Face au harcèlement à Don’t Nod, une victoire inédite

Sur fond rouge et noir, à gauche de l'image, Phoenix Wright de la série Ace Attorney dans une posture triomphale, pointant du doigt vers l'avant de l'image. À droite, le texte "Victoire !" dans une fonte stylisée rappelant celle des interjections d'Ace Attorney. En bas de l'image, le logo STJV.

Le 31 mars 2026, le CSE de Don’t Nod Entertainment et le STJV ont obtenu une victoire inédite contre l’entreprise Don’t Nod Entertainment devant le Conseil de Prud’hommes de Paris.

Nous ne communiquons dessus que maintenant car nous avons longtemps espéré une réaction raisonnable de Don’t Nod. Force est de constater qu’elle a eu toutes les occasions de corriger sa conduite, y compris après une condamnation, et a choisi de persister dans ses affres. Cette affaire de harcèlement a des conséquences et ramifications importantes que nous allons détailler.

Résumé de l’affaire

En novembre 2024, un salarié informe le CSE sur sa situation de harcèlement et met en cause son manager, M. C. Le CSE utilise alors son droit d’alerte pour « atteinte aux droits des personnes », défini par l’article L2312-59 du Code du Travail. Cela donne lieu à une enquête menée par le membre du CSE qui a déclenché le droit d’alerte, avec une représentante de l’employeur (RH).

Au cours de l’enquête (de novembre 2024 à avril 2025), 9 entretiens individuels ont été réalisés, en rencontrant les salarié·es qui travaillent ou ont travaillé avec ce manager. Ces entretiens, ainsi que les échanges entre l’élu et la représentante RH, donnent lieu à des conclusions qui résument ce qu’a rapporté l’enquête et présentent des recommandations à l’employeur.

L’élu et la représentante RH n’ont pas pu s’accorder sur le contenu des conclusions, faisant une lecture très différente des révélations de l’enquête et de la qualification juridique à en tirer. En conséquence, deux jeux de conclusions ont été produits et présentés à l’employeur. L’élu ayant mené l’enquête, et le CSE après lui, constatent notamment :

  • Des propos dégradants et humiliants ;
  • Une volonté de contrôle et de micro-management ;
  • Une absence d’encadrement et de formation des subordonné·es ;
  • Des agissements et de la discrimination sexistes et transphobes ;
  • De la discrimination syndicale et répression de grévistes ;
  • La connaissance de longue date de certains faits par M. W., supérieur de M. C.

Ces agissements révélés par l’enquête ont été commis à l’encontre de plusieurs salarié·es au fil des ans, et ont également entraîné des conséquences sur la santé de plusieurs salarié·es, des demandes de changement d’équipe, et des départs de l’entreprise. Les conclusions, qui s’appuient sur pas moins de 16 articles de loi, ont été présentées en réunion mensuelle du CSE le 30 avril 2025.

Constatant l’inadéquation des conclusions et recommandations présentées par le département RH, mais aussi l’inaction de l’employeur (qui ne prendra même pas la peine d’aborder le sujet à l’occasion des réunions CSE de mai et juin), l’élu a saisi le Conseil de Prud’hommes de Paris le 26 juin 2025 en vertu de l’article L2312-59, pour qu’il ordonne à la Société de prendre un certain nombre de mesures pour préserver la santé et la sécurité des salarié·es.

Le STJV s’est joint à la procédure pour faire reconnaître une « atteinte aux intérêts collectifs de la profession », en vertu de l’article L2132-3 du Code du Travail.

Le jugement : le CSE et le STJV créent du droit

Verdict

L’audience a eu lieu le 5 janvier 2026, le verdict a été rendu le 31 mars 2026 et communiqué aux parties le 24 avril 2026. Le Conseil de Prud’hommes :

  • Ordonne à la Société DON’T NOD ENTERTAINMENT de prendre toutes les mesures propres à faire cesser les comportements managériaux inappropriés qui portent atteinte aux salariés ;
  • Fait droit à la demande de mettre en place un système d’alerte dédié pour les salariés auquel le CSE sera associé dans son choix et son application ;
  • Fait droit à la demande de mettre en place une formation de sensibilisation obligatoire contre le sexisme et les agissements sexistes, l’identité de genre et la transidentité, par un organisme choisi par l’entreprise parmi 3 propositions émises par le CSE
  • Fait droit à la demande de mettre en place un affichage du « par ces motifs » aux lieux d’entrée et de sorties du personnel, ainsi que par voie numérique sur le Slack de l’entreprise pendant une durée de deux mois ;
  • Condamne la société à payer au CSE les sommes de :
    • 500 € au titre de dommages et intérêts pour préjudice subi en qualité d’enquêteur
    • 1 500 € au titre de l’article 700 du code de procédure civile
  • Condamne la société à payer au STJV la somme de 500 € au titre de dommages et intérêts pour atteinte aux intérêts de la profession.
  • Déboute la société de toutes ses demandes.

Concernant les demandes du STJV, le Conseil écrit : « l’absence de reconnaissance par l’employeur de la situation de harcèlement moral de M. C. et des carences de M. W. pour la sécurité des salariés ont porté partiellement atteinte aux intérêts de la profession », car l’enquête a démontré que M. W. avait été informé de divers faits et n’avait pas pris de mesures suffisantes pour mettre fin au harcèlement.

Jugement CPH Paris mars 26 Don’t Nod

Analyse

L’article L2312-59 dispose que « Le juge peut ordonner toutes mesures propres à faire cesser cette atteinte ». Le CSE a donc demandé à ce que cela soit le cas via diverses mesures citées précédemment (système d’alerte, formation) mais également par toute sanction disciplinaire qu’il jugerait adaptée. Rappelons que l’employeur a l’obligation de protéger les salarié·es du harcèlement, et que le harcèlement relève non seulement du Droit du Travail mais également du Droit Pénal.

Dans son jugement, le Conseil déboute les demandes de sanction disciplinaire en expliquant que malgré cette formulation de l’article L2312-59, « ces mesures ne peuvent en aucun cas se substituer aux prérogatives que la Loi réserve à l’employeur » et que « Le juge n’a donc pas, et ne peut pas se substituer aux prérogatives de l’employeur en matière de sanction, d’organisation du travail, de promotion, de mutation ».
Cependant, il reconnaît explicitement le harcèlement de M. C. et les carences de M. W. comme on l’a vu, et ordonne à l’employeur de « prendre toutes les mesures propres à faire cesser les comportements managériaux inappropriés qui portent atteinte aux salariés ».

