Quantic Dream : 115 postes menacés, PSE illicite, l’IA en embuscade ?

Illustration sur fond rouge et noir. Titre en grosses lettres noires et blanches : « Quantic Dream ». Sur le côté gauche, trois personnages issus du jeu Spellcasters tiennent un drapeau rouge et noir floqué STJV. Sur le côté droit, un texte blanc indique « 115 postes menacés, PSE illicite, l’IA en embuscade… »

Point d’étape

La consultation du CSE et les négociations syndicales sur le plan de licenciement voulu par la direction se poursuivent à Quantic Dream. Comme il est manifestement de coutume, chez le cirque qui nous sert de patronat du Jeu Vidéo, David de Gruttola (qui se fait appeler David Cage) et Guillaume De Fondaumière font tout pour empêcher les représentant‧es du personnel (CSE et syndicats) de… représenter le personnel.

Après avoir retiré l’accès aux mailing lists du studio au CSE en violation de l’usage établi, ce qui l’empêche de communiquer correctement avec les salarié·es, ils s’opposent à l’attribution d’heures de délégation suffisantes et d’un moyen de communication à notre délégation syndicale.

Nous devons apporter une correction à ce qui a été annoncé précédemment : leur PSE prévoit non pas 95, mais 115 suppressions de postes. En dépassant le seuil de 100 postes, la consultation du CSE devrait durer 3 mois et non 2. Sans parvenir à expliquer en quoi 115 serait inférieur à 100, la direction impose pourtant une consultation de 2 mois, selon nous en violation du Code du travail.

Invoquer le dialogue social d’un côté, et le rendre impossible de l’autre : on connaît la chanson. Ça n’a pas marché pour Don’t Nod, ça ne marchera pas mieux pour Quantic. Puisqu’ils ne comprennent que le rapport de force, continuons de nous mobiliser pour sauver nos emplois !

Jeudi dernier, plus d’une centaine de collègues ont à nouveau débrayé pour manifester leur opposition à ce plan de licenciement abject. David de Gruttola lui-même est venu passer une dizaine de minutes aux abords du piquet. Coup de pression ? On doute qu’il soit venu en solidarité avec les grévistes et salarié·es qui risquent de perdre leur emploi…

Cachez ce Code que je ne saurais voir

Ce PSE n’est pas seulement abject, il est aussi symptomatique du désintérêt total de la direction pour la loi puisqu’elle ne fait même pas l’effort de se conformer aux contraintes basiques d’un PSE. En prétextant tout faire pour sauver son projet Star Wars Eclipse, elle cible directement et explicitement les salarié·es affecté·es au projet Spellcasters. Comment ? En dévoyant complètement le concept légal de « catégorie professionnelle ».

Dans un PSE, les suppressions de postes se font au sein de « catégories professionnelles » pour éviter le ciblage individuel. C’est au sein de ces catégories que seront désignées, par l’application des « critères d’ordre », les personnes licenciées.

Pour la direction de Quantic, la catégorie professionnelle d’une personne est définie par le projet sur lequel elle travaille avant son métier. Elle s’imagine en ce sens des méthodes et outils de travail absolument uniques, soi-disant inutilisables en dehors. Cela revient à dire que les salarié·es travaillant sur Spellcasters seraient incapables de travailler sur Star Wars Eclipse sans repasser par une formation professionnelle de plus de 6 mois. Et inversement. La direction insinue donc que ces salarié·es seraient également incapables de travailler sur d’autres projets de jeu vidéo en dehors de l’entreprise.

C’est une hypothèse absolument ridicule en soi. Mais si on y accorde du crédit, cela consiste en un aveu que l’employeur viole l’article L6323-1 du Code du travail : il lui incombe une obligation de formation et de maintien de l’employabilité des salarié·es, employabilité dont il explique qu’elle n’existe purement et simplement pas.

Voyons ce qu’en dit l’inspection du travail, dans sa lettre de pré-information produite durant le PSE de Don’t Nod :

La notion de catégorie professionnelle renvoie à des notions de compétence, et non d’organisation ou de classification. La notion de catégorie professionnelle correspond à l’ensemble des salariés qui exercent au sein de l’entreprise des fonctions similaires, supposant une formation professionnelle commune et ne nécessitant pas une formation complémentaire excédant l’obligation d’adaptation (Cass. soc. 18 mai 2011, n° 10-13.618 ; Cass. soc, 23 septembre 2015, n° 13-28.558 ; CE, 30 mai 2016, n° 387798).

Une fonction de même nature ne doit pas être interprétée comme une identité de poste, ni comme un statut général tel que cadre, ouvrier ou agent de maîtrise, mais comme une fonction présentant des degrés de responsabilités similaires, nécessitant un bagage de connaissances professionnelles communes.

Si la caractérisation de l’appartenance à une même catégorie professionnelle peut tenir compte des acquis de l’expérience professionnelle pour apprécier l’existence d’une formation professionnelle commune, c’est toutefois à la condition, notamment, que de tels acquis équivalent à une formation complémentaire qui excède l’obligation d’adaptation qui incombe à l’employeur.

Ce PSE ne pourra donc qu’être rejeté par le contrôle de l’administration, qui vérifiera les catégories professionnelles et en déduira que le plan contrevient à toute la logique du Code du travail et de la jurisprudence établie :

En cas de document unilatéral, l’administration doit notamment vérifier que l’élaboration des catégories relève d’une logique de compétences professionnelles et non d’une logique basée sur d’autres considérations telles que l’organisation de l’entreprise, l’ancienneté des intéressés ou s’il apparaît qu’une ou plusieurs catégories ont été définies dans le but de permettre le licenciement de certains salariés pour un motif inhérent à leur personne ou en raison de leur affectation sur un emploi ou dans un service dont la suppression est recherchée. L’administration doit en outre s’assurer qu’il n’y a pas d’intention de la part de l’employeur de procéder à un ciblage des salariés ou d’un service.

Dans le cadre d’un accord majoritaire, l’administration doit s’assurer que les catégories sont exemptes de tout caractère discriminatoire. La validation sera ainsi refusée si une catégorie professionnelle repose l’un des motifs discriminatoires prévus par l’article L. 1132-1 du code du travail, par exemple le sexe ou l’âge.

Les choix effectués pour la définition des catégories professionnelles devront pouvoir être justifiés, l’autorité administrative devant s’assurer de l’absence de toute rupture d’égalité entre des personnes se trouvant dans des situations identiques.

La direction prétend avoir conçu son PSE en 5 jours. Nul doute que le concours d’un écrivain de génie comme David de Gruttola aura été déterminant pour produire pareille merveille. À moins qu’il n’ait été conçu à l’aide de ChatGPT ? En effet, la direction avance que les postes supprimés pourraient être remplacés par de la sous-traitance… ou de l' »IA générative ».

