simplement supprimer l’équipe de Spellcasters, la direction ment éhontément et cherche à diviser les employé·es pour mieux régner.

En tout état de cause, la production de Star Wars Eclipse sera affectée. Des voix s’élèvent déjà à tous les niveaux dans l’entreprise pour dénoncer son embourbement dans un development hell. Que cela leur plaise ou non, David de Gruttola et Guillaume de Fondaumière ont franchi le Rubicon.

Mais c’est à eux d’en assumer les conséquences, pas à nous.

Big Bad Wolf fermé : 46 licencié·es

Communique bbw fermeture fr

Jeudi 7 mai dernier, la direction de Cyanide a annoncé aux salarié·es de Cyanide-Nanterre que l’établissement Cyanide-Bordeaux (connu sous le nom de Big Bad Wolf) allait être fermé. Les salarié·es de Big Bad Wolf n’étaient pas convié·es à cette réunion. Pire, la direction de Cyanide a cherché à interdire aux personnes présentes de communiquer la nouvelle, y compris à leurs collègues de Bordeaux. Cette volonté de laisser les salarié·es dans l’ignorance coïncide avec le refus d’inviter certains membres du CSE central de Cyanide à cette réunion d’information, car salarié·es de Big Bad Wolf – et accessoirement représentants syndicaux du STJV.

Sans la solidarité de certain·es collègues de Nanterre, les travailleureuses de Big Bad Wolf auraient appris la perte de leur emploi par la presse plutôt que par leur CSE. Encore aujourd’hui, début juin, la direction de Cyanide n’a toujours pas annoncé officiellement aux salarié·es de Bordeaux son intention de les licencier.

Le CSE central de Cyanide a ensuite été convoqué le lundi 11 mai pour se faire présenter un « Plan de Sauvegarde de l’Emploi » qui confirme la suppression des 46 postes de Big Bad Wolf. Cette réunion aurait pourtant dû avoir lieu avant « l’annonce » faite aux salarié·es de Nanterre, puisque le CSE doit être obligatoirement tenu informé et consulté en priorité sur ce type de procédure.

C’est malheureusement encore une habitude pour les studios de jeu vidéo d’opérer dans l’illégalité, de piétiner les instances représentatives du personnel et de maintenir les travailleureuses dans le flou. Une attitude que nos collègues de Spiders et Kylotonn ont elleux aussi expérimentée dans des contextes similaires. Iels ont tout notre soutien et notre solidarité en cette période cruelle.

Le chant du cygne

L’annonce de la fermeture de Big Bad Wolf est intervenue 3 semaines seulement après la sortie de son dernier jeu : Cthulhu: The Cosmic Abyss. Une belle manière de remercier les travailleureuses qui ont réussi à livrer le projet dans les temps malgré une date de sortie avancée précipitamment sur décision unilatérale de leur direction.

La production du jeu se sera étalée sur à peine 2 ans, une durée particulièrement courte au vu des ambitions de l’éditeur : faire un jeu au rendu AAA avec un budget AA. Il nous a été remonté que cela impliquait des mois d’heures supplémentaires. Le prix en aura été la santé des travailleureuses, comme en témoignent les nombreuses demandes d’arrêts maladie. Ce n’est ainsi pas moins de 20% du studio qui aura eu recours à un arrêt de travail, pour un total de 400 jours prescrits.

Ces chiffres n’ont jamais suscité que de l’indifférence et du cynisme de la direction de Cyanide. Entre inaction et invitation à prendre la porte, les employé·es de Big Bad Wolf n’ont eu d’autre alternative que de serrer les dents. Iels sont maintenant sur le point de se faire licencier.

« Nacon m’a tuer »

En plus de la fermeture de Big Bad Wolf, le PSE prévoit le licenciement économique de 4 salarié·es au sein de Cyanide-Nanterre. En tout, l’entreprise Cyanide va supprimer 50 emplois, qui s’ajoutent à ceux détruits par les liquidations de Spiders et Nacon Tech, et les licenciements massifs en cours à Kylotonn. Ce sont les conséquences directes du redressement judiciaire de l’éditeur exclusif et unique propriétaire de ces entreprises : Nacon. Au final, ce sont déjà pas loin de 200 personnes qui subiront les conséquences de l’incurie de Nacon.