Notre interprétation est donc que le Conseil se considère incompétent pour ordonner des sanctions, mais ordonne bien à l’entreprise de prendre « toute mesure », et que cela n’exclut pas (au contraire) les sanctions disciplinaires. En effet, il fait droit aux autres demandes et, sans se substituer au pouvoir disciplinaire, ordonne en plus à l’employeur d’agir : c’est donc qu’il doit prendre des mesures supplémentaires.

Il est extrêmement rare que les CSE se saisissent de cet article. Il l’est encore plus qu’ils obtiennent une décision à la fois précise dans ses mesures et large dans son application, comme c’est le cas ici. Nous nous félicitons de ce résultat et insistons particulièrement sur la portée nouvelle de cette décision. Nul doute qu’elle va éclairer d’un jour nouveau des situations similaires que nous savons nombreuses parmi les entreprises du secteur, et au-delà.

Pour citer notre avocate, Me Clocher :

Le jugement montre que le CSE a un véritable outil pour améliorer les conditions de travail des salariés et suppléer aux carences de l’employeur. Il reste cependant à obtenir que le juge puisse faire injonction aux employeurs d’ordonner des sanctions.

Chez Don’t Nod, on laisse prospérer le harcèlement

Si Don’t Nod a bien exécuté son obligation d’affichage de la décision, elle n’a pris en pratique aucune mesure pour faire cesser le harcèlement. En effet l’entreprise ne partage pas notre analyse, et fait selon nous une lecture erronée et de mauvaise foi en considérant que le jugement l’empêcherait de prendre des sanctions.

Elle considère que le supposé « rappel à l’ordre » adressé à M. C., dont on n’a jamais bien pu apprécier la temporalité ni la réalité, et la formation « communication managériale » qu’il a suivie en décembre 2025, seraient des mesures suffisantes. Elle ignore commodément que le jugement a été rendu après ces « mesurettes », dont le Conseil a eu connaissance pendant les débats, et qui ne suffisent donc pas puisque l’entreprise a été condamnée.

Le CSE n’a été informé d’aucune mesure ou décision concernant les deux managers mis en cause.

Depuis le jugement, le CSE a demandé officiellement, par l’intermédiaire de son Conseil légal, à ce que des mesures soient prises conformément au jugement, et notamment de ne pas promouvoir M. W., en vain.

Les sujets de la formation et du processus d’alerte quant à eux sont en cours de discussion entre l’entreprise et le CSE.

Les responsables intouchables ?

On a beaucoup parlé de Don’t Nod en tant qu’entreprise jusqu’ici. C’est bien l’employeur qui a été condamné, mais nous ne pouvons faire l’impasse sur la question des personnes dirigeantes. L’entreprise n’est pas une entité abstraite, et son action est impulsée par un « Comité de Direction ». Des personnes physiques ont pris la décision d’ignorer les conclusions du CSE, de ne jamais y répondre, de ne prendre aucune mesure, et de continuer malgré la condamnation.

Ces personnes ont un nom, une réputation, parfois même des décorations de l’État. C’est Oskar Guilbert, d’abord, le PDG qui dirige l’entreprise, et devrait en toute logique s’inquiéter des risques juridiques qu’il lui fait courir en poussant le CSE à saisir les tribunaux contre elle. Sans même parler de sa responsabilité d’employeur envers la santé des salarié·es. C’est Julie Chalmette, ensuite, numéro 2 de l’entreprise et qui cumulait :

  • son poste de Directrice Générale Adjointe
  • la présidence du CSE
  • les responsabilités de DRH depuis le départ de Matthieu Hoffmann
  • les responsabilités de direction du studio depuis le départ de Samuel Jacques

durant toute la durée de l’affaire. C’est Nadia Onfray, enfin, nouvelle DRH de l’entreprise, qui poursuit la gestion instaurée par Julie Chalmette depuis son départ en catimini en mars 2026.

Mais des représailles envers les élu·es

Si les actions de messieurs C. et W., qui ont mené l’entreprise à être condamnée de façon exceptionnelle, n’ont suscité aucun émoi chez sa direction, il faut en revanche noter que les élu·es CSE ont été ciblé·es en représailles.

À l’occasion d’un licenciement de moins de 10 personnes, qui voit nos collègues partir en ce moment-même, l’entreprise en a profité pour « proposer » une modification de poste à une autre élue du CSE. Proposition qu’elle doit accepter, sans quoi elle sera licenciée également. Cette modification de poste consiste à lui retirer la charge d’une équipe qu’elle gère depuis plus d’un an et à lui retirer en pratique ses responsabilités de manager. Nous avons eu la surprise de découvrir que c’était pour en donner la charge à M. W. qui, comme nombre de collègues récemment, était temporairement sans affectation.

Dans ses demandes en tant que partie défenderesse, Don’t Nod a tenté de faire condamner personnellement l’élu ayant lancé le droit d’alerte à la somme de 2 500 €. Or, il est ici dans le cadre de son mandat de représentant du personnel. Il a été expressément mandaté par le CSE pour le représenter dans son action judiciaire, mais c’est bien le CSE en tant que personne morale qui exerce ses droits. Cette demande abjecte n’a aucun sens juridique et elle a bien évidemment été déboutée par le Conseil.

Elle démontre cependant les bassesses auxquelles la direction de Don’t Nod est prête à recourir. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une tentative d’intimidation et de représailles envers un élu du personnel qui défend ses collègues. Il a par ailleurs été violemment pris à partie par Julie Chalmette à l’entrée des locaux quelques jours après l’audience.