Ce que nous voulons

En négociations, Guillaume de Fondaumière essaie de nous convaincre que des indemnités de 5 000€ ou 10 000€ seraient plus avantageuses que ce qui a été négocié à Don’t Nod, à savoir un minimum de 13 000€, sans compter les aide à la formation, reconversion, déménagement…

Il semble que la direction du studio ait des difficultés en mathématiques.

Pourtant, Quantic Dream n’est pas en difficulté financière. La direction se vante régulièrement et allègrement de son back catalogue qui lui assurerait une rente confortable. Elle appartient également à un groupe international qui enregistre des milliards de dollars de bénéfice chaque trimestre.

Nos revendications sont simples, et elles sont justes :

  • L’application de la durée légale de consultation pour un PSE de cette ampleur, c’est à dire 3 mois ;
  • Le rétablissement de l’accès aux mailing lists pour le CSE ;
  • Des moyens pour la délégation syndicale, dans un accord de méthode : heures de délégation suffisantes, canaux de communication généraux ;
  • Le déplacement des équipes de Spellcasters sur la production de Star Wars Eclipse, qui a absolument besoin de renforts ;
  • Si l’entreprise était capable de prouver que des suppressions de postes sont nécessaires, l’ouverture de départs volontaires étendus à toute l’entreprise, et non de départs forcés ;
  • La réorganisation de la direction créative du studio ;
  • L’implication directe des travailleureuses dans les décisions concernant l’entreprise et la production de Star Wars Eclipse.

Conclusion

Ce qu’entend appliquer la direction, par la force, est un plan brutal : le AAA du PSE. Mais un PSE au rabais.

Nous craignons de terribles conséquences sur le studio, et surtout sur les travailleureuses, qu’engendrerait ce PSE quoi qu’il advienne. Les séquelles laissées à Don’t Nod par un plan similaire sont nombreuses et profondes, et la situation actuelle du studio n’a aucune raison de nous rassurer.

Si elle persiste à vouloir mener son plan, la direction de Quantic n’aura d’autre choix que de revoir ses catégories professionnelles, comme l’a fait Don’t Nod avant elle. Les revoir va nécessairement impliquer l’entreprise au sens large, et concerner l’ensemble des salarié·es. Comme l’a bien dit l’administration, l’élaboration des catégories ne peut pas relever d’une logique basée sur l’organisation de l’entreprise.

En prétendant qu’elle pourrait simplement supprimer l’équipe de Spellcasters, la direction ment éhontément et cherche à diviser les employé·es pour mieux régner.

En tout état de cause, la production de Star Wars Eclipse sera affectée. Des voix s’élèvent déjà à tous les niveaux dans l’entreprise pour dénoncer son embourbement dans un development hell. Que cela leur plaise ou non, David de Gruttola et Guillaume de Fondaumière ont franchi le Rubicon.

Mais c’est à eux d’en assumer les conséquences, pas à nous.

Big Bad Wolf fermé : 46 licencié·es

Communique bbw fermeture fr

Jeudi 7 mai dernier, la direction de Cyanide a annoncé aux salarié·es de Cyanide-Nanterre que l’établissement Cyanide-Bordeaux (connu sous le nom de Big Bad Wolf) allait être fermé. Les salarié·es de Big Bad Wolf n’étaient pas convié·es à cette réunion. Pire, la direction de Cyanide a cherché à interdire aux personnes présentes de communiquer la nouvelle, y compris à leurs collègues de Bordeaux. Cette volonté de laisser les salarié·es dans l’ignorance coïncide avec le refus d’inviter certains membres du CSE central de Cyanide à cette réunion d’information, car salarié·es de Big Bad Wolf – et accessoirement représentants syndicaux du STJV.

Sans la solidarité de certain·es collègues de Nanterre, les travailleureuses de Big Bad Wolf auraient appris la perte de leur emploi par la presse plutôt que par leur CSE. Encore aujourd’hui, début juin, la direction de Cyanide n’a toujours pas annoncé officiellement aux salarié·es de Bordeaux son intention de les licencier.

Le CSE central de Cyanide a ensuite été convoqué le lundi 11 mai pour se faire présenter un « Plan de Sauvegarde de l’Emploi » qui confirme la suppression des 46 postes de Big Bad Wolf. Cette réunion aurait pourtant dû avoir lieu avant « l’annonce » faite aux salarié·es de Nanterre, puisque le CSE doit être obligatoirement tenu informé et consulté en priorité sur ce type de procédure.

C’est malheureusement encore une habitude pour les studios de jeu vidéo d’opérer dans l’illégalité, de piétiner les instances représentatives du personnel et de maintenir les travailleureuses dans le flou. Une attitude que nos collègues de Spiders et Kylotonn ont elleux aussi expérimentée dans des contextes similaires. Iels ont tout notre soutien et notre solidarité en cette période cruelle.

Le chant du cygne

L’annonce de la fermeture de Big Bad Wolf est intervenue 3 semaines seulement après la sortie de son dernier jeu : Cthulhu: The Cosmic Abyss. Une belle manière de remercier les travailleureuses qui ont réussi à livrer le projet dans les temps malgré une date de sortie avancée précipitamment sur décision unilatérale de leur direction.

La production du jeu se sera étalée sur à peine 2 ans, une durée particulièrement courte au vu des ambitions de l’éditeur : faire un jeu au rendu AAA avec un budget AA. Il nous a été remonté que cela impliquait des mois d’heures supplémentaires. Le prix en aura été la santé des travailleureuses, comme en témoignent les nombreuses demandes d’arrêts maladie. Ce n’est ainsi pas moins de 20% du studio qui aura eu recours à un arrêt de travail, pour un total de 400 jours prescrits.

Ces chiffres n’ont jamais suscité que de l’indifférence et du cynisme de la direction de Cyanide. Entre inaction et invitation à prendre la porte, les employé·es de Big Bad Wolf n’ont eu d’autre alternative que de serrer les dents. Iels sont maintenant sur le point de se faire licencier.

« Nacon m’a tuer »

En plus de la fermeture de Big Bad Wolf, le PSE prévoit le licenciement économique de 4 salarié·es au sein de Cyanide-Nanterre. En tout, l’entreprise Cyanide va supprimer 50 emplois, qui s’ajoutent à ceux détruits par les liquidations de Spiders et Nacon Tech, et les licenciements massifs en cours à Kylotonn. Ce sont les conséquences directes du redressement judiciaire de l’éditeur exclusif et unique propriétaire de ces entreprises : Nacon. Au final, ce sont déjà pas loin de 200 personnes qui subiront les conséquences de l’incurie de Nacon.

