À Don’t Nod, nos sauvegardes sont corrompues

Sur fond rouge et noir, en haut au centre de l’image, le titre « DONTNOD » en grosse lettres noires sur fond blanc. En-dessous, sur la droite, un texte blanc sur fond rouge "Licenciements : nos sauvegardes sont corrompues". Sur le côté gauche, un dessin stylisé du Ballast, un personnage du jeu Jusant, avec des cernes et un foulard noir floqué STJV.

L’anticipation avec 18 mois de retard

Le studio vient d’annoncer – d’abord à la presse financière, puis aux salarié·es, comme à son habitude – son placement en procédure de sauvegarde.

Cette procédure est distincte du « Plan de Sauvegarde de l’Emploi » (plan de licenciements), mais vient le compléter puisque, sans le gel des dettes apporté par la sauvegarde, l’entreprise ne disposerait même pas de fonds suffisants pour mener à terme son PSE.

Dans son communiqué, le PDG Oskar Guilbert écrit qu’une « procédure de sauvegarde constitue une démarche d’anticipation ». En décembre 2025, la direction présentait déjà au CSE plusieurs scénarios financiers. Le meilleur, supposant le financement de 2 jeux, prévoyait des licenciements. Le pire, en l’absence de financement (ce qui se révélera être le cas), une liquidation courant 2026. De quelle anticipation parle-t-on lorsque l’entreprise attend 11 mois supplémentaires, et 5 après l’alerte des commissaires aux comptes de mai, pour réagir ?

Comble de l’anticipation, la direction convoquait le CSE le 3 septembre pour une information-consultation sur l’ouverture d’une procédure de sauvegarde. Durant cette réunion le PDG a fait pression sur les membres du CSE, afin qu’iels renoncent au délai légal et rendent leur avis sur-le-champ. Si le CSE n’a pas cédé, il est étonnant de s’apercevoir que la direction de l’entreprise a mis ensuite plus d’un mois pour lancer effectivement la sauvegarde.

Le PDG conclut sa déclaration par des formules creuses sur l’attention portée aux salarié·es, dont chacun·e sait qu’il s’agit d’un tissu de mensonges probablement écrits par ChatGPT.

Le communiqué poursuit en indiquant que la société attend 5.6M€ (7.5 – 1.9) de versement de Crédit d’Impôt Jeu Vidéo. Nous signalons à toutes fins utiles que la société a été condamnée cette année notamment pour atteinte aux intérêts collectifs de la profession : « l’absence de reconnaissance par l’employeur de la situation de harcèlement moral de M. C. et des carences de M. W. pour la sécurité des salariés ont porté partiellement atteinte aux intérêts de la profession ». Selon le critère « respecter la législation sociale » pour toucher le CIJV, le CNC ne pourra en toute logique que retirer son agrément à Don’t Nod. Nous déplorons qu’en ne prenant pas de mesure contre le harcèlement, Don’t Nod se soit placée toute seule dans une position où elle risque de perdre une subvention qui semble pourtant nécessaire à sa survie.

Ces dernières années, s’il fallait bien trouver un point positif aux finances de Don’t Nod, c’était l’absence de dettes. Le problème, quand on arrive ensuite à court de trésorerie et que l’on s’acharne à éviter ses responsabilités, c’est qu’il faut créer artificiellement des dettes pour pouvoir les geler et en conserver les sommes dans sa trésorerie. Nous avons eu le déplaisir d’apprendre que la société ne s’acquitte plus de ses cotisations sociales auprès de l’URSSAF depuis juillet, dans ce but. C’est peut-être là qu’on trouvera le plus d’« anticipation » de la part de la direction.

Sauvegarde de l’emploi : not found

Malgré des modifications à la marge, l’organisation cible est toujours selon nous totalement inadaptée à la production du dernier projet en cours de développement, P14.

La quasi-totalité des postes non-managériaux est supprimée : 6/6 animateurices, 3/3 character artists, 3/3 concept artists, 8/10 artistes environnement, 2/3 sound designer, 4/8 game designers, 3/5 level designers, 6/6 associate producers, 18/22 programmers, 3/5 QA testers, 2/3 devops, 3/4 RH…

La direction procède à un ciblage individuel extrêmement clair et ne se cache pas vraiment de réfléchir en termes de personnes, ce qui est illégal. Cela passe par sa définition des catégories professionnelles :

  • elle définit 47 catégories professionnelles (55 initialement) pour 140 salarié·es, ce qui est énorme ;
  • 23 catégories sont unipersonnelles, désignant directement des personnes à garder ou lourder ;
  • elle ne respecte pas sa propre « méthodologie » de manière cohérente, qui contredit d’ailleurs les fiches de poste préexistantes dans l’entreprise.

Cela passe également par des critères d’ordre dont le barème départage très peu les salarié·es, à l’exception de l’appréciation, très subjective, des « qualités professionnelles ».

Pour compenser cette hécatombe et continuer la production d’un jeu qui, à ce jour, n’a pas réduit de scope et occupe environ une centaine de personnes, la direction mise tout sur la sous-traitance. Les chefs d’équipe, qui sont considérés comme naturellement plus compétents, plus expérimentés que les non-managers, sont conservés dans l’organisation et devront selon la direction à la fois orchestrer ce recours massif à la sous-traitance et reprendre la charge de travail de production des équipes licenciées. N’importe qui avec un minimum de jugeote et d’expérience dans la production d’un jeu vidéo se rend bien compte à quel point cette décision est hors-sol. Le coût du passage en sous-traitance d‘un projet jusqu‘ici largement internalisé et de la perte de l’expertise développée tout au long de la production semblent ignorés au profit d‘économies court-termistes aux débouchés nébuleux.

Passage en force

La direction vient de donner le clap de fin à la mauvaise pièce de théâtre qu’ont été les « négociations » du PSE. Elle choisit donc de passer par une décision unilatérale et de soumettre son plan à une étude approfondie par la DRIEETS pour son homologation.
En réalité, elle n’a jamais eu l’intention de négocier quoi que ce soit et ne s’en est pas caché. Nous n’avons eu en face de nous que mauvaise foi et gaslight permanents.

Elle décrète qu’elle est incapable d’accorder quoi que ce soit : ce sera le minimum légal et estimez-vous heureux·ses. Un plan de départs volontaires est hors de question car l’entreprise serait à deux semaines près de trésorerie et ne pourrait pas supporter le délai de mise en place. Un accord de performance collective abaissant les rémunérations de la direction est reçu comme une boutade insultante (alors qu’il économiserait de l’argent à l’entreprise).

Depuis des années, l’entreprise est emmenée droit dans le mur, refusant d’écouter tout avis extérieur, contre tout principe de réalité. Cela fait 2 ans que les salarié·es vivent sous une épée de Damoclès, dans l’incertitude et l’angoisse, entretenues par une communication interne alternant entre inexistante ou ostensiblement mensongère. L’impact sur la santé des salarié·es a été largement documenté par le CSE, entre accidents de travail (6 en 2026) et une récente expertise pour Danger Grave et Imminent.

Dès 2024, le CSE, le STJV et les salarié·es alertaient sur la probabilité d’un deuxième PSE (ou pire) si la direction ne changeait pas de manière de faire et si elle persistait à mettre tous ses œufs dans le même panier (P14). Nous y sommes. Deux ans passés à chasser des financements en essuyant refus sur refus, systématiquement, à essorer les salarié·es pour produire démo sur démo, pour chaque salon, rencontre, Gamescom… La direction a laissé pourrir la situation et nous avec, en prenant ses rêves pour la réalité.

