Face à la crise du jeu vidéo, le patronat n’a toujours rien à proposer

Nous avions été informés de la question écrite de Danielle Simonnet, députée de la 15e circonscription de Paris, et nous en réjouissions car il est encore trop peu courant de voir des élu‧es s’intéresser à notre industrie et à ses travailleureuses. En revanche, nous ne nous attendions pas à voir un lobby patronal griller la priorité au ministre de l’industrie en se permettant de répondre à cette question avant lui.

Apparemment, il suffit de poser une question publiquement sur le Crédit d’Impôt Jeu Vidéo (CIJV) pour que le patronat fasse un caprice. Sûrement un signe que ledit patronat est très serein et n’a rien à se reprocher. Si nous étions mauvaise langue, nous pourrions supposer que le SNJV essaye ainsi d’imposer au ministère ses éléments de langage, aussi pauvres soient-ils.

Majordome, il y a du « militantisme » dans mon velouté

D’abord, le lobby patronal essaye une fois de plus d’endormir tout le monde avec la fable larmoyante de « la crise mondiale contre laquelle on ne peut rien faire » (si seulement des organisations et travailleureuses avaient alertés les entreprises et proposés des solutions ! /s). Juste après, le SNJV s’attaque directement à ce qu’il semble semble identifier comme une nouvelle menace pour notre industrie : les parlementaires, élu‧es par leurs concitoyens, qui osent user librement de leur parole et, horreur, auraient même des opinions politiques.

On savait déjà de première main que les patron·nes n’aiment pas la démocratie en entreprise. En s’attaquant ainsi publiquement à une élue de la République, ils nous montrent qu’ils ne l’aiment pas en dehors non plus. Décidemment, il semble y avoir un motif récurrent.

Le SNJV fait du lobbying actif auprès des élu‧es, notamment pour bloquer des articles de lois favorisant la parité dans les studios de jeu vidéo, mais se plaint quand des élu‧es s’intéressent réellement à la production de jeu vidéo en france. Le beurre ne lui suffit pas, il veut aussi l’argent du beurre, la crèmerie, la vache et le pré.

N’étant pas à une contradiction près, le patronat explique qu’il ne faut pas chercher de boucs émissaires, tout en expliquant qu’il ne faudrait pas inclure « certains syndicats de travailleurs » dans les décisions concernant le financement de l’industrie. Il serait temps que cette organisation qui surjoue son importance et sa légitimité réelle accepte enfin que le jeu vidéo est une des industries privées les plus syndiquées de France, et que le STJV est de très loin le syndicat majoritaire du secteur par son nombre d’adhérent‧es, son omniprésence dans les entreprises de jeu vidéo et sa capacité de mobilisation des travailleureuses.

Il n’est plus possible aujourd’hui d’ignorer les représentant‧es des travailleureuses du jeu vidéo, et c’est bien de cela dont le SNJV devrait « prendre acte ». Avec le temps, l’organisation des travailleureuses éclipsera le patronat et renverra ses pathétiques représentant‧es à leur place : dans les poubelles de l’histoire.

Être patron, c’est refaire sans arrêt exactement la même connerie, en espérant que ça change.

N’ayons crainte, le SNJV a une solution à la crise : moins de réglementation ! Conformément à sa stratégie politique, immuable depuis sa création, ce lobby trouve encore une occasion de pleurnicher sur le fait que le CIJV devrait être « modernisé ». Traduit sans langue de bois, cela veut dire que les patron‧nes souhaiteraient que le CIJV soit moins régulé, et distribué encore plus facilement.

Il appuie son argument en précisant que ce crédit d’impôt n’aurait pas changé depuis 10 ans. Peut-être que le SNJV n’a pas eu connaissance des communiqués du même SNJV, qui se félicite régulièrement de faire évoluer le CIJV, notamment en 2022 (il y a moins de 4 ans donc, pour les patron‧nes ayant des difficultés en mathématiques).

Ces précédentes dérégulations n’ayant pas permis de sauver notre industrie, et n’ayant que très peu profité aux petits studios que le SNJV prétend défendre, on nous propose donc encore plus de dérégulations. Comme si ça allait marcher cette fois-ci.

Le SNJV rappelle que le CIJV est soumis au respect de la législation. C’est peut-être la seule affirmation de vraie dans leur communiqué. En tant que travailleureuses, nous sommes bien placé·es pour constater que, dans les faits, les entreprises usent et abusent des zones d’ombres du CIJV et de l’absence totale de contrôle des critères de respect de la législation.

Les nombreuses et régulières victoires que nous obtenons aux Prud’hommes et au Tribunal Judiciaire contre les entreprises, y compris certaines dirigées par des membres du bureau du SNJV, en attestent. Pourtant, elles ne portent jamais conséquence quant à l’attribution du CIJV.

Puisque le SNJV se réclame du dialogue social, nous souhaitons lui donner la possibilité de montrer sa bonne foi, et lui proposons donc de nous aider à faire respecter cette législation dans ses entreprises adhérentes. Nul doute que, poussé·es par leur attachement à la République et au droit du travail, iels sauront saisir notre main tendue.

Une seule solution : plus de pognon !

L’avidité patronale pour l’argent public pourrait être un mauvais cliché, mais c’est malheureusement la réalité. Le vocabulaire des représentant‧es patronaux est assez limité, et ne porte presque que sur les aides publiques aux entreprises.

Comme d’habitude, le patronat du jeu vidéo reste sur ses positions conservatrices : il ne faut rien changer à l’industrie du jeu vidéo, sauf le montant des aides que l’État leur verse.

Il n’est cependant pas étonnant de voir une organisation patronale se limiter à récolter de l’argent puisque les patron·nes du jeu vidéo ne semblent pas savoir faire autre chose, et surtout pas gérer des productions de jeu vidéo.

Si nos patron‧nes dépensaient autant d’énergie à gérer les productions et améliorer les conditions de travail qu’à faire les poches de l’État, notre industrie serait florissante et non en train de s’effondrer comme un château de cartes.

Pendant que les travailleureuses cherchent et proposent des solutions pour vraiment fabriquer des jeux vidéo et pouvoir en vivre, leurs patron·nes leurs proposent simplement de continuer à foncer dans le mur (mais avec plus d’argent dans leur coffre).

Nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes, et devons donc nous mobiliser pour pouvoir continuer à faire des jeux vidéo malgré nos dirigeant‧es.

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