Hasard grinçant du calendrier, cette « annonce » est intervenue le jour même de la Nacon Connect, lors de laquelle le groupe a fait étalage de son catalogue, produit sur le dos de salarié·es bientôt remercié·es, et alors que tout brûle dans le groupe.

L’effondrement de Nacon et de ses studios, dont certains existent depuis plus de 20 ans, marque une heure sombre pour le jeu vidéo français. Ce sont des pans entiers de notre savoir-faire qui s’apprêtent à disparaître : des expertises en jeux narratifs, jeux de course et RPG, et avec eux les emplois de centaines de personnes. Autant de vies malmenées, de carrières mises au point mort, le tout dans un contexte social difficile et un marché de l’emploi asphyxié.

Si le CSE de Big Bad Wolf accompagnera au mieux les employé·es lors des semaines qui viennent, ses représentants et notre syndicat ont besoin de votre soutien. L’inconsidération des directions, leur cynisme et leur brutalité doivent percer le voile confortable du divertissement. Celleux qui produisent les jeux souffrent. On les piétine, de la même manière que l’on piétine les jeux qu’ils s’efforcent de porter. Soutenez les. Soutenez nous.

Nous invitons donc les joueureuses à ne plus acheter de jeux Big Bad Wolf, leur vente ne rémunérant plus les travailleureuses à leur origine. D’une manière générale, nous vous invitons à vous renseigner sur qui édite les jeux que vous souhaitez acheter, sur l’actualité et la gestion des studios concernés.

Enfin et surtout : écoutez et soutenez les employé·es qui s’expriment, via leurs syndicats, via leurs actions de grève, et via leurs réseaux.

La solidarité est notre arme ✊

Arkane : pour un télétravail négocié selon notre expérience, contre une réforme imposée

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Depuis plusieurs mois, les organisations syndicales à Arkane demandent que le télétravail fasse l’objet de négociations, notamment pour en sécuriser les usages dans un accord d’entreprise plutôt qu’une charte. Toutes nos demandes de négociations ont été refusées par la direction.

Nous avons lancé avec Printemps écologique une pétition demandant la tenue de négociations avec les syndicats sur ce sujet, afin de parvenir à un accord d’entreprise. Mais malgré un large plébiscite la direction démontre un réel déni de démocratie, préférant imposer ses méthodes et son calendrier plutôt que d’écouter et respecter les salarié·es d’Arkane.

La semaine dernière, la direction a décidé de mettre en application son projet de charte télétravail au mépris de l’avis des instances de représentation du personnel. Cette nouvelle charte met en danger l’équilibre de vie de nombreux·ses collègues. Non seulement elle présente un réel recul sur nos conditions de télétravail actuelles, qui reposaient sur la flexibilité et la confiance, mais elle ne règle aucunement les problématiques de la précédente charte : des inégalités de traitement selon les équipes en faisant reposer l’accès au télétravail sur des critères flous et arbitraires.

Journée de grève le jeudi 28 mai 2026

La section syndicale STJV d’Arkane refuse de laisser nos collègues être maltraité·es par une politique patronale qui n’a pour seul objectif que d’avoir plus de contrôle sur les travailleureuses. Comme nous avons pu le constater ces derniers mois dans notre industrie, le respect de la démocratie interne et la transparence sont essentiels pour la sécurité de nos emplois.

C’est pourquoi nous appelons tout les travailleureuses d’Arkane à se mettre en grève le jeudi 28 mai.

Nos exigeons :

  • La tenue de négociations sérieuses et loyales, dans le but d’atteindre un accord d’entreprise sur le télétravail ;
  • Le maintien des conditions de télétravail telles que prévues par la charte précédente, en attendant que les négociations aboutissent.

Nous vous invitons à nous rejoindre pour un piquet de grève dès 9h devant les locaux d’Arkane Lyon.

Étant conscient‧es de la difficulté pour certains de se mettre en grève une journée entière, nous encourageons également à débrayer – c’est à dire faire grève sur une courte durée, de quelques minutes à quelques heures – le temps du Studio Meeting du 28 Mai, et de rejoindre les camarades aux piquets de grève physiques ou en ligne.

Vous pourrez également trouver ici :

  • un rappel du droit de grève : La grève dans le droit privé – STJV ;
  • le tract distribué, résumant la situation et listant les revendications du STJV, ainsi que différents moyens d’agir pour montrer votre rejet de la nouvelle charte :

Et si vous souhaitez soutenir les mouvements de grève dans le jeu vidéo : https://www.stjv.fr/2024/03/caisse-de-greve-du-stjv/

Licenciements, liquidations, entraves dans le jeu vidéo : Appel à la grève nationale le 27 mai 2026

Banniere super metal grv

L’industrie du jeu vidéo en France est au bord du gouffre, et subit sa pire crise sociale depuis plus de 20 ans. Depuis 2024, nous avons décompté, entre autres :

Et, au moment où nous publions cet appel, le patronat veut supprimer encore plus d’emplois avec :

  • Un plan de suppression de 200 emplois au siège d’Ubisoft à Saint-Mandé ;
  • Un plan de licenciements à Cyanide, avec la fermeture envisagée de Big Bad Wolf ;
  • Un plan de licenciements à Kylotonn ;
  • Un plan de licenciements à Nacon ;
  • Un plan de licenciements à Quantic Dream ;
  • Un plan de licenciements à Eden Games ;
  • La mise en redressement judiciaire de Midgar Studio ;
  • Deux plans de licenciements déjà annoncés chez Don’t Nod pour 2026…

On dénombre au total plus de 1 000 emplois supprimés ou menacés à très court terme. Et ces listes sont loin d’être exhaustives, car de nombreuses « petites » entreprises disparaissent sans faire de bruit, et les postes non renouvelés ne sont pas comptés. Pour le moment, nous ne pouvons pas non plus évaluer précisément l’effet domino à venir sur les prestataires, travailleureuses indépendant·es et entreprises spécialisées, qui va être dévastateur.

Dans le même temps les luttes pour la transparence et la démocratie en entreprise, qui sont absolument nécessaires pour assurer la pérennité de nos emplois, continuent notamment à Amplitude, à Arkane, à Ubisoft et dans de nombreuses autres entreprises moins connues. Les dernières années nous ont montré que l’opacité forcenée des entreprises est toujours la première étape sur la pente menant aux licenciements et liquidations,

Ils veulent tuer le jeu vidéo : c’est mort !

En spéculant sur des projets au doigt mouillé, en suivant des modes vouées à l’échec, en refusant de viabiliser les méthodes de production, en s’opposant aux travailleureuses par principe, le patronat a décidé de saborder l’industrie qu’il siphonne depuis tant d’années.