Elle a ignoré le CSE, ses middle-managers, le STJV, les commissaires aux comptes, en croyant dur comme fer qu’un miracle allait advenir pour financer un jeu trop gros, trop ambitieux, trop cher. Elle a continué à tromper les travailleureuses en faisant miroiter des possibilités de signature durant juillet/aout pour produire pas une, mais deux versions démo coup sur coup pour la Gamescom 2026 et les semaines suivantes. Pendant ce temps, elle cessait de régler ses cotisations sociales à l’URSSAF et préparait un second PSE, en assumant de l’avoir caché aux salarié·es pour ne pas prendre le risque d’impacter les démos sur lesquelles iels cravachaient. Drôle de façon de les remercier.

Arrivée à l’automne, la direction a tiré sur la corde jusqu’à mettre l’entreprise dans une situation de quasi-cessation de paiement. Ainsi, elle crée de la dette pour soutenir sa consommation de trésorerie, et a une excuse toute trouvée pour licencier en masse au minimum légal : on n’a plus de sous ma bonne dame, vous comprenez. On s’en est bien assuré n’ayez crainte. Ce ne sera que pur hasard si l’on signe un financement juste après.

Pour ajouter l’affront à la douleur, elle refuse de laisser partir en priorité les salarié·es qui le souhaiteraient via un plan de départ volontaire. Elle ne s’intéresse pas aux dégâts causés par sa faute sur la santé des salarié·es, ne prévoit aucune réelle mesure de prévention. Les salarié·es se sentent pris·es en otage par une direction radicalisée qui continue de jouer avec la vie et le futur de 140 personnes, sans aucune considération pour les conséquences.

L’information-consultation du CSE approche de la fin, et il rendra son avis le 3 novembre. La DRIEETS aura ensuite 21 jours pour se prononcer sur l’homologation du plan et, s’il est accepté, on peut s’attendre à des notifications de licenciement dès le 25 novembre.
S’il est rejeté en revanche, la direction devra revoir sa copie et improviser : vous l’aurez compris, les plans B ce n’est pas leur fort.

— La section syndicale STJV Don’t Nod

Oskar Guilbert saborde Don’t Nod

Sur fond rouge et noir, en haut au centre de l’image, le titre « DONTNOD » en grosse lettres noires sur fond blanc. En-dessous, sur la droite, un texte blanc sur fond rouge "90 postes menacés, une liquidation en accès anticipé. Sur le côté gauche, un dessin stylisé du Ballast, un personnage du jeu Jusant, avec des cernes et un foulard noir floqué STJV.

Le plan de licenciements nouveau est arrivé

Le couperet est tombé : comme le craignaient les salarié·es et le STJV il y a deux ans déjà, un nouveau plan de licenciements est imposé à Don’t Nod.

L’entreprise prévoit de supprimer 90 postes, soit les deux tiers de l’effectif, pour le réduire à 49 salarié·es.

Comment se retrouve-t-on là ?

Le plan de licenciements de 2024, qui s’est fait dans la douleur, n’a pas permis de redresser l’entreprise puisque la direction n’a pas changé, et qu’elle a même continué de se radicaliser contre ses employé·es au lieu de faire son travail et respecter la loi.

Depuis plus de deux ans, la direction de Don’t Nod a été incapable de signer le moindre contrat de financement ou d’édition pour assurer la production du dernier jeu en développement au studio de Paris. Deux ans de production harassante pour les équipes qui ont tout donné, d’une Vertical Slice complètement démesurée aux multiples démos GamesCom, en passant par un reboot du projet. Le mur était visible de loin mais, comme à son habitude, la direction de Don’t Nod a foncé dedans tête baissée, en se répétant qu’il allait peut-être s’écarter par l’opération du saint esprit.

À la lecture des documents financiers publics, il est aisé de se rendre compte que l’entreprise risque une cessation de paiements aux alentours de novembre 2026. Ce fait est connu depuis plus d’un an, et le CSE alerte sur ce risque depuis 2023 ! Même les commissaires aux comptes ont fini par se réveiller et émettre une alerte au printemps 2026. En mai 2026 Oskar Guilbert défendait sa stratégie pour maintenir la continuité d’exploitation de l’entreprise, en prétendant intensifier les efforts marketing sur le jeu Aphelion après le regrettable flop du jeu, et se vantait du chiffre d’affaires « record » de 2025… pourtant plus de 2 fois inférieur au coût de fonctionnement de l’entreprise.

La direction semble fondamentalement incapable de comprendre ce qu’elle inflige aux travailleureuses de son studio, et les impacts que cela a sur l’activité de l’entreprise par ricochet.

Dans le « diagnostic RPS » (risques psycho-sociaux) que l’entreprise a elle-même commandé à un cabinet, tous les indicateurs sont au rouge, sauf un, l’entente entre collègues. La direction a donc pris la seule décision logique : virer nos collègues et garder peu ou prou uniquement la hiérarchie… heu attendez, quoi ?

Le sens du timing

Le CSE a été convoqué vendredi 28 août pour le lancement du plan de licenciements le jeudi 3 septembre, dernier jour de préparation d’une énième importante version interne du jeu (la deuxième en un mois) à destination de partenaires potentiels. Conscient de l’image qu’un plan de licenciements va encore donner, et dans un ultime espoir de ne pas voir cette dernière ligne droite perturbée, Oskar Guilbert en vient aux coup bas : il fait parvenir le 31 août aux élu·es du personnel un courrier d’avocat agitant des risques de délit d’initié et de prison, dans l’espoir de s’assurer leur silence.

Les salarié·es ont été informé·es de l’existence du plan, sans aucun détail, mardi 1er septembre dans une réunion en visio de 8 minutes montre en main, lors de laquelle absolument aucun moyen d’expression n’était disponible. Enfin, iels ont appris le nombre de suppressions prévues ce vendredi matin, dans la presse qui a été informée avant elleux.

Les travailleureuses interprètent ce calendrier ainsi : « maintenant que vous avez crunché pour produire la meilleure démo possible d’un reboot du jeu en 4 mois, merci de dégager, on n’a plus besoin de vous ».

La suite dans les idées

L’organisation visée par le plan de licenciements est tout simplement risible, aberrante et totalement inadaptée à continuer la production du jeu censé trouver un financement. Comment la direction de Don’t Nod s’imagine-t-elle pouvoir continuer la production du jeu, pourtant très loin d’être commercialisable ? Mystère.

Peut-être se croit-elle assez maligne pour arnaquer des partenaires financiers en leur soutirant assez d’argent pour vivoter quelques mois. L’histoire récente nous invite à douter de ses capacités à le faire.

Peut-être encore considère-t-elle que les animateurices, artistes personnages, artistes environnement et artistes conceptuels ne sont finalement pas utile pour produire un jeu vidéo, et qu’il est tout à fait possible d’en virer des équipes entières.

Peut-être s’imagine-t-elle attirer un repreneur, en lui vendant un petit studio et ses licences, dont on a écrémé les « éléments perturbateurs » ?

Plutôt mourir que d’avoir un CSE

Chacun·e saura apprécier l’objectif annoncé de réduire le nombre de salarié·es à 49. Il ne nous semble pas choisi au hasard, loin de là, et ne répond pas à une problématique de production ou de budget.

Car 49, c’est juste en dessous du seuil de 50 salariés qui donne au CSE toutes ses prérogatives les plus importantes : la personnalité morale pour ester en justice, un budget, le recours aux expertises, des protections supplémentaires pour les salarié·es lors de plans de licenciements… Tout ce qui a permis de confronter la direction de Don’t Nod à son incompétence. Comme à chaque fois, chez Don’t Nod et ailleurs, les directions n’ont qu’une seule priorité : fuir leurs propres responsabilités.

De plus, ce plan de licenciements intervient alors que le mandat actuel du CSE approche de sa fin et que la totalité des élu·es sont menacé·es par le plan de licenciements. La direction semble vouloir faire d’une pierre deux coups, en se débarrassant de salarié·es qu’elle juge indésirables et en empêchant tout renouvellement d’un CSE efficace pour défendre celleux qui resteront.