Hasard grinçant du calendrier, cette « annonce » est intervenue le jour même de la Nacon Connect, lors de laquelle le groupe a fait étalage de son catalogue, produit sur le dos de salarié·es bientôt remercié·es, et alors que tout brûle dans le groupe.

L’effondrement de Nacon et de ses studios, dont certains existent depuis plus de 20 ans, marque une heure sombre pour le jeu vidéo français. Ce sont des pans entiers de notre savoir-faire qui s’apprêtent à disparaître : des expertises en jeux narratifs, jeux de course et RPG, et avec eux les emplois de centaines de personnes. Autant de vies malmenées, de carrières mises au point mort, le tout dans un contexte social difficile et un marché de l’emploi asphyxié.

Si le CSE de Big Bad Wolf accompagnera au mieux les employé·es lors des semaines qui viennent, ses représentants et notre syndicat ont besoin de votre soutien. L’inconsidération des directions, leur cynisme et leur brutalité doivent percer le voile confortable du divertissement. Celleux qui produisent les jeux souffrent. On les piétine, de la même manière que l’on piétine les jeux qu’ils s’efforcent de porter. Soutenez les. Soutenez nous.

Nous invitons donc les joueureuses à ne plus acheter de jeux Big Bad Wolf, leur vente ne rémunérant plus les travailleureuses à leur origine. D’une manière générale, nous vous invitons à vous renseigner sur qui édite les jeux que vous souhaitez acheter, sur l’actualité et la gestion des studios concernés.

Enfin et surtout : écoutez et soutenez les employé·es qui s’expriment, via leurs syndicats, via leurs actions de grève, et via leurs réseaux.

La solidarité est notre arme ✊

Arkane : pour un télétravail négocié selon notre expérience, contre une réforme imposée

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Depuis plusieurs mois, les organisations syndicales à Arkane demandent que le télétravail fasse l’objet de négociations, notamment pour en sécuriser les usages dans un accord d’entreprise plutôt qu’une charte. Toutes nos demandes de négociations ont été refusées par la direction.

Nous avons lancé avec Printemps écologique une pétition demandant la tenue de négociations avec les syndicats sur ce sujet, afin de parvenir à un accord d’entreprise. Mais malgré un large plébiscite la direction démontre un réel déni de démocratie, préférant imposer ses méthodes et son calendrier plutôt que d’écouter et respecter les salarié·es d’Arkane.

La semaine dernière, la direction a décidé de mettre en application son projet de charte télétravail au mépris de l’avis des instances de représentation du personnel. Cette nouvelle charte met en danger l’équilibre de vie de nombreux·ses collègues. Non seulement elle présente un réel recul sur nos conditions de télétravail actuelles, qui reposaient sur la flexibilité et la confiance, mais elle ne règle aucunement les problématiques de la précédente charte : des inégalités de traitement selon les équipes en faisant reposer l’accès au télétravail sur des critères flous et arbitraires.

Journée de grève le jeudi 28 mai 2026

La section syndicale STJV d’Arkane refuse de laisser nos collègues être maltraité·es par une politique patronale qui n’a pour seul objectif que d’avoir plus de contrôle sur les travailleureuses. Comme nous avons pu le constater ces derniers mois dans notre industrie, le respect de la démocratie interne et la transparence sont essentiels pour la sécurité de nos emplois.

C’est pourquoi nous appelons tout les travailleureuses d’Arkane à se mettre en grève le jeudi 28 mai.

Nos exigeons :

  • La tenue de négociations sérieuses et loyales, dans le but d’atteindre un accord d’entreprise sur le télétravail ;
  • Le maintien des conditions de télétravail telles que prévues par la charte précédente, en attendant que les négociations aboutissent.