N’acceptons pas le fatalisme et la passivité béate de nos dirigeant·es, ne laissons pas notre industrie se faire assassiner sous nos yeux sans réagir.

Les travailleureuses alertent depuis des années sur les dangers de la gestion de nos patron·nes, et proposent des solutions.

Partout dans le jeu vidéo, on entend les cris de solidarité des travailleureuses qui font vivre notre medium. Le jeu vidéo, c’est nous. Nous pouvons nous battre et surtout, nous pouvons gagner.

Se mobiliser dès le 27 mai autour des luttes en cours

Le STJV appelle à une journée de grève nationale dans toute l’industrie du jeu vidéo ce mercredi 27 mai 2026. Nous refusons de céder au fatalisme et au discours déresponsabilisant du patronat sur la soi-disant « conjoncture », et demandons :

  • que nos patron·nes prennent leurs responsabilité, si besoin en démissionant de leurs fonctions, qu’iels ont démontré inutiles ;
  • l’annulation de tous les licenciements envisagés ;
  • la remise du pouvoir décisionnel aux travailleureuses, seul·es personnes compétentes pour produire des jeux vidéos.

Utilisons cette journée pour nous rencontrer, rompre l’isolement, construire des solidarités et des revendications, autrement dit pour s’organiser pour les luttes en cours et à venir.

Cette date coïncide avec la réunion finale concernant le plan de licenciement outrageux à Kylotonn. Plan qui, nous le rappelons, est opéré lâchement et à distance par Nacon, qui a déjà éventré et liquidé Spiders et Nacon Tech, en plus de prévoir d’autres licenciements dans les studios du groupe tels que Big Bad Wolf et Cyanide ainsi qu’à Nacon directement.

Les travailleureuses de Kylotonn invitent travailleureuses, chômeureuses, retraité‧es et étudiant·es du jeu vidéo à participer à leur piquet à Paris, au 96 rue Orfila dès 10h ce Mercredi 27, pour revendiquer avec elleux l’annulation du plan de licenciement abject qui leur est imposé.

Nous appelons également à répondre massivement aux éventuels appels et demandes des travailleureuses de Quantic Dream, Cyanide, Big Bad Wolf, Midgar, Amplitude, Arkane…

Nous rappelons que cet appel couvre le champ d’action du STJV dans le secteur privé, et concerne donc toute personne employée par une société d’édition, distribution, services et/ou création pour le jeu vidéo quel que soit son poste ou son statut et quel que soit le domaine d’activité de sa société (jeux, consoles, mobile, serious games, VR/AR, moteurs de jeu, services marketing, streaming, produits dérivés, esport, création de contenu en ligne, etc.), ainsi que tous·tes les enseignants·es travaillant dans des écoles privées dans des cursus en lien avec le jeu vidéo. Puisqu’il s’agit d’un appel national à la grève, aucune démarche n’est nécessaire pour se mettre en grève : il suffit de ne pas venir travailler.

Grève 27 Mai
Les patrons veulent tuer le jeu vidéo ?
C'est mort !
Piquet à Kylotonn
10h - 27 mai
96 rue Orfila 75020 Paris

Annulation de Spellcasters et plan de licenciement à Quantic Dream : qui aurait pu prédire ?

Bluesky mastodon communique qd FR

Ce 20 mai 2026, la direction de Quantic Dream a annoncé l’arrêt brutal du développement du jeu Spellcasters Chronicles, ainsi qu’un plan de « restructuration » menant à des licenciements massifs. Un quart des travailleureuses de l’entreprise sont menacés en France, soit 95 emplois.

Cette décision, bien que justifiée officiellement par un marché difficile, est loin d’être le fruit du hasard. Ce projet démarré il y a 8 ans et dirigé par Guillaume de Fondaumière, David Cage et Grégorie Diaconu, était censé être un jeu de taille « raisonnable » devant sortir bien plus rapidement. Durant toutes ces années, la question du modèle économique et de la rentabilité du projet ne s’est jamais réellement posée. Fruit d’une gestion de projet calamiteuse, les nombreuses itérations ont épuisé l’équipe et ont mené la production droit dans le mur. Là où la direction de Quantic Dream pointe du doigt des facteurs externes, nous accusons ses décisions économiques, créatives et managériales ayant accouché d’un projet au coût ubuesque, sur un marché extrêmement risqué, qui ne correspond aucunement aux demandes actuelles.

Malheureusement, personne n’est surpris de ce résultat. Les instances représentatives du personnel ont alerté de nombreuses fois sur les risques colossaux de ce projet. Devant les employé‧es, la direction expliquait avec arrogance que la réussite de Spellcasters Chronicles était inéluctable, invoquant ses “30 ans d’expérience”. Devant le CSE, elle refusait d’imaginer toute autre hypothèse et de préparer un plan en ce sens. L’échec n’a jamais été envisagé, anticipé ou réfléchi : voilà où cette incompétence nous mène aujourd’hui. Les travailleureuses paient pour les errements de la direction.

Que Spellcasters soit avec nous

NetEase, unique actionnaire de Quantic Dream, est tout autant responsable. Le groupe a poussé pour arrêter au plus tôt le développement du jeu et n’a pas communiqué sur sa sortie, l’abandonnant à son sort. Comment espérer avoir des joueureuses, si les joueureuses ne connaissent même pas l’existence du jeu ?

Nous regrettons amèrement que les personnes concernées par les licenciements ne soient pas les décisionnaires de Quantic Dream et NetEase, mais bien les travailleureuses qui voient des années de travail réduites à zéro. L’injustice est telle que les travailleureuses ne sont même pas crédité·es dans la version Early Access du jeu, sortie fin février. Comme si toutes ces années ne valaient rien. Pour certaines personnes, cela veut dire qu’iels se retrouvent dans l’incapacité de justifier l’intégralité de leur carrière dans le jeu vidéo.

La direction souhaite supprimer l’entièreté de l’équipe de Spellcaster Chronicles, et prétend en ce sens que les métiers de cette équipe n’ont aucun lien avec ceux des équipes de Star Wars Eclipse, y compris après formation. C’est un mensonge grossier, et une méconnaissance profonde du fonctionnement d’un PSE et de la notion de « catégorie professionnelle », qui n’a rien à envier à la nullité de celui de Don’t Nod en 2024. Prétendre impossible de reclasser les salarié·es de Spellcasters sur Star Wars, et donc l’inverse aussi en toute logique, c’est une insulte aux compétences de toutes les personnes qui travaillent à Quantic Dream, qui leur dit : vous n’êtes pas capables de faire d’autres jeux vidéo et on ne peut rien tirer de vous. D’autant plus dans une entreprise qui produit en interne nombre de ses outils, et où la distinction par projet est extrêmement récente. Mépris, incompétence crasse de la direction, ou les deux ?