Ce n’est que la suite logique de sa stratégie actuelle de harcèlement à l’encontre des représentant·es du personnel, qui sont victimes de représailles juridiques, mises·e au placard, poussé·es à la faute et à la démission. Encore fin juillet 2026, 4 d’entre elleux ont dû déclarer un accident du travail (suivis d’arrêts maladie), suite au comportement profondément abject de membres du département « ressources humaines » lors d’une réunion portant sur la santé des salarié·es.

Alors que le CSE reste un organe dont la production est principalement consultative, dont les prérogatives ont été largement amoindries par les ordonnances Macron de 2017, ces dernières années nous montrent que le patronat du jeu vidéo est incapable de supporter la moindre contradiction. Il semble préférer casser délibérément son jouet plutôt que devoir supporter la présence de quelques adultes de temps en temps. Le tout dans le silence assourdissant et sans doute complice des pouvoirs publics.

Liquidation en accès anticipé

Il faut bien réaliser que le plan de licenciements proposé est le scénario « optimiste », reposant sur l’hypothèse que l’entreprise arrive à survivre à l’automne.

La direction joue depuis des mois du flou et des informations contradictoires, éphémères, pour continuer à extraire le maximum de travail et de bonne volonté des équipes. Même chez les Chief et Executive producers, le discours jusqu’ici était faussement encourageant et se gardait bien d’expliquer que, même avec le montant de financement recherché et annoncé à toute l’entreprise, de nombreuses suppressions de postes devraient avoir lieu. Quand le CSE les confrontait et questionnait sur ce sujet, tous prétendaient ne pas être informés et ne pas pouvoir répondre. La réponse est maintenant connue.

Il est difficile d’anticiper exactement ce qu’il va se passer dans les prochaines semaines et mois car la signature d’un financement de l’entreprise, et donc sa survie, reste extrêmement peu probable. Mais nous faisons confiance à l’incompétence d’Oskar Guilbert et de ses valets pour continuer à prendre les décisions les plus infâmes possible.

Face au harcèlement à Don’t Nod, une victoire inédite

Sur fond rouge et noir, à gauche de l'image, Phoenix Wright de la série Ace Attorney dans une posture triomphale, pointant du doigt vers l'avant de l'image. À droite, le texte "Victoire !" dans une fonte stylisée rappelant celle des interjections d'Ace Attorney. En bas de l'image, le logo STJV.

Le 31 mars 2026, le CSE de Don’t Nod Entertainment et le STJV ont obtenu une victoire inédite contre l’entreprise Don’t Nod Entertainment devant le Conseil de Prud’hommes de Paris.

Nous ne communiquons dessus que maintenant car nous avons longtemps espéré une réaction raisonnable de Don’t Nod. Force est de constater qu’elle a eu toutes les occasions de corriger sa conduite, y compris après une condamnation, et a choisi de persister dans ses affres. Cette affaire de harcèlement a des conséquences et ramifications importantes que nous allons détailler.

Résumé de l’affaire

En novembre 2024, un salarié informe le CSE sur sa situation de harcèlement et met en cause son manager, M. C. Le CSE utilise alors son droit d’alerte pour « atteinte aux droits des personnes », défini par l’article L2312-59 du Code du Travail. Cela donne lieu à une enquête menée par le membre du CSE qui a déclenché le droit d’alerte, avec une représentante de l’employeur (RH).

Au cours de l’enquête (de novembre 2024 à avril 2025), 9 entretiens individuels ont été réalisés, en rencontrant les salarié·es qui travaillent ou ont travaillé avec ce manager. Ces entretiens, ainsi que les échanges entre l’élu et la représentante RH, donnent lieu à des conclusions qui résument ce qu’a rapporté l’enquête et présentent des recommandations à l’employeur.

L’élu et la représentante RH n’ont pas pu s’accorder sur le contenu des conclusions, faisant une lecture très différente des révélations de l’enquête et de la qualification juridique à en tirer. En conséquence, deux jeux de conclusions ont été produits et présentés à l’employeur. L’élu ayant mené l’enquête, et le CSE après lui, constatent notamment :

  • Des propos dégradants et humiliants ;
  • Une volonté de contrôle et de micro-management ;
  • Une absence d’encadrement et de formation des subordonné·es ;
  • Des agissements et de la discrimination sexistes et transphobes ;
  • De la discrimination syndicale et répression de grévistes ;
  • La connaissance de longue date de certains faits par M. W., supérieur de M. C.

Ces agissements révélés par l’enquête ont été commis à l’encontre de plusieurs salarié·es au fil des ans, et ont également entraîné des conséquences sur la santé de plusieurs salarié·es, des demandes de changement d’équipe, et des départs de l’entreprise. Les conclusions, qui s’appuient sur pas moins de 16 articles de loi, ont été présentées en réunion mensuelle du CSE le 30 avril 2025.

Constatant l’inadéquation des conclusions et recommandations présentées par le département RH, mais aussi l’inaction de l’employeur (qui ne prendra même pas la peine d’aborder le sujet à l’occasion des réunions CSE de mai et juin), l’élu a saisi le Conseil de Prud’hommes de Paris le 26 juin 2025 en vertu de l’article L2312-59, pour qu’il ordonne à la Société de prendre un certain nombre de mesures pour préserver la santé et la sécurité des salarié·es.

Le STJV s’est joint à la procédure pour faire reconnaître une « atteinte aux intérêts collectifs de la profession », en vertu de l’article L2132-3 du Code du Travail.

Le jugement : le CSE et le STJV créent du droit

Verdict

L’audience a eu lieu le 5 janvier 2026, le verdict a été rendu le 31 mars 2026 et communiqué aux parties le 24 avril 2026. Le Conseil de Prud’hommes :

  • Ordonne à la Société DON’T NOD ENTERTAINMENT de prendre toutes les mesures propres à faire cesser les comportements managériaux inappropriés qui portent atteinte aux salariés ;
  • Fait droit à la demande de mettre en place un système d’alerte dédié pour les salariés auquel le CSE sera associé dans son choix et son application ;
  • Fait droit à la demande de mettre en place une formation de sensibilisation obligatoire contre le sexisme et les agissements sexistes, l’identité de genre et la transidentité, par un organisme choisi par l’entreprise parmi 3 propositions émises par le CSE
  • Fait droit à la demande de mettre en place un affichage du « par ces motifs » aux lieux d’entrée et de sorties du personnel, ainsi que par voie numérique sur le Slack de l’entreprise pendant une durée de deux mois ;
  • Condamne la société à payer au CSE les sommes de :
    • 500 € au titre de dommages et intérêts pour préjudice subi en qualité d’enquêteur
    • 1 500 € au titre de l’article 700 du code de procédure civile
  • Condamne la société à payer au STJV la somme de 500 € au titre de dommages et intérêts pour atteinte aux intérêts de la profession.
  • Déboute la société de toutes ses demandes.

Concernant les demandes du STJV, le Conseil écrit : « l’absence de reconnaissance par l’employeur de la situation de harcèlement moral de M. C. et des carences de M. W. pour la sécurité des salariés ont porté partiellement atteinte aux intérêts de la profession », car l’enquête a démontré que M. W. avait été informé de divers faits et n’avait pas pris de mesures suffisantes pour mettre fin au harcèlement.

Jugement CPH Paris mars 26 Don’t Nod

Analyse

L’article L2312-59 dispose que « Le juge peut ordonner toutes mesures propres à faire cesser cette atteinte ». Le CSE a donc demandé à ce que cela soit le cas via diverses mesures citées précédemment (système d’alerte, formation) mais également par toute sanction disciplinaire qu’il jugerait adaptée. Rappelons que l’employeur a l’obligation de protéger les salarié·es du harcèlement, et que le harcèlement relève non seulement du Droit du Travail mais également du Droit Pénal.