Dans un récent rapport d’expertise, le cabinet mandaté par le CSE dans le cadre d’une autre alerte, indique que :

Alors même que l’élu intervenait en qualité de membre de la délégation du personnel, mandaté pour exercer le droit d’alerte prévu à l’article L.2312-59 du Code du travail, l’action a été largement recentrée, dans les écritures de l’employeur, sur sa personne, sa qualité pour agir et sa responsabilité individuelle, jusqu’à solliciter sa condamnation personnelle. Le Conseil a finalement reconnu la recevabilité tant de l’élu que du CSE, rappelant ainsi que l’action s’inscrivait dans l’exercice d’une prérogative légale de représentation collective. Cette individualisation du contentieux, qui tend à identifier un représentant plutôt que l’institution qu’il représente, est susceptible d’exposer les élus à une pression personnelle dépassant le seul débat juridique. Au delà du cas d’espèce, une telle dynamique peut avoir un effet dissuasif sur l’exercice des mandats, alimenter un climat de défiance et déplacer le dialogue social d’une logique de traitement collectif des difficultés vers une confrontation centrée sur les personnes, peu propice à l’exercice serein des prérogatives représentatives.

Depuis Janvier 2026, le CSE questionne la direction pour comprendre cette manœuvre d’intimidation, sans succès. Julie Chalmette, qui était en charge du dossier et la représentait au tribunal, a quitté l’entreprise. Nadia Onfray prétend qu’elle ne s’en occupait pas à l’époque. Et les avocats de l’entreprise bottent en touche en prétendant qu’il s’agit d’une demande tout à fait normale.

En réalité, non seulement Don’t Nod ne sanctionne pas le harcèlement, mais elle conforte ceux qui le commettent, et réprime celleux qui le combattent.

Et au-delà : la fin de l’impunité dans le jeu vidéo

Il faut bien saisir la portée de cette décision : Don’t Nod, le studio considéré comme « progressiste » en France et qui en a fait son image de marque, dirigé par la co-fondatrice de Women In Games France durant les faits (dont elle était parfaitement informée), est condamné pour son inaction face à du harcèlement, en particulier sexiste et transphobe. C’est son propre CSE qui a du aller en justice, après une enquête accablante mise sous le tapis.

Nous avons ici un cas d’école d’une entreprise condamnée en justice parce qu’elle ne respecte pas la « législation sociale », critère soi-disant nécessaire pour l’obtention de la principale aide publique au jeu vidéo, le Crédit d’Impôts Jeu Vidéo (CIJV). Et ce faisant, les Prud’hommes jugent que l’entreprise ne s’est pas contentée de violer la legislation sur un cas « individuel » – bien que cela a été le cas pas plus tard qu’en décembre 2025 dans une autre condamnation de Don’t Nod aux Prud’hommes – mais a porté atteinte à l’ensemble de la profession.

Le CIJV commence à être remis en cause de plus en plus largement, notamment pour l’inefficacité évidente de cette condition de « respect de la législation sociale en vigueur ». Quelles conséquences peut-on attendre d’une telle condamnation pour les futures demandes d’agrément de l’entreprise au CIJV ? Le SNJV compte-t-il inventer de nouvelle pirouettes rhétoriques dignes de ses attaques sur une députée qui leur faisait l’affront d’avoir une opinion pour justifier le comportement de son adhérente, et nous expliquer que balayer sous le tapis des faits de harcèlement n’est pas très grave ?

Pour aller plus loin : qu’en pense le CNC, qui encadre les aides au secteur, et notamment Mme Pauline Augrain, directrice du numérique au sein de l’institution ? En effet, Julie Chalmette est également vice-présidente de la commission d’attribution du Fond d’Aide au Jeu Vidéo (FAJV). Il nous semble que les faits relatés dans cet article, ajoutés à sa gestion catastrophique de Don’t Nod et son parcours, démontrent qu’elle est indigne d’attribuer l’argent public. Il est grand temps que les règles posées par la loi s’appliquent réellement. Pour nous, il semble évident que si Julie Chalmette avait un reste d’intégrité professionnelle, elle démissionnerait sans attendre de ce mandat.

Quoi qu’il en soit, nous revenons à notre analyse que cette structure de subventions vues comme un dû par des entreprises qui ne font pas le minimum d’efforts attendus pour les mériter doit évoluer et intégrer la représentation des travailleureuses du secteur par la voix de leurs syndicats, ainsi que le préambule de la constitution de 1946 le prévoit.

NAO rémunérations 2025 à Don’t Nod

NAO à Don't Nod - Un accord concluant : augmentations de salaire et passage cadre

Réclamées depuis 2023, avortées en 2024 en faveur d’un PSE (qu’on découvrira par surprise), les Négociations Annuelles Obligatoires (NAO) ont enfin commencé durant l’été 2025.

La section syndicale de Don’t Nod est fière d’annoncer qu’un accord a été conclu sur le sujet des salaires effectifs.

Si beaucoup reste à faire dans l’entreprise pour mettre en place des conditions de travail saines, éliminer les écarts de salaire et de carrière entre les femmes et les hommes, mettre un terme aux risques psychosociaux… Il s’agit néanmoins d’un progrès notable et dont nous nous félicitons.

Voici ce qui a été entériné :

Augmentations de salaire

Nous avons obtenu une augmentation générale des salaires, qui privilégie les plus bas salaires dans l’entreprise avec un montant dégressif et exclut les 20% plus hauts salaires.

Les salarié-es se trouvant dans le premier décile de salaire toucheront une augmentation de 1300€ brut annuel. Dans le deuxième décile, 1110€, et ainsi de suite jusqu’aux déciles 5 à 8 qui toucheront 775€.

Des augmentations individuelles auront lieu en sus, en répartissant deux budgets distincts :

  • un pour rétribuer la « performance individuelle »
  • un pour corriger (partiellement) les écarts de salaires présents dans l’entreprise

L’augmentation des bas salaires et la réduction des écarts sont des priorités pour le STJV. Il n’est pas acceptable que les entreprises exigent des salariées de travailler et vivre sur Paris avec à peine un SMIC, ou que des écarts remarquables persistent entre des salaires d’hommes et de femmes au même poste. Il n’est pas acceptable qu’on constate un facteur 10 entre le plus bas et le plus haut salaire d’une entreprise.

Passage cadre

Nous avons obtenu la classification cadre pour tous les postes de production et d’administration.

Le passage Cadre apporte des avantages conséquents :

  • des salaires minimum plus élevés
  • une bien meilleure prise en charge en cas d’arrêt maladie
  • une indemnité de licenciement plus élevée
  • la reconnaissance de nos formations et expertises

C’est une revendication historique du STJV sur laquelle les tribunaux nous donnent régulièrement raison.

Après Amplitude, Don’t Nod est la seconde entreprise à finalement reconnaître que la juste application de la convention collective Syntec implique de généraliser le statut Cadre. Tant mieux !