Aujourd’hui c’est toute une entreprise, parmi les principaux employeurs du secteur en France, qui est plongée dans l’incertitude. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, Star Wars Eclipse, dont la production a démarré en parallèle de Spellcasters et qui a la même équipe dirigeante, subit un développement tout autant compliqué. Le renfort des équipes de Spellcasters ne serait clairement pas de refus.

Maintien de tous les emplois : c’est pas sorcier !

Plutôt que de réduire les capacités de production de Quantic Dream et les compétences disponibles au sein de l’entreprise, nous voulons pérenniser l’avenir de l’entreprise, de ses productions et de ses travailleureuses.

À ce titre, nous exigeons :

  • L’annulation de tous les licenciements envisagés ;
  • À défaut d’un nouveau projet, le basculement des équipes de Spellcasters Chronicles sur la production de Star Wars Eclipse ;
  • Le passage de toustes les travailleureuses au statut Ingénieurs & Cadres qui leur est dû, pour accroître nos droits et nos protections face à ces menaces constantes ;
  • La démission immédiate de la direction et de la direction créative, uniques responsables de cet échec.

Pour que notre travail vive encore un peu, nous voulions vous appeler à jouer à Spellcasters Chronicles une dernière fois par solidarité, d’ici à la fermeture des serveurs le 19 juin. Malheureusement, comme une injure supplémentaire, le jeu a déjà été retiré de Steam.

Nous apportons notre soutien le plus total à toustes nos camarades de Quantic Dream qui vivent dans l’incertitude d’une situation brutale et injuste. Nos vies ne sont pas des variables d’ajustement, et nous exigeons de la stabilité pour toustes les travailleureuses.

Nous apportons bien évidemment notre soutien aux camarades de Quantic Dream Montréal, qui subissent la même abjection, de manière encore plus violente, car dépendant d’un code du travail moins protecteur.

Nous apportons également notre soutien à toustes nos camarades qui subissent ces situations indignes dans toutes les entreprises du groupe Nacon et d’ailleurs. Ces cas de figure se répètent à travers les studios, mais soyez bien assuré‧s que nous ne nous laisserons pas faire.

Mi-Clos condamné pour le harcèlement sexuel commis par son ex-directeur créatif

Sur fond rouge et noir, à gauche de l'image, Phoenix Wright de la série Ace Attorney dans une posture triomphale, pointant du doigt vers l'avant de l'image. À droite, le texte "Victoire !" dans une fonte stylisée rappelant celle des interjections d'Ace Attorney. En bas de l'image, le logo STJV.

Nous avons accompagné une ancienne salariée de Mi-Clos (entreprise liquidée en 2024) qui se plaignait d’un harcèlement sexiste et sexuel de la part de son supérieur, et avait été contrainte de prendre acte de la rupture de son contrat de travail, afin de se préserver. Elle avait décidé de porter cette affaire aux prud’hommes.

La plaignante évoquait des propos sexuels répétés (remarques sur le physique, propositions de discuter « hors du bureau » autour d’une bière, demandes insistantes pour obtenir son numéro personnel, propositions de venir prendre son badge directement dans sa poche…). Malgré une alerte au CSE, suivie d’un « recadrage », les faits n’ont pas cessé.

Pire encore, la plaignante a subi des représailles. Malgré une nouvelle alerte du CSE, de l’inspection du travail et de la médecine du travail, aucune mesure n’a été prise par l’entreprise, en plus de l’avertissement initial, pour faire cesser le harcèlement.

Streetpress relatait plus en détails cette affaire en 2024 : Au studio de jeux vidéo Mi-Clos, l’ambiance sexiste et les incohérences de production épuisent | StreetPress

En septembre dernier, la société a été condamnée par le Conseil des Prud’hommes de Créteil à :

  • 3 750 € de dommages et intérêts en réparation du harcèlement sexuel et des agissements sexistes de son directeur créatif ;
  • 3 750 € de dommages et intérêts en réparation de la violation de l’obligation d’évaluation et de prévention des risques psychosociaux et de l’obligation de sécurité ;
  • Une requalification de sa prise d’acte en licenciement nul avec 11 250 € au titre du préavis, 1 125 € pour les congés payés, et 937 € au titre de l’indemnité de licenciement ;
  • 22 500 € de dommages et intérêts pour licenciement nul.

Le mandataire liquidateur n’ayant pas fait appel, la condamnation est donc devenue définitive.

Michael Peiffert, gérant de la société aux moments de faits, s’était permis des élucubrations dans son droit de réponse à l’article de StreetPress :

Une personne, Emilie sentant le vent venir, comme elle le déclare elle-même, fait des déclarations à l’encontre d’un autre salarié pour réclamer 50 000 € à l’entreprise. La liquidation de cette dernière n’a pas permis de contrôler la véracité de ses propos pour aller au-delà de l’avertissement, mais surtout a rendu son espérance de gain plus qu’hypothétique.

Entre temps, la véracité des faits a pu être contrôlé par la justice : Emilie n’a pas agi par effet d’opportunisme et Mi-Clos a été définitivement reconnue coupable et condamnée à verser plus de 43 000€ à la plaignante, dans le jugement reproduit ci-dessous.

Malgré le pink-washing des entreprises, la discrimination sexiste et le harcèlement sexuel restent monnaie courante au travail, et contribue directement au manque de diversité. Preuve s’il en est : la victime a depuis fait le choix de quitter l’industrie du jeu vidéo.

Mais ce n’est pas une fatalité. Nous continuerons d’aller chercher autant que possible les responsabilités des entreprises et des auteurs pour qu’ils en répondent devant la justice.

Si vous êtes victimes et que vous avez besoin d’aide, n’hésitez pas à prendre contact avec notre syndicat.

Nous conseillons à toutes et tous et la lecture de nos fiches pratiques, et en particulier celle sur l’auto-défense en entreprise.

Le STJV assigne Amplitude Studios, qui tente de passer en force sur l’IA

communique amplitude contre le passage en force de l'IA

Le STJV a assigné en justice Amplitude Studios qui tente de passer en force sur l’IA générative en évitant tout réel dialogue social. Le CSE d’Amplitude Studios s’associe pleinement à cette demande.

Le contexte

En 2025, le Chief Production Officer d’Amplitude Studios a commencé à organiser des ateliers autour de l’IA générative avec certain·es élu·es du CSE, l’objectif affiché étant d’étudier les intérêts et risques potentiels de l’IA.