Dans son jugement, le Conseil déboute les demandes de sanction disciplinaire en expliquant que malgré cette formulation de l’article L2312-59, « ces mesures ne peuvent en aucun cas se substituer aux prérogatives que la Loi réserve à l’employeur » et que « Le juge n’a donc pas, et ne peut pas se substituer aux prérogatives de l’employeur en matière de sanction, d’organisation du travail, de promotion, de mutation ».
Cependant, il reconnaît explicitement le harcèlement de M. C. et les carences de M. W. comme on l’a vu, et ordonne à l’employeur de « prendre toutes les mesures propres à faire cesser les comportements managériaux inappropriés qui portent atteinte aux salariés ».

Notre interprétation est donc que le Conseil se considère incompétent pour ordonner des sanctions, mais ordonne bien à l’entreprise de prendre « toute mesure », et que cela n’exclut pas (au contraire) les sanctions disciplinaires. En effet, il fait droit aux autres demandes et, sans se substituer au pouvoir disciplinaire, ordonne en plus à l’employeur d’agir : c’est donc qu’il doit prendre des mesures supplémentaires.

Il est extrêmement rare que les CSE se saisissent de cet article. Il l’est encore plus qu’ils obtiennent une décision à la fois précise dans ses mesures et large dans son application, comme c’est le cas ici. Nous nous félicitons de ce résultat et insistons particulièrement sur la portée nouvelle de cette décision. Nul doute qu’elle va éclairer d’un jour nouveau des situations similaires que nous savons nombreuses parmi les entreprises du secteur, et au-delà.

Pour citer notre avocate, Me Clocher :

Le jugement montre que le CSE a un véritable outil pour améliorer les conditions de travail des salariés et suppléer aux carences de l’employeur. Il reste cependant à obtenir que le juge puisse faire injonction aux employeurs d’ordonner des sanctions.

Chez Don’t Nod, on laisse prospérer le harcèlement

Si Don’t Nod a bien exécuté son obligation d’affichage de la décision, elle n’a pris en pratique aucune mesure pour faire cesser le harcèlement. En effet l’entreprise ne partage pas notre analyse, et fait selon nous une lecture erronée et de mauvaise foi en considérant que le jugement l’empêcherait de prendre des sanctions.

Elle considère que le supposé « rappel à l’ordre » adressé à M. C., dont on n’a jamais bien pu apprécier la temporalité ni la réalité, et la formation « communication managériale » qu’il a suivie en décembre 2025, seraient des mesures suffisantes. Elle ignore commodément que le jugement a été rendu après ces « mesurettes », dont le Conseil a eu connaissance pendant les débats, et qui ne suffisent donc pas puisque l’entreprise a été condamnée.

Le CSE n’a été informé d’aucune mesure ou décision concernant les deux managers mis en cause.

Depuis le jugement, le CSE a demandé officiellement, par l’intermédiaire de son Conseil légal, à ce que des mesures soient prises conformément au jugement, et notamment de ne pas promouvoir M. W., en vain.

Les sujets de la formation et du processus d’alerte quant à eux sont en cours de discussion entre l’entreprise et le CSE.

Les responsables intouchables ?

On a beaucoup parlé de Don’t Nod en tant qu’entreprise jusqu’ici. C’est bien l’employeur qui a été condamné, mais nous ne pouvons faire l’impasse sur la question des personnes dirigeantes. L’entreprise n’est pas une entité abstraite, et son action est impulsée par un « Comité de Direction ». Des personnes physiques ont pris la décision d’ignorer les conclusions du CSE, de ne jamais y répondre, de ne prendre aucune mesure, et de continuer malgré la condamnation.

Ces personnes ont un nom, une réputation, parfois même des décorations de l’État. C’est Oskar Guilbert, d’abord, le PDG qui dirige l’entreprise, et devrait en toute logique s’inquiéter des risques juridiques qu’il lui fait courir en poussant le CSE à saisir les tribunaux contre elle. Sans même parler de sa responsabilité d’employeur envers la santé des salarié·es. C’est Julie Chalmette, ensuite, numéro 2 de l’entreprise et qui cumulait :

  • son poste de Directrice Générale Adjointe
  • la présidence du CSE
  • les responsabilités de DRH depuis le départ de Matthieu Hoffmann
  • les responsabilités de direction du studio depuis le départ de Samuel Jacques

durant toute la durée de l’affaire. C’est Nadia Onfray, enfin, nouvelle DRH de l’entreprise, qui poursuit la gestion instaurée par Julie Chalmette depuis son départ en catimini en mars 2026.

Mais des représailles envers les élu·es

Si les actions de messieurs C. et W., qui ont mené l’entreprise à être condamnée de façon exceptionnelle, n’ont suscité aucun émoi chez sa direction, il faut en revanche noter que les élu·es CSE ont été ciblé·es en représailles.

À l’occasion d’un licenciement de moins de 10 personnes, qui voit nos collègues partir en ce moment-même, l’entreprise en a profité pour « proposer » une modification de poste à une autre élue du CSE. Proposition qu’elle doit accepter, sans quoi elle sera licenciée également. Cette modification de poste consiste à lui retirer la charge d’une équipe qu’elle gère depuis plus d’un an et à lui retirer en pratique ses responsabilités de manager. Nous avons eu la surprise de découvrir que c’était pour en donner la charge à M. W. qui, comme nombre de collègues récemment, était temporairement sans affectation.

Dans ses demandes en tant que partie défenderesse, Don’t Nod a tenté de faire condamner personnellement l’élu ayant lancé le droit d’alerte à la somme de 2 500 €. Or, il est ici dans le cadre de son mandat de représentant du personnel. Il a été expressément mandaté par le CSE pour le représenter dans son action judiciaire, mais c’est bien le CSE en tant que personne morale qui exerce ses droits. Cette demande abjecte n’a aucun sens juridique et elle a bien évidemment été déboutée par le Conseil.

Elle démontre cependant les bassesses auxquelles la direction de Don’t Nod est prête à recourir. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une tentative d’intimidation et de représailles envers un élu du personnel qui défend ses collègues. Il a par ailleurs été violemment pris à partie par Julie Chalmette à l’entrée des locaux quelques jours après l’audience.

Dans un récent rapport d’expertise, le cabinet mandaté par le CSE dans le cadre d’une autre alerte, indique que :

Alors même que l’élu intervenait en qualité de membre de la délégation du personnel, mandaté pour exercer le droit d’alerte prévu à l’article L.2312-59 du Code du travail, l’action a été largement recentrée, dans les écritures de l’employeur, sur sa personne, sa qualité pour agir et sa responsabilité individuelle, jusqu’à solliciter sa condamnation personnelle. Le Conseil a finalement reconnu la recevabilité tant de l’élu que du CSE, rappelant ainsi que l’action s’inscrivait dans l’exercice d’une prérogative légale de représentation collective. Cette individualisation du contentieux, qui tend à identifier un représentant plutôt que l’institution qu’il représente, est susceptible d’exposer les élus à une pression personnelle dépassant le seul débat juridique. Au delà du cas d’espèce, une telle dynamique peut avoir un effet dissuasif sur l’exercice des mandats, alimenter un climat de défiance et déplacer le dialogue social d’une logique de traitement collectif des difficultés vers une confrontation centrée sur les personnes, peu propice à l’exercice serein des prérogatives représentatives.

Depuis Janvier 2026, le CSE questionne la direction pour comprendre cette manœuvre d’intimidation, sans succès. Julie Chalmette, qui était en charge du dossier et la représentait au tribunal, a quitté l’entreprise. Nadia Onfray prétend qu’elle ne s’en occupait pas à l’époque. Et les avocats de l’entreprise bottent en touche en prétendant qu’il s’agit d’une demande tout à fait normale.

En réalité, non seulement Don’t Nod ne sanctionne pas le harcèlement, mais elle conforte ceux qui le commettent, et réprime celleux qui le combattent.