Une grille de classification claire et univoque sera adjointe aux fiches de postes, et référencée sur les futures offres d’emploi.

La grève, ça marche !

La grève lors du plan de licenciement, débutée en novembre 2024 et qui a culminé en janvier dernier est encore présente dans les esprits. Elle a non seulement permis d’obtenir un accord majoritaire pour le PSE, mais également montré que les collègues savaient se mobiliser.

La DARES notait en 2022 que 62,8% des entreprises ayant connu une grève ont conclu au moins un accord d’entreprise, contre 12,7% n’en ayant connu aucune. CQFD.

Espérons que les autres thèmes de Négociation Annuelle Obligatoire donnent des résultats aussi constructifs ! ✊

Bilan de la lutte contre le PSE à Don’t Nod

Bilan lutte PSE à Don't Nod

La lutte à Don’t Nod approche du dénouement. Avec le cœur serré de voir partir nos collègues, nous tenions tout de même à conclure ces mois de lutte intense par une analyse de ce que nous en retirons pour la suite.

Pourquoi c’est important

Nous partions d’un plan de licenciement où l’employeur comptait licencier sans compensation (autre que le minimum légal) 69 personnes, soit près d’un tiers des effectifs. Ce plan incluait un découpage en catégories professionnelles tellement précises qu’il ciblait individuellement une trentaine de personnes.

Par la mobilisation, par la grève, nous sommes parvenu‧es à imposer un cadre et des conditions qui atténuent, certes pas assez, mais grandement, la violence de ce plan de licenciement.

Nous souhaitons insister sur quelques points particuliers de ces conditions de départ.

Ouverture des départs volontaire

Au cours des négociations sur les modalités de ce PSE, nous avions obtenu que 23 départs volontaires soient ouverts à des catégories professionnelles non menacées par le plan, pour sauver autant de collègues d’un licenciement.

Nous avons le plaisir d’annoncer que ces départs ont permis de sauver 23 travailleur‧ses d’un licenciement contraint.

Au lieu des 69 licenciements initialement prévus, il y a eu 46 départs volontaires et 1 licenciement. Nous avons quasiment atteint notre objectif de « 0 départ forcé ».

À cela s’ajoutent 8 personnes ayant reçu une modification de poste, qu’une poignée a refusée, menant donc à leur licenciement économique avec les mêmes compensations de départ.

Indemnités de cadre pour tout le monde

Nous avons demandé et obtenu l’application de la méthode de calcul des indemnités de licenciement des cadres pour tout le monde. C’est avantageux pour les salarié·es au niveau financier, et fait écho à une revendication générale du STJV : tous les métiers de la production de jeux vidéo relèvent du statut Cadre.

Il ne s’agit pas d’une mesure symbolique mais d’une reconnaissance de nos métiers, de notre expertise, de l’autonomie qui nous est demandée. Cela représente également une amélioration concrète de nos conditions de travail.

Les entreprises doivent requalifier en Cadre les statuts de l’ensemble des salarié·es encore sous statut ETAM, comme cela a été négocié récemment à Amplitude.

Remboursement de la grève

Don’t Nod a accédé à notre revendication et a payé les salaires des grévistes pour tous les jours de notre grève reconductible. Ce faisant, l’entreprise reconnaît que cette semaine de grève est de sa responsabilité pleine et entière : pour défendre nos droits, obtenir des négociations puis cet accord, nous n’avions d’autre choix que de nous mobiliser par la grève.

Si cette mesure peut sembler inhabituelle dans notre secteur, elle est en réalité courante dans les accords de fin de conflit. Désormais, un précédent est établi dans l’industrie du Jeu Vidéo également.

Conclusion

Anne Devouassoux, présidente du SNJV, a récemment expliqué devant l’Assemblée Nationale que l’accord trouvé était, selon le SNJV, une preuve de dialogue social.

Dont acte ! Cette victoire prouve que seul le rapport de force permet d’obtenir des avancées, et même la patronne du SNJV le reconnaît. La lutte appartient à tou‧tes les travailleur‧ses, saisissons-nous en pour gagner ensemble.

Compte-rendu d’utilisation de la caisse de grève

Grâce aux 17 000 euros de dons à la caisse de grève de Don’t Nod, nous avons pu utiliser 15 300 euros pour rembourser les 4 jours de grève en novembre/décembre 2024, à hauteur de 100 euros par jour. Le reste va maintenant alimenter la caisse générale du STJV pour les prochaines luttes.

La lutte paie : accord trouvé à Don’t Nod

Sur un fond gris et noir, avec un léger cadre rouge entourant le texte, en bas à gauche trois personnages de jeux Don't Nod en postures revendicatives, et en bas à droite le logo du STJV. Titre La lutte paie ! Accord trouvé à DON'T NOD : Réduction du nombre de départs Élargissement des départs volontaires Bien meilleures conditions de départ Remboursement des jours de grève

Depuis novembre 2024, les travailleurs·ses de Don’t Nod sont en lutte pour sauvegarder leurs emplois et atténuer la catastrophe sociale qu’est le plan de licenciements mis en œuvre par la direction du studio.

Nous maintenons que ce plan n’est que la tentative désespérée par la direction de remédier à ses propres errements qui ont conduit le studio dans une situation difficile. Les travailleurs·ses vont en faire les frais et se retrouvent pris en otage par le patronat qui ne donne le choix qu’entre un PSE destructeur et un avenir encore plus morose, puisqu’il est incapable de remettre en question sa gestion de l’entreprise.

Le mouvement social a culminé par la grève reconductible de près d’une centaine de travailleurs·ses du 13 au 17 janvier. La détermination des collègues à garder la tête haute et maintenir des revendications dignes a forcé la direction à ouvrir sérieusement le dialogue et arriver à un accord que nous détaillons ci-après.

Termes de l’accord

Plan initial de la direction

Le plan initial prévoyait la suppression de 69 postes, dans certaines catégories professionnelles données.

Les personnes en poste dans les catégories professionnelles visées pouvaient profiter d’un reclassement ou d’un départ volontaire en présentant un projet professionnel « solide » (nouvel emploi, création/reprise d’entreprise, formation).

Les personnes restantes à ces postes auraient ensuite été classées par des critères d’ordre afin de déterminer qui est licencié·e, s’il restait des postes à supprimer.