En fin d’année, une proposition de “charte interne” sur l’IA a été proposée par le CPO à ces élu·es, leur demandant une relecture. Cette charte aurait ouvert à l’entièreté des salarié·es d’Amplitude Studios la possibilité d’utiliser des outils IA, avec un cadre extrêmement faible. En conséquence, et car iels ne sont pas subordonné·es au CPO en tant qu’élu·es, iels ont préféré temporiser en indiquant en janvier 2026 qu’il fallait mieux prendre le temps de récupérer des avis d’employé·es sur le sujet, et qu’il apparaissait que le sujet étant potentiellement très impactant sur les conditions de travail, qu’il appartenait au cadre de la négociation avec les syndicats.

Le délégué syndical de la section STJV d’Amplitude Studios a répondu pour confirmer qu’en effet la direction devait à priori ouvrir des négociations sur le sujet.

En réponse, la direction a annoncé au CSE une consultation sur cette charte et le CPO a coupé toute discussion additionnelle avec les élu·es du CSE sur le sujet, y compris à une demande de leur part d’en discuter de vive voix pour évacuer toute incompréhension qui aurait pu émerger des échanges par courriel.

Les faits

Depuis janvier 2026, la direction d’Amplitude Studios déploie toute sa créativité pour esquiver le dialogue social avec le syndicat, notamment en ajustant son projet : d’une première tentative de consultation du CSE sur une charte (qui ferait office de facto de règlement intérieur) à un “comité de gouvernance” fixant le cadre consultatif du comité.

Le CSE a répété à de multiples reprises au travers de délibérations votées en réunion qu’il appartenait à l’employeur de négocier avec le STJV, mais aucun des ajustements de l’employeur ne venait répondre à la problématique centrale remontée : effectuer un dialogue social correct.

Finalement, le comité a voté pour assigner l’employeur en justice et faire suspendre une consultation qu’il jugeait illicite en l’absence de négociations préalables.

Cela a finalement amené l’employeur à proposer une négociation au syndicat, fin avril. Mais en parallèle, la direction a décidé de démarrer une phase pilote de Github Copilot, impactant une dizaine de personnes dans l’entreprise, et plutôt que de s’embêter avec une consultation du CSE a préféré se tenir à une simple information. Lors de cette information, le CSE découvre également que la direction avait déjà procédé au développement d’un outil de production en utilisant Claude Code, sans jamais ni les avoir informé ni consulté !

Pour couronner le tout, lors de la réunion d’ouverture des négociations sur le cadrage de l’IA à Amplitude Studios, l’employeur a conditionné la tenue des négociations au maintiens de sa phase pilote sans attendre la fin des négociations, alors que la suspension des décisions de l’employeur afférentes est une obligation légale. Il est intéressant de noter par ailleurs que dans un courriel envoyé à l’issue de cette réunion l’employeur a menti, y prétendant que la réunion avait été “interrompue”, tentant de faire porter le refus du dialogue social au syndicat, alors que la réunion s’est clôt d’un commun accord car nous n’y trouvions pas d’issue dans l’immédiat.

Il nous semble qu’ils ont volontairement vicié cette ouverture de négociation pour se défaire de leurs obligations et faire ce qu’ils souhaitent sans avoir à échanger réellement avec les travailleureuses.

Le syndicat a donc sommé une dernière fois l’employeur de suspendre sa décision de phase pilote et de ré-ouvrir les négociations sur le sujet.

L’employeur n’a pas donné suite à cette demande et nous avons donc été contraints de les assigner pour obtenir gain de cause. Le CSE d’Amplitude Studios rejoint le syndicat dans sa démarche.

Derrière les technicités du dialogue social, un constat : le déni de démocratie

Le sujet est très technique : les rapports sociaux au travail sont codifiés, avec par exemple différentes instances représentatives qui ont des procédures propres (les CSE doivent être informés et consultés, les organisations syndicales négocient, etc), qui peuvent se cumuler ou se substituer en fonction de certains critères… Le résumé des faits précédent montre la complexité du droit social.

Néanmoins, le préambule de la Constitution de 1946, repris en préambule de la Constitution de 1958, est très clair avec son article 8 : “Tout travailleur participe, par l’intermédiaire de ses délégués, à la détermination collective des conditions de travail ainsi qu’à la gestion des entreprises.”. Il nous semble que l’esprit de ce texte est d’entériner une volonté de gestion démocratique des entreprises de la République.

En choisissant depuis janvier de chercher tout moyen pour ne pas ouvrir de négociations, malgré une pléthore d’opportunités d’apporter réellement le sujet, nous ne pouvons faire qu’un seul constat : il nous semble que la direction d’Amplitude Studios choisi sur ce sujet de société de nier la démocratie au travail.

Pourtant, n’est-ce pas les travailleureuses de l’entreprise qui créent sa valeur, et qui pourraient se retrouver dans un futur proche contraints à utiliser de l’IA ? Ces travailleureuses ont voté pour & rendu représentatif le STJV, qui est donc l’interlocuteur légitime pour représenter leurs intérêts auprès de l’employeur. La direction, elle, n’a pas été élue.

Les décisions de phase pilote d’IA génératives doivent être suspendues, et la direction d’Amplitude Studios doit revenir à la table des négociations.

Il n’est pas acceptable que sur l’IA générative – un sujet qui agite tant la société par ses questions sociales, sur l’emploi ou encore sur l’écologie – un employeur décide de passer en force sans négocier de bonne foi avec les représentant·es légitimes de ses travailleureuses.

Cela peut paraître trivial quand à côté nos camarades de Spiders ont vu leurs emplois supprimés avec la liquidation du studio ( Liquidation de Spiders – récit d’une casse sociale – STJV ), que celleux d’Ubisoft doivent faire face à une litanie de scandales et mouvements sociaux ( Procès des ex-cadres d’Ubisoft : derrière les excuses, les responsabilités – STJV par exemple), quand les camarades de Kylotonn doivent actuellement combattre pour préserver au mieux leurs emplois avec l’annonce d’un PSE semaine dernière (Kylotonn : pied au plancher, droit dans le mur – STJV), ou bien d’autres luttes encore ; bien trop. Mais ces situations partagent une chose : tout cela émerge quand, justement, le patronat décide de n’en faire qu’à sa tête sans considérer les travailleureuses.

À Amplitude Studios, il nous appartient en ce moment de faire valoir nos droits et d’être considéré·es dignement pour éviter les mêmes travers ; partout dans l’industrie, il faut défendre la démocratie au travail pour préserver nos emplois et améliorer nos conditions de travail.

Kylotonn : pied au plancher, droit dans le mur

Kylotonn : pied au plancher, droit dans le mur. Le visuel est accompagné d'un dessin d'une voiture de rallye dans laquelle sont installés différents personnages de jeux du groupe Nacon.