Et au-delà : la fin de l’impunité dans le jeu vidéo

Il faut bien saisir la portée de cette décision : Don’t Nod, le studio considéré comme « progressiste » en France et qui en a fait son image de marque, dirigé par la co-fondatrice de Women In Games France durant les faits (dont elle était parfaitement informée), est condamné pour son inaction face à du harcèlement, en particulier sexiste et transphobe. C’est son propre CSE qui a du aller en justice, après une enquête accablante mise sous le tapis.

Nous avons ici un cas d’école d’une entreprise condamnée en justice parce qu’elle ne respecte pas la « législation sociale », critère soi-disant nécessaire pour l’obtention de la principale aide publique au jeu vidéo, le Crédit d’Impôts Jeu Vidéo (CIJV). Et ce faisant, les Prud’hommes jugent que l’entreprise ne s’est pas contentée de violer la legislation sur un cas « individuel » – bien que cela a été le cas pas plus tard qu’en décembre 2025 dans une autre condamnation de Don’t Nod aux Prud’hommes – mais a porté atteinte à l’ensemble de la profession.

Le CIJV commence à être remis en cause de plus en plus largement, notamment pour l’inefficacité évidente de cette condition de « respect de la législation sociale en vigueur ». Quelles conséquences peut-on attendre d’une telle condamnation pour les futures demandes d’agrément de l’entreprise au CIJV ? Le SNJV compte-t-il inventer de nouvelle pirouettes rhétoriques dignes de ses attaques sur une députée qui leur faisait l’affront d’avoir une opinion pour justifier le comportement de son adhérente, et nous expliquer que balayer sous le tapis des faits de harcèlement n’est pas très grave ?

Pour aller plus loin : qu’en pense le CNC, qui encadre les aides au secteur, et notamment Mme Pauline Augrain, directrice du numérique au sein de l’institution ? En effet, Julie Chalmette est également vice-présidente de la commission d’attribution du Fond d’Aide au Jeu Vidéo (FAJV). Il nous semble que les faits relatés dans cet article, ajoutés à sa gestion catastrophique de Don’t Nod et son parcours, démontrent qu’elle est indigne d’attribuer l’argent public. Il est grand temps que les règles posées par la loi s’appliquent réellement. Pour nous, il semble évident que si Julie Chalmette avait un reste d’intégrité professionnelle, elle démissionnerait sans attendre de ce mandat.

Quoi qu’il en soit, nous revenons à notre analyse que cette structure de subventions vues comme un dû par des entreprises qui ne font pas le minimum d’efforts attendus pour les mériter doit évoluer et intégrer la représentation des travailleureuses du secteur par la voix de leurs syndicats, ainsi que le préambule de la constitution de 1946 le prévoit.


Mise à jour 23/09/2026 : en application de l’article 1-1 III de la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique, nous publions ci-dessous le droit de réponse reçu de société DON’T NOD ENTERTAINMENT. Cette publication intervient au titre du régime légal du droit de réponse et ne vaut aucunement approbation par le syndicat des assertions qu’il contient.


La société DON’T NOD ENTERTAINMENT dément fermement certaines allégations formulées dans l’article, qui sont inexactes et portent injustement atteinte à l’entreprise, mais surtout aux équipes qui s’y engagent au quotidien.

Sur les demandes formulées par le salarié et le CSE, deux mesures d’amélioration sont retenues par le Conseil de prud’hommes dans sa décision du 31 mars 2026 : la mise en place d’un mécanisme d’alerte associant davantage le CSE et une formation de sensibilisation contre le sexisme dispensée par un organisme proposé par le CSE. L’affichage de la décision a en outre été décidé.

Il s’agit de mesures cohérentes prononcées en réponse au mécontentement d’un salarié et du CSE concernant le traitement, par l’employeur, d’un signalement portant sur un cas individuel.

La décision ne vise en aucun cas une situation ou un climat de harcèlement systémique au sein de l’entreprise, et il est inexact et trompeur de titrer « Face au harcèlement à Don’t Nod, une victoire inédite ».

Le harcèlement, les discriminations et les violences sont en contradiction fondamentale avec les valeurs essentielles de DON’T NOD ENTERTAINMENT, qui ne laisse en aucun cas « prospérer le harcèlement ».

L’entreprise s’est dotée de longue date d’un dispositif de signalement reposant sur une adresse dédiée et des référents identifiés. Chaque signalement reçu donne lieu à une enquête.

Il est inexact d’indiquer que la société « n’a pris en pratique aucune mesure » à la suite du jugement du Conseil de prud’hommes. Dès la transmission de l’alerte, une large enquête interne avait été diligentée conjointement avec le CSE et un questionnaire d’évaluation avait été adressé à 16 collaborateurs du salarié mis en cause, afin de s’assurer qu’ils n’avaient pas rencontré de difficulté.

Le salarié concerné a fait l’objet d’un rappel à l’ordre, a suivi une formation à la communication managériale et bénéficie d’un suivi hebdomadaire par sa hiérarchie et par les ressources humaines. Il n’exerce plus aucune fonction d’encadrement.

Concernant les mesures complémentaires ordonnées par le Conseil des prud’hommes, la formation obligatoire de sensibilisation est déployée auprès de l’ensemble des collaborateurs à compter de septembre 2026, la décision a été dument affichée et le dispositif d’alerte fait l’objet de travaux en cours avec le CSE, ce que l’article confirme quelques lignes après avoir affirmé qu’aucune mesure n’aurait été prise.

On peut être en désaccord avec la nature des mesures décidées par l’employeur, mais il est inexact d’affirmer qu’aucune mesure n’a été prise et que DON’T NOD ENTERTAINMENT laisse prospérer le harcèlement dans ses équipes.

Aucun représentant du personnel n’a fait l’objet de mesures de représailles.

La modification de poste évoquée est sans rapport avec l’affaire en cause. Elle procède de l’arrêt d’une activité d’édition et de la disparition du service correspondant. La salariée concernée s’est vu proposer un poste cohérent avec ses fonctions et les besoins de l’organisation, qu’elle a accepté, sans que ses responsabilités d’encadrement lui soient retirées.

Il convient du reste de préciser que les demandes de condamnation au titre des frais de justice dans le cadre d’une procédure judiciaire sont systématiquement formulées par les avocats, et ne constituent en aucun cas une sanction ou un mode de pression.

La société DON’T NOD ENTERTAINMENT regrette qu’un signalement correctement traité, émis dans un contexte contentieux lié à une rupture de collaboration, entraîne la mise en cause nominative et publique de membres et anciens membres de son équipe et la demande de retrait d’un crédit d’impôt indispensable à la survie des studios français de jeux vidéo, dans une conjoncture économique particulièrement difficile. »

NAO rémunérations 2025 à Don’t Nod

NAO à Don't Nod - Un accord concluant : augmentations de salaire et passage cadre

Réclamées depuis 2023, avortées en 2024 en faveur d’un PSE (qu’on découvrira par surprise), les Négociations Annuelles Obligatoires (NAO) ont enfin commencé durant l’été 2025.

La section syndicale de Don’t Nod est fière d’annoncer qu’un accord a été conclu sur le sujet des salaires effectifs.

Si beaucoup reste à faire dans l’entreprise pour mettre en place des conditions de travail saines, éliminer les écarts de salaire et de carrière entre les femmes et les hommes, mettre un terme aux risques psychosociaux… Il s’agit néanmoins d’un progrès notable et dont nous nous félicitons.

Voici ce qui a été entériné :

Augmentations de salaire

Nous avons obtenu une augmentation générale des salaires, qui privilégie les plus bas salaires dans l’entreprise avec un montant dégressif et exclut les 20% plus hauts salaires.

Les salarié-es se trouvant dans le premier décile de salaire toucheront une augmentation de 1300€ brut annuel. Dans le deuxième décile, 1110€, et ainsi de suite jusqu’aux déciles 5 à 8 qui toucheront 775€.