Tout départ aurait été indemnisé au minimum légal, c’est-à-dire à hauteur de l’Indemnité Conventionnelle de Licenciement (ICL) définie dans la convention collective SYNTEC :

  • Concernant les ETAM :
    • pour une ancienneté jusqu’à 10 ans : ¼ de mois de salaire brut pour chaque année de présence,
    • pour une ancienneté égale ou supérieure à 10 ans : ⅓ de mois de salaire brut pour chaque année de présence,
  • Concernant les Cadres :
    • pour une ancienneté inférieure à 2 ans : ¼ de mois de salaire brut pour chaque année de présence,
    • pour une ancienneté égale ou supérieure à 2 ans : ⅓ de mois de salaire brut pour chaque année de présence.

Les départs volontaires touchaient en plus une prime de 1 500€.

Ce que nous avons obtenu

En concertation avec les collègues mobilisé·es, notre délégation syndicale STJV a bataillé et a réussi à arracher :

Un élargissement des départs volontaires

La possibilité de demander un départ volontaire est ouverte à des catégories professionnelles supplémentaires, qui ne sont pas concernées par les suppressions de postes.

Cette mesure pourrait sauver jusqu’à 23 emplois en laissant partir des personnes le souhaitant, même sans être visées, évitant ainsi autant de suppressions de poste forcées.

De plus, le nombre de suppressions de postes est porté de 69 à 49 en raison des nombreuses démissions depuis l’annonce du PSE, ainsi que des ajustements du plan par la direction après observations du CSE lors de son information.

Des conditions de départ plus dignes

Toustes les salarié·es concerné·es, y compris ETAM, bénéficieront d’une ICL calculée selon les termes appliqués aux Cadres.

Elle sera accompagnée d’une indemnité supra-légale versée par l’employeur. La prime au départ volontaire est supprimée pour augmenter le montant de l’indemnité supra-légale. Nous avions pour objectif de protéger au mieux les personnes précaires et subissant plus de difficultés à retrouver un emploi, qui sont les moins sujettes à vouloir un départ volontaire.

En conséquence, tous les départs, volontaires ou forcés, seront indemnisés par la valeur la plus élevée entre les deux formules suivantes :

  • ICL (cadre) + 13 000€
  • 2× ICL (cadre)

Remboursement de la grève

Aucun jour de grève effectué entre le 13 et le 17 janvier ne sera décompté du salaire.

La caisse de grève va finir de compenser les jours grévés en novembre et décembre, la somme éventuellement restante sera reversée à la caisse nationale du STJV comme annoncé lors de sa création.

Conclusion

Nous tenons à remercier et féliciter les collègues pour leur mobilisation historique et victorieuse. Leur soutien et leur solidarité ont été exemplaires.

Tout cela n’aurait pas été possible non plus sans le travail acharné depuis 4 mois du CSE (élu sur liste STJV) et de la section syndicale STJV Don’t Nod.

Un immense merci également à toustes nos soutiens et personnes ayant contribué à la caisse de grève.

L’action collective fonctionne, c’est notre meilleure arme.

Bien sûr, ce PSE nous laisse un goût amer, et le combat continue aussi bien pour les conditions de travail des collègues qui restent que pour le futur incertain des collègues qui vont être licencié·es.

Il n’est pas et ne sera jamais satisfaisant d’assister à des licenciements. Nous espérons cependant que cette lutte posera la première pierre sur laquelle s’appuyer, si d’aventure d’autres boîtes n’en tiraient pas la leçon.

Vive les grévistes et vive la grève !

À bon entendeur

Nous le disions de Don’t Nod, nous le disons aussi de l’industrie dans son ensemble : le cirque, c’est fini. Nos efforts de conscientisation et de problématisation des violations grossières du droit du travail dans l’industrie du jeu vidéo portent leurs fruits, et la grève du 13 février l’a bien prouvé.

Nous soutiendrons les travailleurs et travailleuses dans toutes les entreprises du secteur pour obtenir de telles victoires, et d’autres plus grandes encore.

DON’T NOD – Appel à la grève à partir du Lundi 13 Janvier 2025

Appel à la grève reconductible à Don't Nod à partir du lundi 13 janvier. Sur des tons gris, un bâtiment portant le logo de Don't Nod. Devant le bâtiment, en-dessous du texte d'appel à la grève, trois personnages de jeux Don't Nod dans des postures revendicatives. Au bas à droite de l'image, le logo du STJV.

Constat sur les négociations en cours

Les négociations entre le STJV et la Direction de DON’T NOD autour du PSE n’aboutissent à aucun engagement sérieux pour les salarié·es. Malgré les efforts immenses de la délégation syndicale pour parvenir à un accord, les propositions de la direction restent insignifiantes.

Nous avons tout tenté pour négocier raisonnablement, en supposant la bonne foi de nos interlocutrices.

Aujourd’hui, la date prévue de signature de l’accord potentiel est déjà dépassée et nous n’avons toujours pas eu l’occasion d’aborder des sujets cruciaux, tels que les conditions de départ (indemnité de licenciement, prime au départ volontaire…). Les négociations ont uniquement porté sur d’hypothétiques réductions des départs forcés, desquels la direction entend garder le contrôle total, lui permettant de rester in fine très très proche de son projet initial.

Force est de constater que la Direction n’a qu’un seul objectif, gagner du temps, et ne daigne pas négocier sérieusement.

Le STJV ne signera pas un accord qui entérinerait le projet inique de la direction, même s’il porte une moustache.

Notre appel

Puisque la Direction ne semble pas comprendre les conséquences que représente son projet pour les salarié·es qu’elle voudrait faire partir, mais aussi celleux qui resteraient dans une structure désorganisée aux conditions de travail dégradées, nous appelons à une GRÈVE RECONDUCTIBLE dès le 13 janvier 2025 jusqu’à satisfaction de nos revendications.

Cette grève, votée en AG des travailleur·euses de DON’T NOD, a été massivement plébiscitée (près de 90% des voix). Nous restons soudé·es et motivé·es pour lutter contre ce plan de licenciements, et ne reculerons pas face à l’entêtement de la Direction.