Aujourd’hui, mercredi 6 mai 2026, aurait du se tenir la première réunion CSE nous informant d’un violent plan de licenciements massif, traduisant la volonté de Nacon. Cette première réunion a été reportée au 13 Mai, probablement pour essayer de ne pas entacher la « Nacon Connect » du jeudi 7 Mai, messe publicitaire de la société éponyme. Si, une fois de plus, Nacon est incapable d’anticiper et change ses plans au dernier moment, ce n’est pas notre cas.

La situation d’aujourd’hui fait suite à des années d’alertes sur la situation économique de l’entreprise, sur le déni de démocratie subit par les travailleureuses et leurs représentant·es, sur la désorganisation des productions dirigées par ce que nous estimons être des incompétent·es et sur les conditions de travail désastreuses ayant abîmé notre santé. Nos communiqués passés en 2023, en 2024 et en 2026 en sont la preuve.

Nous avons pourtant tenu le coup et trouvé la force de lutter malgré :

  • les montages commerciaux, dont certains tenant selon nous plus de la magouille, vidant la trésorerie des filiales et créant l’effet domino du redressement judiciaire ;
  • les structures d’entreprises conçue pour museler les travailleureuses ;
  • les abus de biens sociaux, certains vérifiés, certains fortement soupçonnés, de la part de la direction de Kylotonn ;
  • les insultes, la direction de Kylotonn allant jusqu’à nous traiter de « puent-la-pisse » ;
  • le retrait – à la demande de Nacon – de toutes les lignes de dialogues mentionnant des relations homosexuelles dans Test Drive Unlimited, pour éviter un soi-disant « review bombing » ;
  • le harcèlement et les discriminations causant des maladies professionnelles ;
  • les ordres que nous considérons comme un sabotage de nos productions par la direction de Nacon, avec leurs demandes au doigt mouillé sans études de marché et sans nous demander notre avis – nous faisant par exemple produire un open world ambitieux sur un moteur pas adapté, sans financement ni temps de R&D adéquats, et malgré des équipes inexpérimentées sur ce genre ;
  • les entraves multiples à toute la représentation du personnel…

Mais à présent, via une direction de Kylotonn que nous trouvons servile et complaisante, Nacon peut enfin réaliser son rêve de supprimer les postes qu’elle décrète superflus. Les effectifs et compétences de Kylotonn avaient déjà été partiellement siphonnés lors de la création de Grit Games, entreprise encore plus intégrée au groupe Nacon, qui a récupéré la licence WRC. Il apparaît que Grit Games a sélectionné ses salariés (au masculin, ce n’est pas une erreur) en prenant grand soin d’éviter toute personne syndiqué·es ou appartenant à une minorité de genre.

Dans ses objectifs pour le redressement judiciaire de Kylotonn, Nacon déclare sans sourciller ne plus vouloir confier de projets à Kylotonn pour une durée indéterminée, et ne souhaiter conserver qu’une équipe réduite au minimum pour continuer à presser le citron de Test Drive Unlimited, par de la monétisation agressive. Cela ayant été mis en place, il ne reste plus qu’à effectuer « le sale boulot » : virer comme des malpropres toutes les personnes « en trop », surtout depuis l’annulation unilatérale par Nacon d’un projet prometteur en préproduction, sans la possibilité de le présenter à d’autres éditeurs et investisseurs.

Colère en fond de cinquième

Le silence de Nacon sur ces évènements en dit long. Il s’agit pour nous d’une série d’actes réfléchis pour faire payer aux travailleureuses l’outrage de s’être organisé·es, d’avoir lutté pour améliorer les conditions de travail, d’avoir tenté d’instaurer des processus plus démocratiques et même plus efficaces. Ce silence n’est pour nous que le prolongement de celui que nous subissons depuis des années.

Cependant, les travailleureuses de Kylotonn, fidèles à leur engagement ces dernières années aussi bien au sein de l’entreprise qu’en dehors, ne se laisseront pas faire.


Nous appelons à une grève reconductible dès aujourd’hui, Mercredi 6 Mai 2026 et jusqu’au Lundi 11 Mai 2026 au soir, pour protester contre l’organisation infâme que nous subissons, et qui laisserait Nacon s’en sortir sans nous remettre notre dû. Poursuivre la production d’Endurance Motorsport Series (EMS) et Test Drive Unlimited (TDU) comme si de rien n’était, c’est permettre à Nacon de commercialiser des jeux produits et peaufinés par des travailleureuses qu’ils comptent virer selon nous de manière abjecte et autoritaire, sans état d’âme ni remerciement, usant du bien habile redressement judiciaire pour nous museler. Notre seul moyen de protester efficacement, pour qu’ils daignent nous considérer et les contraindre à s’asseoir à la table des négociations, c’est de toucher Nacon au porte-monnaie en ralentissant la production et en impactant les dates de sorties. Notre grève sera donc reconduite tant qu’il le faudra.

Nous exigeons :

  • l’annulation de tous les licenciements tant qu’un plan solide pour le futur de l’entreprise ne sera pas présenté ;
  • la réactivation du projet non annoncé et sa présentation à d’autres financeurs ;
  • le passage de toustes les travailleureuses au statut Ingénieurs & Cadres pour accroître nos droits et nos protections face à ces actes indignes ;
  • la révision contractuelle des liens entre Kylotonn et Nacon pour mettre fin au droit de vie et de mort du groupe sur nos vies et notre travail.

Pour partager la formulation de nos camarades de Spiders, vous ne pillerez pas les fruits de notre travail sur le cadavre encore chaud de nos emplois.


Nous appelons toute personne solidaire, ainsi que les joueuses et joueurs qui comprendraient à travers ce communiqué que Nacon est seul décisionnaire de tout ce qui est reproché, à contribuer à la caisse de grève mise en place pour l’occasion. Nous appelons aussi à la solidarité des travailleureuses de nos sociétés sœurs ainsi que de nos prestataires : le rapport de force se construira sur nos efforts unis.

Nous apportons toute notre solidarité à nos camarades de Spiders et de Nacon Tech, lâchement liquidés et dont le travail continuera à rapporter à Nacon malgré tout, ainsi qu’à nos camarades de Cyanide et de Big Bad Wolf qui attendent leur sort.

Des piquets de grève auront lieu devant nos locaux à Paris et Lyon le Jeudi 7 Mai à partir de 10h. Nous vous invitons à nous rejoindre en masse au 33 rue Maurice Flandrin à Lyon et au 96 rue Orfila à Paris. Les prises de parole auront lieu à 11h30.