Nous vous invitons à nous rejoindre pour un piquet de grève dès 9h devant les locaux d’Arkane Lyon.

Étant conscient‧es de la difficulté pour certains de se mettre en grève une journée entière, nous encourageons également à débrayer – c’est à dire faire grève sur une courte durée, de quelques minutes à quelques heures – le temps du Studio Meeting du 28 Mai, et de rejoindre les camarades aux piquets de grève physiques ou en ligne.

Vous pourrez également trouver ici :

  • un rappel du droit de grève : La grève dans le droit privé – STJV ;
  • le tract distribué, résumant la situation et listant les revendications du STJV, ainsi que différents moyens d’agir pour montrer votre rejet de la nouvelle charte :

Et si vous souhaitez soutenir les mouvements de grève dans le jeu vidéo : https://www.stjv.fr/2024/03/caisse-de-greve-du-stjv/

Licenciements, liquidations, entraves dans le jeu vidéo : Appel à la grève nationale le 27 mai 2026

Banniere super metal grv

L’industrie du jeu vidéo en France est au bord du gouffre, et subit sa pire crise sociale depuis plus de 20 ans. Depuis 2024, nous avons décompté, entre autres :

Et, au moment où nous publions cet appel, le patronat veut supprimer encore plus d’emplois avec :

  • Un plan de suppression de 200 emplois au siège d’Ubisoft à Saint-Mandé ;
  • Un plan de licenciements à Cyanide, avec la fermeture envisagée de Big Bad Wolf ;
  • Un plan de licenciements à Kylotonn ;
  • Un plan de licenciements à Nacon ;
  • Un plan de licenciements à Quantic Dream ;
  • Un plan de licenciements à Eden Games ;
  • La mise en redressement judiciaire de Midgar Studio ;
  • Deux plans de licenciements déjà annoncés chez Don’t Nod pour 2026…

On dénombre au total plus de 1 000 emplois supprimés ou menacés à très court terme. Et ces listes sont loin d’être exhaustives, car de nombreuses « petites » entreprises disparaissent sans faire de bruit, et les postes non renouvelés ne sont pas comptés. Pour le moment, nous ne pouvons pas non plus évaluer précisément l’effet domino à venir sur les prestataires, travailleureuses indépendant·es et entreprises spécialisées, qui va être dévastateur.

Dans le même temps les luttes pour la transparence et la démocratie en entreprise, qui sont absolument nécessaires pour assurer la pérennité de nos emplois, continuent notamment à Amplitude, à Arkane, à Ubisoft et dans de nombreuses autres entreprises moins connues. Les dernières années nous ont montré que l’opacité forcenée des entreprises est toujours la première étape sur la pente menant aux licenciements et liquidations,

Ils veulent tuer le jeu vidéo : c’est mort !

En spéculant sur des projets au doigt mouillé, en suivant des modes vouées à l’échec, en refusant de viabiliser les méthodes de production, en s’opposant aux travailleureuses par principe, le patronat a décidé de saborder l’industrie qu’il siphonne depuis tant d’années.

N’acceptons pas le fatalisme et la passivité béate de nos dirigeant·es, ne laissons pas notre industrie se faire assassiner sous nos yeux sans réagir.

Les travailleureuses alertent depuis des années sur les dangers de la gestion de nos patron·nes, et proposent des solutions.

Partout dans le jeu vidéo, on entend les cris de solidarité des travailleureuses qui font vivre notre medium. Le jeu vidéo, c’est nous. Nous pouvons nous battre et surtout, nous pouvons gagner.

Se mobiliser dès le 27 mai autour des luttes en cours

Le STJV appelle à une journée de grève nationale dans toute l’industrie du jeu vidéo ce mercredi 27 mai 2026. Nous refusons de céder au fatalisme et au discours déresponsabilisant du patronat sur la soi-disant « conjoncture », et demandons :

  • que nos patron·nes prennent leurs responsabilité, si besoin en démissionant de leurs fonctions, qu’iels ont démontré inutiles ;
  • l’annulation de tous les licenciements envisagés ;
  • la remise du pouvoir décisionnel aux travailleureuses, seul·es personnes compétentes pour produire des jeux vidéos.