Des augmentations individuelles auront lieu en sus, en répartissant deux budgets distincts :

  • un pour rétribuer la « performance individuelle »
  • un pour corriger (partiellement) les écarts de salaires présents dans l’entreprise

L’augmentation des bas salaires et la réduction des écarts sont des priorités pour le STJV. Il n’est pas acceptable que les entreprises exigent des salariées de travailler et vivre sur Paris avec à peine un SMIC, ou que des écarts remarquables persistent entre des salaires d’hommes et de femmes au même poste. Il n’est pas acceptable qu’on constate un facteur 10 entre le plus bas et le plus haut salaire d’une entreprise.

Passage cadre

Nous avons obtenu la classification cadre pour tous les postes de production et d’administration.

Le passage Cadre apporte des avantages conséquents :

  • des salaires minimum plus élevés
  • une bien meilleure prise en charge en cas d’arrêt maladie
  • une indemnité de licenciement plus élevée
  • la reconnaissance de nos formations et expertises

C’est une revendication historique du STJV sur laquelle les tribunaux nous donnent régulièrement raison.

Après Amplitude, Don’t Nod est la seconde entreprise à finalement reconnaître que la juste application de la convention collective Syntec implique de généraliser le statut Cadre. Tant mieux !

Une grille de classification claire et univoque sera adjointe aux fiches de postes, et référencée sur les futures offres d’emploi.

La grève, ça marche !

La grève lors du plan de licenciement, débutée en novembre 2024 et qui a culminé en janvier dernier est encore présente dans les esprits. Elle a non seulement permis d’obtenir un accord majoritaire pour le PSE, mais également montré que les collègues savaient se mobiliser.

La DARES notait en 2022 que 62,8% des entreprises ayant connu une grève ont conclu au moins un accord d’entreprise, contre 12,7% n’en ayant connu aucune. CQFD.

Espérons que les autres thèmes de Négociation Annuelle Obligatoire donnent des résultats aussi constructifs ! ✊

Bilan de la lutte contre le PSE à Don’t Nod

Bilan lutte PSE à Don't Nod

La lutte à Don’t Nod approche du dénouement. Avec le cœur serré de voir partir nos collègues, nous tenions tout de même à conclure ces mois de lutte intense par une analyse de ce que nous en retirons pour la suite.

Pourquoi c’est important

Nous partions d’un plan de licenciement où l’employeur comptait licencier sans compensation (autre que le minimum légal) 69 personnes, soit près d’un tiers des effectifs. Ce plan incluait un découpage en catégories professionnelles tellement précises qu’il ciblait individuellement une trentaine de personnes.

Par la mobilisation, par la grève, nous sommes parvenu‧es à imposer un cadre et des conditions qui atténuent, certes pas assez, mais grandement, la violence de ce plan de licenciement.

Nous souhaitons insister sur quelques points particuliers de ces conditions de départ.

Ouverture des départs volontaire

Au cours des négociations sur les modalités de ce PSE, nous avions obtenu que 23 départs volontaires soient ouverts à des catégories professionnelles non menacées par le plan, pour sauver autant de collègues d’un licenciement.

Nous avons le plaisir d’annoncer que ces départs ont permis de sauver 23 travailleur‧ses d’un licenciement contraint.

Au lieu des 69 licenciements initialement prévus, il y a eu 46 départs volontaires et 1 licenciement. Nous avons quasiment atteint notre objectif de « 0 départ forcé ».

À cela s’ajoutent 8 personnes ayant reçu une modification de poste, qu’une poignée a refusée, menant donc à leur licenciement économique avec les mêmes compensations de départ.

Indemnités de cadre pour tout le monde

Nous avons demandé et obtenu l’application de la méthode de calcul des indemnités de licenciement des cadres pour tout le monde. C’est avantageux pour les salarié·es au niveau financier, et fait écho à une revendication générale du STJV : tous les métiers de la production de jeux vidéo relèvent du statut Cadre.

Il ne s’agit pas d’une mesure symbolique mais d’une reconnaissance de nos métiers, de notre expertise, de l’autonomie qui nous est demandée. Cela représente également une amélioration concrète de nos conditions de travail.

Les entreprises doivent requalifier en Cadre les statuts de l’ensemble des salarié·es encore sous statut ETAM, comme cela a été négocié récemment à Amplitude.

Remboursement de la grève

Don’t Nod a accédé à notre revendication et a payé les salaires des grévistes pour tous les jours de notre grève reconductible. Ce faisant, l’entreprise reconnaît que cette semaine de grève est de sa responsabilité pleine et entière : pour défendre nos droits, obtenir des négociations puis cet accord, nous n’avions d’autre choix que de nous mobiliser par la grève.

Si cette mesure peut sembler inhabituelle dans notre secteur, elle est en réalité courante dans les accords de fin de conflit. Désormais, un précédent est établi dans l’industrie du Jeu Vidéo également.

Conclusion

Anne Devouassoux, présidente du SNJV, a récemment expliqué devant l’Assemblée Nationale que l’accord trouvé était, selon le SNJV, une preuve de dialogue social.

Dont acte ! Cette victoire prouve que seul le rapport de force permet d’obtenir des avancées, et même la patronne du SNJV le reconnaît. La lutte appartient à tou‧tes les travailleur‧ses, saisissons-nous en pour gagner ensemble.

Compte-rendu d’utilisation de la caisse de grève

Grâce aux 17 000 euros de dons à la caisse de grève de Don’t Nod, nous avons pu utiliser 15 300 euros pour rembourser les 4 jours de grève en novembre/décembre 2024, à hauteur de 100 euros par jour. Le reste va maintenant alimenter la caisse générale du STJV pour les prochaines luttes.

La lutte paie : accord trouvé à Don’t Nod

Sur un fond gris et noir, avec un léger cadre rouge entourant le texte, en bas à gauche trois personnages de jeux Don't Nod en postures revendicatives, et en bas à droite le logo du STJV. Titre La lutte paie ! Accord trouvé à DON'T NOD : Réduction du nombre de départs Élargissement des départs volontaires Bien meilleures conditions de départ Remboursement des jours de grève

Depuis novembre 2024, les travailleurs·ses de Don’t Nod sont en lutte pour sauvegarder leurs emplois et atténuer la catastrophe sociale qu’est le plan de licenciements mis en œuvre par la direction du studio.

Nous maintenons que ce plan n’est que la tentative désespérée par la direction de remédier à ses propres errements qui ont conduit le studio dans une situation difficile. Les travailleurs·ses vont en faire les frais et se retrouvent pris en otage par le patronat qui ne donne le choix qu’entre un PSE destructeur et un avenir encore plus morose, puisqu’il est incapable de remettre en question sa gestion de l’entreprise.

Le mouvement social a culminé par la grève reconductible de près d’une centaine de travailleurs·ses du 13 au 17 janvier. La détermination des collègues à garder la tête haute et maintenir des revendications dignes a forcé la direction à ouvrir sérieusement le dialogue et arriver à un accord que nous détaillons ci-après.

Termes de l’accord

Plan initial de la direction

Le plan initial prévoyait la suppression de 69 postes, dans certaines catégories professionnelles données.

Les personnes en poste dans les catégories professionnelles visées pouvaient profiter d’un reclassement ou d’un départ volontaire en présentant un projet professionnel « solide » (nouvel emploi, création/reprise d’entreprise, formation).

Les personnes restantes à ces postes auraient ensuite été classées par des critères d’ordre afin de déterminer qui est licencié·e, s’il restait des postes à supprimer.