Caisse de grève

Pour soutenir les collègues dans leur combat pour sauver leur emploi, nous avons mis en place une caisse de grève : https://www.stjv.fr/2024/11/mise-en-place-dune-caisse-de-greve-pour-le-mouvement-social-a-dont-nod/

Vous avez déjà été nombreux·ses à donner et à nous laisser des messages d’encouragement, merci infiniment ! <3

Notre combat ne pourra pas se faire sans votre aide.

DON’T NOD – Appel à la grève Jeudi 12 et Vendredi 13 décembre 2024

Cinquième semaine de mobilisation depuis l’annonce d’un plan social visant à virer 69 personnes chez Don’t Nod, et la direction du studio continue de se contenter d’un mail hebdomadaire nous expliquant pourquoi nous avons tort de nous en plaindre.

Soyons rassuré·es, Oskar Guilbert nous précise dans chaque message qu’il souffre de la situation tout autant que nous, voire plus. Peut-être pourrait-il appeler le numéro vert de soutien qu’il a mis à notre disposition, en lieu et place d’un réel dialogue social ?

Nous n’attendons pas de compassion, nous attendons une réponse à nos demandes, précises et documentées, formulées il y a plus d’un mois et affirmées depuis par un mouvement qui ne faiblit pas.

Ce que nous voulons

  • Nous exigeons le renoncement immédiat de la direction à ce plan de licenciement irresponsable et injuste.
  • Nous exigeons que les employé·es, qui sont les personnes les plus compétentes, aient désormais voix au chapitre dans toutes les prises de décision.
  • Nous exigeons la présence d’Oskar Guilbert dans les négociations, qu’il assume ses responsabilités de PDG.

Jeudi 12 décembre a lieu la prochaine journée de négociation du PSE entre le STJV et la direction de Don’t Nod, la dernière avant la fin de l’année.

Pour soutenir nos représentant·es face à la direction, nous appelons nos collègues à poursuivre la mobilisation par une journée de grève jeudi 12 décembre. Ce jour sera également celui d’une grève nationale pour l’emploi, à laquelle le STJV a appelé à participer.

Un piquet de grève sera organisé devant les locaux du studio. Nous invitons toutes les personnes intéressées à venir nous soutenir et à échanger avec nous. Plus de détails à venir.

Cette grève sera reconduite au vendredi 13 décembre s’il n’y a pas d’avancées notables dans les négociations.

Caisse de grève

Pour soutenir les employé-es dans leur combat pour sauver leur emploi, nous avons mis en place une caisse de grève : https://www.stjv.fr/2024/11/mise-en-place-dune-caisse-de-greve-pour-le-mouvement-social-a-dont-nod/

Vous avez déjà été nombreux·ses à donner et à nous laisser des messages d’encouragement, merci infiniment ! <3

Notre combat ne pourra pas se faire sans votre aide.

DON’T NOD – Nouvel appel à la grève le 29 novembre 2024

Quatrième semaine de conflit social à Don’t Nod, et le PSE suit son cours avec son lot désormais hebdomadaire de reports de réunions, et de documents erronés ou non existants, pourtant essentiels au lancement d’un PSE.

La direction ne pourrait pas faire mieux si elle souhaitait encore une fois démontrer la pertinence de ce que le CSE remonte depuis des années, en vain, et de tout ce qui a été relevé dans la lettre ouverte signée par 160 de nos collègues.

APPEL À LA GRÈVE – Vendredi 29 novembre

Il est inacceptable que la direction de Don’t Nod continue de faire entrave au CSE, élu par les employé·es pour les représenter, inacceptable qu’Oskar Guilbert ne participe pas à l’intégralité des réunions de négociation, inacceptable que la direction n’ait pas encore répondu et discuté de chacun des points de la lettre ouverte. 

Inacceptable, enfin, que nous en soyons encore à discuter de ce PSE mortifère au lieu de mettre notre énergie à ce qui pourrait réellement sauver l’entreprise.

Ce que nous voulons

  • Nous exigeons que la direction de l’entreprise réponde et discute de chacun des points abordés par la lettre ouverte, avec l’ensemble des employé·es.
  • Nous exigeons le renoncement immédiat de la direction à ce plan de licenciement irresponsable et injuste.
  • Nous exigeons que les employé·es, qui sont les personnes les plus compétentes, aient désormais voix au chapitre dans toutes les prises de décision.
  • Nous exigeons la présence d’Oskar Guilbert dans les négociations, qu’il assume ses responsabilités de PDG.

Ce n’est pas un futur, mais une lente agonie pour Don’t Nod que ce plan à la découpe, qui sans remise en question de la part de la direction ne pourra que se reproduire dans les mois qui viennent. N’en déplaise à Oskar Guilbert et Julie Chalmette, Don’t Nod c’est nous, employé·es, et c’est ce n’est qu’en restant toustes ensemble que nous pourrons sauver l’entreprise.

Nous appelons nos collègues à poursuivre la mobilisation par une journée de grève ce vendredi 29 novembre.


Caisse de grève

Vous le savez peut-être déjà, nous avons mis en place une caisse de grève pour soutenir le mouvement, et en priorité nos collègues les plus précaires.

Depuis son lancement, vous avez été nombreux·ses à donner, et tout autant à nous laisser des messages d’encouragement. Cela nous est aussi nécessaire que précieux, et nous ne pourrons jamais vous remercier assez.

Cependant, la direction nous oblige à durcir le mouvement et cela ne pourra se faire sans votre générosité.

Si vous y consentez, vous permettrez à davantage de nos collègues de pouvoir lutter pour la défense de nos emplois et pour rappeler à la direction du studio que la responsabilité de ses choix de gestion stupides n’est pas à chercher du côté des employé·es.

Par avance, merci infiniment pour votre don qui a une valeur bien plus grande encore que son montant. Il participera à permettre aux employés de défendre leur emplois et nous l’espérons, d’améliorer la situation des travailleuses et travailleurs du jeu vidéo dans une industrie qui se déshumanise peu à peu. Votre don est un acte de soutien militant.

Don’t Nod : nouvel appel à la grève le 22 novembre 2024

Il y a deux semaines, 160 employé·es de Don’t Nod avaient signé et envoyé une lettre ouverte à la direction du studio. Depuis, la direction a choisi d’ignorer complètement les constats formulés, pourtant clairs.