Utilisons cette journée pour nous rencontrer, rompre l’isolement, construire des solidarités et des revendications, autrement dit pour s’organiser pour les luttes en cours et à venir.

Cette date coïncide avec la réunion finale concernant le plan de licenciement outrageux à Kylotonn. Plan qui, nous le rappelons, est opéré lâchement et à distance par Nacon, qui a déjà éventré et liquidé Spiders et Nacon Tech, en plus de prévoir d’autres licenciements dans les studios du groupe tels que Big Bad Wolf et Cyanide ainsi qu’à Nacon directement.

Les travailleureuses de Kylotonn invitent travailleureuses, chômeureuses, retraité‧es et étudiant·es du jeu vidéo à participer à leur piquet à Paris, au 96 rue Orfila dès 10h ce Mercredi 27, pour revendiquer avec elleux l’annulation du plan de licenciement abject qui leur est imposé.

Nous appelons également à répondre massivement aux éventuels appels et demandes des travailleureuses de Quantic Dream, Cyanide, Big Bad Wolf, Midgar, Amplitude, Arkane…

Nous rappelons que cet appel couvre le champ d’action du STJV dans le secteur privé, et concerne donc toute personne employée par une société d’édition, distribution, services et/ou création pour le jeu vidéo quel que soit son poste ou son statut et quel que soit le domaine d’activité de sa société (jeux, consoles, mobile, serious games, VR/AR, moteurs de jeu, services marketing, streaming, produits dérivés, esport, création de contenu en ligne, etc.), ainsi que tous·tes les enseignants·es travaillant dans des écoles privées dans des cursus en lien avec le jeu vidéo. Puisqu’il s’agit d’un appel national à la grève, aucune démarche n’est nécessaire pour se mettre en grève : il suffit de ne pas venir travailler.

Grève 27 Mai
Les patrons veulent tuer le jeu vidéo ?
C'est mort !
Piquet à Kylotonn
10h - 27 mai
96 rue Orfila 75020 Paris

Annulation de Spellcasters et plan de licenciement à Quantic Dream : qui aurait pu prédire ?

Bluesky mastodon communique qd FR

Ce 20 mai 2026, la direction de Quantic Dream a annoncé l’arrêt brutal du développement du jeu Spellcasters Chronicles, ainsi qu’un plan de « restructuration » menant à des licenciements massifs. Un quart des travailleureuses de l’entreprise sont menacés en France, soit 95 emplois.

Cette décision, bien que justifiée officiellement par un marché difficile, est loin d’être le fruit du hasard. Ce projet démarré il y a 8 ans et dirigé par Guillaume de Fondaumière, David Cage et Grégorie Diaconu, était censé être un jeu de taille « raisonnable » devant sortir bien plus rapidement. Durant toutes ces années, la question du modèle économique et de la rentabilité du projet ne s’est jamais réellement posée. Fruit d’une gestion de projet calamiteuse, les nombreuses itérations ont épuisé l’équipe et ont mené la production droit dans le mur. Là où la direction de Quantic Dream pointe du doigt des facteurs externes, nous accusons ses décisions économiques, créatives et managériales ayant accouché d’un projet au coût ubuesque, sur un marché extrêmement risqué, qui ne correspond aucunement aux demandes actuelles.

Malheureusement, personne n’est surpris de ce résultat. Les instances représentatives du personnel ont alerté de nombreuses fois sur les risques colossaux de ce projet. Devant les employé‧es, la direction expliquait avec arrogance que la réussite de Spellcasters Chronicles était inéluctable, invoquant ses “30 ans d’expérience”. Devant le CSE, elle refusait d’imaginer toute autre hypothèse et de préparer un plan en ce sens. L’échec n’a jamais été envisagé, anticipé ou réfléchi : voilà où cette incompétence nous mène aujourd’hui. Les travailleureuses paient pour les errements de la direction.