Liquidation de Spiders – récit d’une casse sociale

Sur fond noir, une araignée dessinée de manière mignonne pend du haut de l'image, une larme sur le point de tomber d'un de ses yeux. À droite, le texte "Liquidation de Spiders"

Spiders a été mis en liquidation judiciaire le 29 avril. D’ici quelques semaines, le studio cessera définitivement d’exister. Ce sont 71 travailleureuses qui voient leur emploi, leur carrière et leurs revenus sacrifiés par ce que nous considérons comme de l’incompétence et de la malveillance des directions de Spiders et Nacon.

Officiellement, la liquidation est due au fait que Spiders n’ai pas de revenus et n’ai pas trouvé de repreneur. Selon nous, elle est en réalité le résultat d’un processus délibéré de la part du groupe Nacon.

« Meurtre » avec préméditation ?

Le studio était victime depuis son rachat en 2019 d’un montage financier dans lequel Nacon était à la fois le propriétaire, le président et l’unique client de Spiders. Le studio ne recevait plus aucuns royalties sur les jeux qu’il a produit après GreedFall, et tous ses revenus et sa trésorerie étaient captés par le groupe. Spiders était de facto une coquille vide, réduit en pratique à un simple département de Nacon, mais organisé de manière à pouvoir être supprimé selon les caprices de la direction de Nacon.

C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui. Quand Nacon a subitement annulé la production du projet Dark l’année dernière, de façon unilatérale et sans explications concrètes, cela a enclenché un compte à rebours pour le studio, qui n’avait pas de contrat assurant sa survie après la sortie de GreedFall 2.

Nacon n’a pas voulu signer de contrat immédiatement après, et n’a fait que repousser les échéances de signature de nouveau contrat. Le groupe semble également avoir interdit à Spiders d’aller proposer son travail à d’autres éditeurs ou investisseurs, bloquant cette voie de sortie de crise.

Même après la mise en redressement judiciaire du studio, Nacon aurait pu signer un contrat avec Spiders. Les administrateurices judiciaires ont confirmé que Nacon n’a jamais exprimé l’idée de signer un contrat pour continuer l’activité de Spiders, et n’a donc jamais voulu sauver l’entreprise.

De manière générale, les directions de Spiders et Nacon ont fait preuve de légèreté blâmable dans leur gestion du studio, notamment en ignorant les nombreuses alertes du CSE sur la situation économique, la stratégie et la gestion de l’entreprise, sur lesquelles il a rendu de nombreux avis négatifs lors des consultations annuelles obligatoires.

Pour nous, tout cela montre que cette liquidation est un choix conscient et prémédité de la direction de Nacon.

Immense gâchis

Le studio Spiders a été créé en 2008, il y a 18 ans, et était un des plus anciens studios de jeu vidéo en France. Il a sorti 7 jeux originaux, travaillé sur 4 autres pour d’autres studios.

Au moment de sa liquidation Spiders travaillait sur la préproduction d’un nouveau jeu original, Mist. Les travailleureuses croyaient vraiment à ce projet, et ont continué à travailler dessus même après la mise en redressement judiciaire. Malheureusement, le jeu ne verra jamais le jour.

Les travailleureuses du studio ne recevaient déjà rien d’autre que leurs salaires, bien maigres pour une grande partie des salariés. Maintenant, il est impossible que celleux-ci voient le moindre centime des ventes des jeux.

Nous refusons que le groupe qui a coulé Spiders pille le cadavre encore chaud de nos emplois. Si nous espérons que nos jeux continueront à être apprécié, nous aimerions que les joueureuses évitent d’acheter les jeux Spiders édités par Nacon, à savoir Steelrising et GreedFall: The Dying World. Cela reviendrait à récompenser le groupe pour ses actions. Nous préférerions que les joueureuses se procurent nos jeux par d’autres moyens, comme le marché de l’occasion par exemple.

Malgré le silence assourdissant de l’industrie sur l’effondrement du deuxième employeur du secteur en France, la lutte va continuer après la mort de Spiders. Nous allons tout faire pour que la malveillance et les fautes de gestion des directions de Spiders et Nacon, qui paraissent délibérées, ne restent pas impunies.

Nous apportons tout notre soutien :

  • aux travailleureuses de Spiders ;
  • aux travailleureuses des sociétés du groupe Nacon, qui n’ont pas encore subit toutes les conséquences du redressement judiciaire de Nacon ;
  • aux travailleureuses du jeu vidéo en général, qui luttent pour la survie de l’industrie envers et contre le patronat.

La lutte continue ✊

1er mai 2026 – Emploi, conditions de travail, liberté : stop au hold-up !

Header 1erMai2026

Après des décennies de normalisation des politiques de droite et d’extrême-droite, jusque dans les rangs de la gauche et partout dans le monde, des fissures béantes apparaissent à tous les niveaux de la société.

L’industrie française du jeu vidéo menace de rentrer dans une des pires crises sociales de son histoire, le patronat ne cache plus sa sympathie pour le fascisme et ses déjeuners mondain avec la direction du RN, les guerres et génocides causés par l’extrême-droite tuent et appauvrissent sur tous les continents…

Mais il y a toujours des voies de sortie et des lueurs d’espoir, comme nous le rappellent notamment la résistance populaire aux rafles d’ICE aux USA, la défaite cuisante de Viktor Orban en Hongrie, ou les prises de position récentes du gouvernement Espagnol.

Protéger nos vies

Le patronat veut tout nous voler : nos salaires, notre sécurité sociale, notre santé, notre temps, notre voix, notre liberté, notre identité… Et tout ça dans le seul but d’accumuler toujours plus d’argent et de pouvoir, et en étant prêt à le faire par tous les moyens.

Ne laissons pas le patronat et l’extrême-droite cambrioler nos vies.

Avant de finir tous harcelés, en burnout et/ou licenciés, nous devons nous mobiliser et agir à tous les niveaux, depuis les petites entreprises jusqu’au parlement en passant par la rue.

Manifester notre solidarité

Le 1er mai est la journée internationale des travailleureuses. Tous les ans depuis le 19ème siècle, les travailleureuses manifestent à travers le monde pour faire valoir nos droits, notre existence, notre fierté d’appartenir à la classe qui produit réellement de la valeur.

Cette année, le concept même de dédier une journée par an aux travailleureuses se fait attaquer au plus haut sommet de l’État français, qui reprend à son compte les positions du régime collaborationiste de Vichy. Répondons en manifestant pour montrer notre solidarité, nous préparer à l’année qui vient et exiger des conditions de travail et de vie décentes pour toustes.

Salarié‧es de société du jeu vidéo quel que soit votre domaine d’activité, enseignant‧es dans des cursus en lien avec le jeu vidéo, travailleureuses indépendant‧es, étudiant‧es, chercheureuses, chômeureuses, journalistes, vidéastes, streameureuses… rejoignons-nous partout en France pour manifester ce 1er mai.