Tout départ aurait été indemnisé au minimum légal, c’est-à-dire à hauteur de l’Indemnité Conventionnelle de Licenciement (ICL) définie dans la convention collective SYNTEC :

  • Concernant les ETAM :
    • pour une ancienneté jusqu’à 10 ans : ¼ de mois de salaire brut pour chaque année de présence,
    • pour une ancienneté égale ou supérieure à 10 ans : ⅓ de mois de salaire brut pour chaque année de présence,
  • Concernant les Cadres :
    • pour une ancienneté inférieure à 2 ans : ¼ de mois de salaire brut pour chaque année de présence,
    • pour une ancienneté égale ou supérieure à 2 ans : ⅓ de mois de salaire brut pour chaque année de présence.

Les départs volontaires touchaient en plus une prime de 1 500€.

Ce que nous avons obtenu

En concertation avec les collègues mobilisé·es, notre délégation syndicale STJV a bataillé et a réussi à arracher :

Un élargissement des départs volontaires

La possibilité de demander un départ volontaire est ouverte à des catégories professionnelles supplémentaires, qui ne sont pas concernées par les suppressions de postes.

Cette mesure pourrait sauver jusqu’à 23 emplois en laissant partir des personnes le souhaitant, même sans être visées, évitant ainsi autant de suppressions de poste forcées.

De plus, le nombre de suppressions de postes est porté de 69 à 49 en raison des nombreuses démissions depuis l’annonce du PSE, ainsi que des ajustements du plan par la direction après observations du CSE lors de son information.

Des conditions de départ plus dignes

Toustes les salarié·es concerné·es, y compris ETAM, bénéficieront d’une ICL calculée selon les termes appliqués aux Cadres.

Elle sera accompagnée d’une indemnité supra-légale versée par l’employeur. La prime au départ volontaire est supprimée pour augmenter le montant de l’indemnité supra-légale. Nous avions pour objectif de protéger au mieux les personnes précaires et subissant plus de difficultés à retrouver un emploi, qui sont les moins sujettes à vouloir un départ volontaire.

En conséquence, tous les départs, volontaires ou forcés, seront indemnisés par la valeur la plus élevée entre les deux formules suivantes :

  • ICL (cadre) + 13 000€
  • 2× ICL (cadre)

Remboursement de la grève

Aucun jour de grève effectué entre le 13 et le 17 janvier ne sera décompté du salaire.

La caisse de grève va finir de compenser les jours grévés en novembre et décembre, la somme éventuellement restante sera reversée à la caisse nationale du STJV comme annoncé lors de sa création.

Conclusion

Nous tenons à remercier et féliciter les collègues pour leur mobilisation historique et victorieuse. Leur soutien et leur solidarité ont été exemplaires.

Tout cela n’aurait pas été possible non plus sans le travail acharné depuis 4 mois du CSE (élu sur liste STJV) et de la section syndicale STJV Don’t Nod.

Un immense merci également à toustes nos soutiens et personnes ayant contribué à la caisse de grève.

L’action collective fonctionne, c’est notre meilleure arme.

Bien sûr, ce PSE nous laisse un goût amer, et le combat continue aussi bien pour les conditions de travail des collègues qui restent que pour le futur incertain des collègues qui vont être licencié·es.

Il n’est pas et ne sera jamais satisfaisant d’assister à des licenciements. Nous espérons cependant que cette lutte posera la première pierre sur laquelle s’appuyer, si d’aventure d’autres boîtes n’en tiraient pas la leçon.

Vive les grévistes et vive la grève !

À bon entendeur

Nous le disions de Don’t Nod, nous le disons aussi de l’industrie dans son ensemble : le cirque, c’est fini. Nos efforts de conscientisation et de problématisation des violations grossières du droit du travail dans l’industrie du jeu vidéo portent leurs fruits, et la grève du 13 février l’a bien prouvé.

Nous soutiendrons les travailleurs et travailleuses dans toutes les entreprises du secteur pour obtenir de telles victoires, et d’autres plus grandes encore.

DON’T NOD – Appel à la grève à partir du Lundi 13 Janvier 2025

Appel à la grève reconductible à Don't Nod à partir du lundi 13 janvier. Sur des tons gris, un bâtiment portant le logo de Don't Nod. Devant le bâtiment, en-dessous du texte d'appel à la grève, trois personnages de jeux Don't Nod dans des postures revendicatives. Au bas à droite de l'image, le logo du STJV.

Constat sur les négociations en cours

Les négociations entre le STJV et la Direction de DON’T NOD autour du PSE n’aboutissent à aucun engagement sérieux pour les salarié·es. Malgré les efforts immenses de la délégation syndicale pour parvenir à un accord, les propositions de la direction restent insignifiantes.

Nous avons tout tenté pour négocier raisonnablement, en supposant la bonne foi de nos interlocutrices.

Aujourd’hui, la date prévue de signature de l’accord potentiel est déjà dépassée et nous n’avons toujours pas eu l’occasion d’aborder des sujets cruciaux, tels que les conditions de départ (indemnité de licenciement, prime au départ volontaire…). Les négociations ont uniquement porté sur d’hypothétiques réductions des départs forcés, desquels la direction entend garder le contrôle total, lui permettant de rester in fine très très proche de son projet initial.

Force est de constater que la Direction n’a qu’un seul objectif, gagner du temps, et ne daigne pas négocier sérieusement.

Le STJV ne signera pas un accord qui entérinerait le projet inique de la direction, même s’il porte une moustache.

Notre appel

Puisque la Direction ne semble pas comprendre les conséquences que représente son projet pour les salarié·es qu’elle voudrait faire partir, mais aussi celleux qui resteraient dans une structure désorganisée aux conditions de travail dégradées, nous appelons à une GRÈVE RECONDUCTIBLE dès le 13 janvier 2025 jusqu’à satisfaction de nos revendications.

Cette grève, votée en AG des travailleur·euses de DON’T NOD, a été massivement plébiscitée (près de 90% des voix). Nous restons soudé·es et motivé·es pour lutter contre ce plan de licenciements, et ne reculerons pas face à l’entêtement de la Direction.

Caisse de grève

Pour soutenir les collègues dans leur combat pour sauver leur emploi, nous avons mis en place une caisse de grève : https://www.stjv.fr/2024/11/mise-en-place-dune-caisse-de-greve-pour-le-mouvement-social-a-dont-nod/

Vous avez déjà été nombreux·ses à donner et à nous laisser des messages d’encouragement, merci infiniment ! <3

Notre combat ne pourra pas se faire sans votre aide.

DON’T NOD – Appel à la grève Jeudi 12 et Vendredi 13 décembre 2024

Cinquième semaine de mobilisation depuis l’annonce d’un plan social visant à virer 69 personnes chez Don’t Nod, et la direction du studio continue de se contenter d’un mail hebdomadaire nous expliquant pourquoi nous avons tort de nous en plaindre.

Soyons rassuré·es, Oskar Guilbert nous précise dans chaque message qu’il souffre de la situation tout autant que nous, voire plus. Peut-être pourrait-il appeler le numéro vert de soutien qu’il a mis à notre disposition, en lieu et place d’un réel dialogue social ?

Nous n’attendons pas de compassion, nous attendons une réponse à nos demandes, précises et documentées, formulées il y a plus d’un mois et affirmées depuis par un mouvement qui ne faiblit pas.

Ce que nous voulons

  • Nous exigeons le renoncement immédiat de la direction à ce plan de licenciement irresponsable et injuste.
  • Nous exigeons que les employé·es, qui sont les personnes les plus compétentes, aient désormais voix au chapitre dans toutes les prises de décision.
  • Nous exigeons la présence d’Oskar Guilbert dans les négociations, qu’il assume ses responsabilités de PDG.

Jeudi 12 décembre a lieu la prochaine journée de négociation du PSE entre le STJV et la direction de Don’t Nod, la dernière avant la fin de l’année.

Pour soutenir nos représentant·es face à la direction, nous appelons nos collègues à poursuivre la mobilisation par une journée de grève jeudi 12 décembre. Ce jour sera également celui d’une grève nationale pour l’emploi, à laquelle le STJV a appelé à participer.