Que Spellcasters soit avec nous

NetEase, unique actionnaire de Quantic Dream, est tout autant responsable. Le groupe a poussé pour arrêter au plus tôt le développement du jeu et n’a pas communiqué sur sa sortie, l’abandonnant à son sort. Comment espérer avoir des joueureuses, si les joueureuses ne connaissent même pas l’existence du jeu ?

Nous regrettons amèrement que les personnes concernées par les licenciements ne soient pas les décisionnaires de Quantic Dream et NetEase, mais bien les travailleureuses qui voient des années de travail réduites à zéro. L’injustice est telle que les travailleureuses ne sont même pas crédité·es dans la version Early Access du jeu, sortie fin février. Comme si toutes ces années ne valaient rien. Pour certaines personnes, cela veut dire qu’iels se retrouvent dans l’incapacité de justifier l’intégralité de leur carrière dans le jeu vidéo.

La direction souhaite supprimer l’entièreté de l’équipe de Spellcaster Chronicles, et prétend en ce sens que les métiers de cette équipe n’ont aucun lien avec ceux des équipes de Star Wars Eclipse, y compris après formation. C’est un mensonge grossier, et une méconnaissance profonde du fonctionnement d’un PSE et de la notion de « catégorie professionnelle », qui n’a rien à envier à la nullité de celui de Don’t Nod en 2024. Prétendre impossible de reclasser les salarié·es de Spellcasters sur Star Wars, et donc l’inverse aussi en toute logique, c’est une insulte aux compétences de toutes les personnes qui travaillent à Quantic Dream, qui leur dit : vous n’êtes pas capables de faire d’autres jeux vidéo et on ne peut rien tirer de vous. D’autant plus dans une entreprise qui produit en interne nombre de ses outils, et où la distinction par projet est extrêmement récente. Mépris, incompétence crasse de la direction, ou les deux ?

Aujourd’hui c’est toute une entreprise, parmi les principaux employeurs du secteur en France, qui est plongée dans l’incertitude. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, Star Wars Eclipse, dont la production a démarré en parallèle de Spellcasters et qui a la même équipe dirigeante, subit un développement tout autant compliqué. Le renfort des équipes de Spellcasters ne serait clairement pas de refus.

Maintien de tous les emplois : c’est pas sorcier !

Plutôt que de réduire les capacités de production de Quantic Dream et les compétences disponibles au sein de l’entreprise, nous voulons pérenniser l’avenir de l’entreprise, de ses productions et de ses travailleureuses.

À ce titre, nous exigeons :

  • L’annulation de tous les licenciements envisagés ;
  • À défaut d’un nouveau projet, le basculement des équipes de Spellcasters Chronicles sur la production de Star Wars Eclipse ;
  • Le passage de toustes les travailleureuses au statut Ingénieurs & Cadres qui leur est dû, pour accroître nos droits et nos protections face à ces menaces constantes ;
  • La démission immédiate de la direction et de la direction créative, uniques responsables de cet échec.

Pour que notre travail vive encore un peu, nous voulions vous appeler à jouer à Spellcasters Chronicles une dernière fois par solidarité, d’ici à la fermeture des serveurs le 19 juin. Malheureusement, comme une injure supplémentaire, le jeu a déjà été retiré de Steam.

Nous apportons notre soutien le plus total à toustes nos camarades de Quantic Dream qui vivent dans l’incertitude d’une situation brutale et injuste. Nos vies ne sont pas des variables d’ajustement, et nous exigeons de la stabilité pour toustes les travailleureuses.

Nous apportons bien évidemment notre soutien aux camarades de Quantic Dream Montréal, qui subissent la même abjection, de manière encore plus violente, car dépendant d’un code du travail moins protecteur.