Le PDG de Don’t Nod, Oskar Guilbert, a explicitement refusé d’aborder le sujet malgré les demandes répétées des employé·es lors d’un espace d’échange mensuel où il a préféré lire un texte écrit à l’avance à toute l’entreprise, précisant au passage que « les temps sont durs pour tout le monde ici, et moi en particulier » et rejetant toujours l’idée de participer aux réunions de négociation du PSE.

Appel à la grève ce vendredi 22 novembre

Après trois semaines de conflit social, la direction de Don’t Nod refuse donc en bloc tout dialogue avec nous, employé·es. On nous conseille à la place « d’ouvrir nos chakras », et d’être « tourné-es vers l’avenir ». Mais quel avenir, avec 69 collègues en moins et une industrie du jeu vidéo en crise ?

Julie Chalmette, Directrice Générale Adjointe, a de son côté pris la parole pour indiquer « ‘Virer des gens’, personnellement c’est un terme que je déteste. » Ça tombe bien, nous aussi !

Ce que nous voulons

  • Nous exigeons que la direction de l’entreprise réponde et discute de chacun des points abordés par la lettre ouverte, avec l’ensemble des employé·es.
  • Nous exigeons le renoncement immédiat de la direction à ce plan de licenciement irresponsable et injuste.
  • Nous exigeons que les employé-es, qui sont les personnes les plus compétentes, aient désormais voix au chapitre dans toutes les prises de décision.
  • Nous exigeons la présence d’Oskar Guilbert dans les négociations, qu’il assume ses responsabilités de PDG.
  • Nous l’avons dit, et la direction nous le démontre par son incapacité même à se remettre en question : ce projet de PSE est absurde, violent, et ne permettra pas de sauver l’entreprise.

Nous appelons nos collègues à poursuivre la mobilisation par une journée de grève le vendredi 22 novembre.

Caisse de grève

Contrairement à notre employeur, nous ne pouvons pas faire payer nos dettes par d’autres. C’est la raison pour laquelle nous faisons appel à la générosité de ceux et celles qui souhaitent nous soutenir en contribuant à notre caisse de grève.

Ainsi, nous avons mis en place une cagnotte en ligne.

Si vous y consentez, vous permettrez à davantage de nos collègues de pouvoir lutter pour la défense de nos emplois et pour rappeler à la direction du studio que la responsabilité de ses choix de gestion stupides n’est pas à chercher du côté des employé·es.

Afin de procéder en toute transparence voici la manière dont nous souhaitons utiliser cet argent :

  • Pour les personnes précaires qui demandent le soutien de la caisse de grève, il sera compensé leur salaire net par jour de grève (jusqu’à un maximum de 100 €/jour de grève)
  • Pour le cas plus général, nous répartirons équitablement les montants soulevés au pro rata des jours de grève déclarés (toujours dans la limite de 100 €/jour de grève)
  • Les jours de grève sont déclaratifs, nous n’imposons pas à quelqu’un de réclamer le montant maximum
  • Si le montant était trop faible, le STJV peut abonder la caisse de grève pour garantir un montant décent à toustes
  • Si à la fin du mouvement de grève des fonds restaient après répartition, ceux-ci seront reversés à la caisse de grève nationale du STJV pour servir à d’autres mouvements sociaux dans le futur

Par avance, merci infiniment pour votre don qui a une valeur bien plus grande encore que son montant. Il participera à permettre aux employés de défendre leur emplois et nous l’espérons, d’améliorer la situation des travailleuses et travailleurs du jeu vidéo dans une industrie qui se déshumanise peu à peu. Votre don est un acte de soutien militant.

Mise en place d’une caisse de grève pour le mouvement social à DON’T NOD

La direction du studio DON’T NOD procède actuellement à ce qu’on appelle cyniquement un Plan de Sauvegarde de l’Emploi. Dans la pratique ça veut dire qu’elle a décidé de virer près d’un tiers de nos collègues. Cette même direction a été avertie à de très nombreuses reprises par la représentation du personnel que sa gestion de l’entreprise allait amener à une catastrophe. Maintenant que la catastrophe est là, leur réponse est de faire payer l’addition aux employé·es. Face à cette situation inacceptable, les travailleurs et travailleuses de DON’T NOD se sont déjà mobilisé·es par un débrayage le lundi 28 octobre et une journée de grève le vendredi 8 novembre et souhaitent continuer à lutter pour conserver leurs emplois.

Cependant, et contrairement à l’employeur, celles et ceux qui travaillent pour fabriquer les jeux ne peuvent pas faire payer leurs dettes par d’autres. C’est la raison pour laquelle nous faisons appel à la générosité de ceux et celles qui souhaitent nous soutenir dans notre lutte et permettre de pouvoir continuer à lutter en contribuant si vous le souhaitez à notre caisse de grève. Si vous y consentez, vous permettrez à davantage de nos collègues de pouvoir lutter pour la défense de nos emplois et pour rappeler à la direction du studio que la responsabilité de ses choix de gestion stupides n’est pas à chercher du côté des employé·es.

Pour participer à la caisse de grève, nous avons mis en place une cagnotte en ligne :

Utilisation de la caisse de grève

Afin de procéder en toute transparence voici la manière dont nous souhaitons utiliser cet argent :

  • Pour les personnes précaires qui demandent le soutien de la caisse de grève, il sera compensé leur salaire net par jour de grève (jusqu’à un maximum de 100 € par jour de grève)
  • Pour le cas plus général, nous répartirons équitablement les montants levés au pro rata des jours de grève déclarés (toujours dans la limite de 100 € par jour de grève)
  • Les jours de grève sont déclaratifs, nous n’imposons pas à quelqu’un de réclamer le montant maximum
  • Si le montant était trop faible, le STJV peut abonder la caisse de grève pour garantir un montant décent à toustes
  • Si à la fin du mouvement de grève des fonds restaient après répartition, ceux-ci seront reversés à la caisse de grève nationale du STJV pour servir à d’autres mouvements sociaux dans le futur

Lettre ouverte des travailleur·euses de Don’t Nod à la direction du studio

Nous reproduisons ci-après la lettre ouverte écrite par les travailleur·euses de Don’t Nod, à leur demande. À l’heure actuelle (7 novembre à 12h30), cette lettre a été signée par près de 150 personnes du studio parisien, soit plus de la moitié de son effectif.


Cette lettre s’adresse à la direction de Don’t Nod ainsi qu’à ses salarié·es. Elle a pour but d’expliquer notre consternation vis-à-vis des décisions prises par le studio depuis plusieurs années, qui ont aujourd’hui mené à ce PSE.