Un piquet de grève sera organisé devant les locaux du studio. Nous invitons toutes les personnes intéressées à venir nous soutenir et à échanger avec nous. Plus de détails à venir.

Cette grève sera reconduite au vendredi 13 décembre s’il n’y a pas d’avancées notables dans les négociations.

Caisse de grève

Pour soutenir les employé-es dans leur combat pour sauver leur emploi, nous avons mis en place une caisse de grève : https://www.stjv.fr/2024/11/mise-en-place-dune-caisse-de-greve-pour-le-mouvement-social-a-dont-nod/

Vous avez déjà été nombreux·ses à donner et à nous laisser des messages d’encouragement, merci infiniment ! <3

Notre combat ne pourra pas se faire sans votre aide.

DON’T NOD – Nouvel appel à la grève le 29 novembre 2024

Quatrième semaine de conflit social à Don’t Nod, et le PSE suit son cours avec son lot désormais hebdomadaire de reports de réunions, et de documents erronés ou non existants, pourtant essentiels au lancement d’un PSE.

La direction ne pourrait pas faire mieux si elle souhaitait encore une fois démontrer la pertinence de ce que le CSE remonte depuis des années, en vain, et de tout ce qui a été relevé dans la lettre ouverte signée par 160 de nos collègues.

APPEL À LA GRÈVE – Vendredi 29 novembre

Il est inacceptable que la direction de Don’t Nod continue de faire entrave au CSE, élu par les employé·es pour les représenter, inacceptable qu’Oskar Guilbert ne participe pas à l’intégralité des réunions de négociation, inacceptable que la direction n’ait pas encore répondu et discuté de chacun des points de la lettre ouverte. 

Inacceptable, enfin, que nous en soyons encore à discuter de ce PSE mortifère au lieu de mettre notre énergie à ce qui pourrait réellement sauver l’entreprise.

Ce que nous voulons

  • Nous exigeons que la direction de l’entreprise réponde et discute de chacun des points abordés par la lettre ouverte, avec l’ensemble des employé·es.
  • Nous exigeons le renoncement immédiat de la direction à ce plan de licenciement irresponsable et injuste.
  • Nous exigeons que les employé·es, qui sont les personnes les plus compétentes, aient désormais voix au chapitre dans toutes les prises de décision.
  • Nous exigeons la présence d’Oskar Guilbert dans les négociations, qu’il assume ses responsabilités de PDG.

Ce n’est pas un futur, mais une lente agonie pour Don’t Nod que ce plan à la découpe, qui sans remise en question de la part de la direction ne pourra que se reproduire dans les mois qui viennent. N’en déplaise à Oskar Guilbert et Julie Chalmette, Don’t Nod c’est nous, employé·es, et c’est ce n’est qu’en restant toustes ensemble que nous pourrons sauver l’entreprise.

Nous appelons nos collègues à poursuivre la mobilisation par une journée de grève ce vendredi 29 novembre.


Caisse de grève

Vous le savez peut-être déjà, nous avons mis en place une caisse de grève pour soutenir le mouvement, et en priorité nos collègues les plus précaires.

Depuis son lancement, vous avez été nombreux·ses à donner, et tout autant à nous laisser des messages d’encouragement. Cela nous est aussi nécessaire que précieux, et nous ne pourrons jamais vous remercier assez.

Cependant, la direction nous oblige à durcir le mouvement et cela ne pourra se faire sans votre générosité.

Si vous y consentez, vous permettrez à davantage de nos collègues de pouvoir lutter pour la défense de nos emplois et pour rappeler à la direction du studio que la responsabilité de ses choix de gestion stupides n’est pas à chercher du côté des employé·es.

Par avance, merci infiniment pour votre don qui a une valeur bien plus grande encore que son montant. Il participera à permettre aux employés de défendre leur emplois et nous l’espérons, d’améliorer la situation des travailleuses et travailleurs du jeu vidéo dans une industrie qui se déshumanise peu à peu. Votre don est un acte de soutien militant.

Don’t Nod : nouvel appel à la grève le 22 novembre 2024

Il y a deux semaines, 160 employé·es de Don’t Nod avaient signé et envoyé une lettre ouverte à la direction du studio. Depuis, la direction a choisi d’ignorer complètement les constats formulés, pourtant clairs.

Le PDG de Don’t Nod, Oskar Guilbert, a explicitement refusé d’aborder le sujet malgré les demandes répétées des employé·es lors d’un espace d’échange mensuel où il a préféré lire un texte écrit à l’avance à toute l’entreprise, précisant au passage que « les temps sont durs pour tout le monde ici, et moi en particulier » et rejetant toujours l’idée de participer aux réunions de négociation du PSE.

Appel à la grève ce vendredi 22 novembre

Après trois semaines de conflit social, la direction de Don’t Nod refuse donc en bloc tout dialogue avec nous, employé·es. On nous conseille à la place « d’ouvrir nos chakras », et d’être « tourné-es vers l’avenir ». Mais quel avenir, avec 69 collègues en moins et une industrie du jeu vidéo en crise ?

Julie Chalmette, Directrice Générale Adjointe, a de son côté pris la parole pour indiquer « ‘Virer des gens’, personnellement c’est un terme que je déteste. » Ça tombe bien, nous aussi !

Ce que nous voulons

  • Nous exigeons que la direction de l’entreprise réponde et discute de chacun des points abordés par la lettre ouverte, avec l’ensemble des employé·es.
  • Nous exigeons le renoncement immédiat de la direction à ce plan de licenciement irresponsable et injuste.
  • Nous exigeons que les employé-es, qui sont les personnes les plus compétentes, aient désormais voix au chapitre dans toutes les prises de décision.
  • Nous exigeons la présence d’Oskar Guilbert dans les négociations, qu’il assume ses responsabilités de PDG.
  • Nous l’avons dit, et la direction nous le démontre par son incapacité même à se remettre en question : ce projet de PSE est absurde, violent, et ne permettra pas de sauver l’entreprise.

Nous appelons nos collègues à poursuivre la mobilisation par une journée de grève le vendredi 22 novembre.

Caisse de grève

Contrairement à notre employeur, nous ne pouvons pas faire payer nos dettes par d’autres. C’est la raison pour laquelle nous faisons appel à la générosité de ceux et celles qui souhaitent nous soutenir en contribuant à notre caisse de grève.

Ainsi, nous avons mis en place une cagnotte en ligne.

Si vous y consentez, vous permettrez à davantage de nos collègues de pouvoir lutter pour la défense de nos emplois et pour rappeler à la direction du studio que la responsabilité de ses choix de gestion stupides n’est pas à chercher du côté des employé·es.

Afin de procéder en toute transparence voici la manière dont nous souhaitons utiliser cet argent :

  • Pour les personnes précaires qui demandent le soutien de la caisse de grève, il sera compensé leur salaire net par jour de grève (jusqu’à un maximum de 100 €/jour de grève)
  • Pour le cas plus général, nous répartirons équitablement les montants soulevés au pro rata des jours de grève déclarés (toujours dans la limite de 100 €/jour de grève)
  • Les jours de grève sont déclaratifs, nous n’imposons pas à quelqu’un de réclamer le montant maximum
  • Si le montant était trop faible, le STJV peut abonder la caisse de grève pour garantir un montant décent à toustes
  • Si à la fin du mouvement de grève des fonds restaient après répartition, ceux-ci seront reversés à la caisse de grève nationale du STJV pour servir à d’autres mouvements sociaux dans le futur

Par avance, merci infiniment pour votre don qui a une valeur bien plus grande encore que son montant. Il participera à permettre aux employés de défendre leur emplois et nous l’espérons, d’améliorer la situation des travailleuses et travailleurs du jeu vidéo dans une industrie qui se déshumanise peu à peu. Votre don est un acte de soutien militant.