Nous apportons également notre soutien à toustes nos camarades qui subissent ces situations indignes dans toutes les entreprises du groupe Nacon et d’ailleurs. Ces cas de figure se répètent à travers les studios, mais soyez bien assuré‧s que nous ne nous laisserons pas faire.

Mi-Clos condamné pour le harcèlement sexuel commis par son ex-directeur créatif

Sur fond rouge et noir, à gauche de l'image, Phoenix Wright de la série Ace Attorney dans une posture triomphale, pointant du doigt vers l'avant de l'image. À droite, le texte "Victoire !" dans une fonte stylisée rappelant celle des interjections d'Ace Attorney. En bas de l'image, le logo STJV.

Nous avons accompagné une ancienne salariée de Mi-Clos (entreprise liquidée en 2024) qui se plaignait d’un harcèlement sexiste et sexuel de la part de son supérieur, et avait été contrainte de prendre acte de la rupture de son contrat de travail, afin de se préserver. Elle avait décidé de porter cette affaire aux prud’hommes.

La plaignante évoquait des propos sexuels répétés (remarques sur le physique, propositions de discuter « hors du bureau » autour d’une bière, demandes insistantes pour obtenir son numéro personnel, propositions de venir prendre son badge directement dans sa poche…). Malgré une alerte au CSE, suivie d’un « recadrage », les faits n’ont pas cessé.

Pire encore, la plaignante a subi des représailles. Malgré une nouvelle alerte du CSE, de l’inspection du travail et de la médecine du travail, aucune mesure n’a été prise par l’entreprise, en plus de l’avertissement initial, pour faire cesser le harcèlement.

Streetpress relatait plus en détails cette affaire en 2024 : Au studio de jeux vidéo Mi-Clos, l’ambiance sexiste et les incohérences de production épuisent | StreetPress

En septembre dernier, la société a été condamnée par le Conseil des Prud’hommes de Créteil à :

  • 3 750 € de dommages et intérêts en réparation du harcèlement sexuel et des agissements sexistes de son directeur créatif ;
  • 3 750 € de dommages et intérêts en réparation de la violation de l’obligation d’évaluation et de prévention des risques psychosociaux et de l’obligation de sécurité ;
  • Une requalification de sa prise d’acte en licenciement nul avec 11 250 € au titre du préavis, 1 125 € pour les congés payés, et 937 € au titre de l’indemnité de licenciement ;
  • 22 500 € de dommages et intérêts pour licenciement nul.

Le mandataire liquidateur n’ayant pas fait appel, la condamnation est donc devenue définitive.

Michael Peiffert, gérant de la société aux moments de faits, s’était permis des élucubrations dans son droit de réponse à l’article de StreetPress :

Une personne, Emilie sentant le vent venir, comme elle le déclare elle-même, fait des déclarations à l’encontre d’un autre salarié pour réclamer 50 000 € à l’entreprise. La liquidation de cette dernière n’a pas permis de contrôler la véracité de ses propos pour aller au-delà de l’avertissement, mais surtout a rendu son espérance de gain plus qu’hypothétique.

Entre temps, la véracité des faits a pu être contrôlé par la justice : Emilie n’a pas agi par effet d’opportunisme et Mi-Clos a été définitivement reconnue coupable et condamnée à verser plus de 43 000€ à la plaignante, dans le jugement reproduit ci-dessous.

Malgré le pink-washing des entreprises, la discrimination sexiste et le harcèlement sexuel restent monnaie courante au travail, et contribue directement au manque de diversité. Preuve s’il en est : la victime a depuis fait le choix de quitter l’industrie du jeu vidéo.

Mais ce n’est pas une fatalité. Nous continuerons d’aller chercher autant que possible les responsabilités des entreprises et des auteurs pour qu’ils en répondent devant la justice.

Si vous êtes victimes et que vous avez besoin d’aide, n’hésitez pas à prendre contact avec notre syndicat.

Nous conseillons à toutes et tous et la lecture de nos fiches pratiques, et en particulier celle sur l’auto-défense en entreprise.