Ce plan de licenciement qui prévoit de virer jusqu’à 69 personnes de l’entreprise, la direction le justifie par le « contexte économique difficile de l’industrie » sans se remettre elle-même en question. Or, en tant que travailleur·euses de l’entreprise nous savons que ces échecs sont dus à une succession de manquements et de mauvaises décisions de la direction. Nous tous et toutes alertons sur ces manquements depuis des années, sans que la direction ne nous écoute. Au final, c’est nous qui payons aujourd’hui le prix de ces décisions absurdes avec ce PSE.

Nous, salarié·es de Don’t Nod, sommes absolument contre l’application de ce PSE qui, bien loin de sauver l’entreprise, va en réalité la condamner.

Une spirale de décisions irresponsables 

Folie des grandeurs et stratégie court-termiste

La direction prend des décisions impulsives sans mesure des conséquences et sans vision à long terme :

Réorganisations constantes et contradictoires, annulation de projets en cascade. Depuis deux ans, nous avons assisté à de nombreux départs : directeur général adjoint, directeur de la production, directeur financier, directeur technique studio, business developer, directeur narratif, producteur exécutif, plusieurs game directors, et même dernièrement notre DRH, qui démissionne quelques semaines avant l’annonce de ce PSE après l’avoir nié pendant des mois.

En 2018, la direction de Don’t Nod décide d’entrer en bourse. En 2020 elle crée un nouveau studio à Montréal, en 2021 elle se lance dans l’autoédition, puis dans l’édition de studios tiers. En mai 2022 Don’t Nod annonce 6 lignes de productions simultanées en interne. Comment s’en sortir avec une telle folie des grandeurs ?

Ce chaos stratégique aboutit aujourd’hui à des suppressions d’emplois, dans une période où trouver du travail dans le jeu vidéo est particulièrement difficile.

Pourtant, Don’t Nod profite de financements publics conséquents : CIJV (six millions d’euros par an), CNC, et France 2030 auquel notre PDG a candidaté sans consulter les équipes concernées, pour un projet flou et vide de sens, promouvant notamment l’usage de l’IA générative.

Comment peut-on espérer faire fonctionner l’entreprise avec une direction du studio inconséquente, qui n’apprend pas de ses erreurs, bien qu’ayant déjà vécu un redressement judiciaire en 2014 ?

C’est nous, travailleur·euses, qui en subissons les conséquences malgré nos nombreuses alertes.

Une gestion dangereuse des équipes et des projets

La direction semble lancer des projets sans vision sur le long terme.

Cela cause de nombreux changements de direction des projets, le non-respect des scopes prévus, voire l’arrêt complet de projets. Ces changements incessants provoquent des pertes massives de travail, un épuisement des équipes, et des projets aux airs de créature de Frankenstein.

En février, suite à une enquête Qualité de Vie au Travail et après un rapport d’expertise externe, le CSE de Don’t Nod notait une stagnation du recrutement et une augmentation de la taille des projets. Pire encore, les profils intermédiaires et seniors sont remplacés par des profils juniors, et les contrats proposés de plus en plus précaires. De tout cela résulte une perte de connaissance et de productivité à l’échelle de l’entreprise. 

À l’inverse, les différentes réorganisations et annulations de projets ont parfois provoqué d’importants sur-effectifs sur de longues périodes. Certain·es d’entre nous ont passé plusieurs semaines sans affectation, par exemple suite à la suppression de la ligne Jusant. Des leads se sont retrouvé·es en doublons, et n’ont eu d’autre choix que d’accepter d’être « rétrogradé·es ».

Ces deux dernières années, quatre lignes de productions sur six ont été supprimées à Don’t Nod Paris, dont celle de Jusant. Or, démanteler une équipe, c’est démonter un savoir d’organisation et de compétences non applicables sur d’autres projets, ou à reconstruire entièrement. Pour la ligne de Jusant notamment, faire une suite avec la même équipe et les mêmes technologies aurait permis de surfer sur le succès du jeu, avec un coût largement réduit.

Dans la même veine, les postes « directeur·ices métiers » inter-projets ont été supprimés, portant un sacré coup à l’échange de connaissances et à l’harmonisation des pratiques entre les projets du studio dont iels étaient garant·es.

Le maintien au fil des projets des mêmes personnes aux postes clés mène à une « starification » de ces dernières. Cela débouche sur un manque d’écoute du reste de l’équipe, voire du mépris.

En conséquence, les équipes en pâtissent, les projets prennent du retard et perdent en qualité.

La réalité derrière une façade progressiste

Souffrance au travail

Il semble désormais évident que la direction et sa stratégie d’entreprise font passer la croissance et les profits avant les conditions de travail et la sécurité des emplois, malgré nos avertissements incessants.

Les virages stratégiques et artistiques des projets, voire la fermeture complète des lignes de production, provoquent une perte de sens et de motivation des équipes. Il est impossible de se projeter sereinement sur une production, de s’investir dans de nouveaux projets en sachant que ceux-ci ont toutes les chances d’être annulés.

Les équipes ont dû faire face à un sous-effectif de plus en plus prononcé, puis à la réduction d’évènements collectifs pourtant cruciaux pour un studio en majorité en télétravail. 

S’ajoutent à ça les problématiques de périodes intenses de rendu où les heures supplémentaires s’enchaînent, ou plus généralement une quantité de travail si lourde qu’elle nous laisse en flux tendu permanent.

En parallèle, depuis quelques années, nous observons une précarisation des emplois par la transformation de postes permanents en CDD, freelance et intermittence.

Certain·es salarié·es parmi les plus ancien·nes choisissent de quitter l’entreprise, fatigué·es de ne pas être écouté·es et de ne plus savoir comment rassurer leurs équipes. La direction ne fait rien pour endiguer cette fuite des seniors, n’annonçant aucune volonté d’amélioration des salaires ou des conditions de travail.

Bien qu’une enquête sur les risques psycho-sociaux ait été promise par le PDG il y a 8 mois, la direction s’en dédit alors qu’elle lance un PSE, et se contente de rediriger vers une ligne d’écoute psychologique via un numéro vert, une solution largement insuffisante et impersonnelle.

Culture et valeurs de l’entreprise

La direction s’illustre régulièrement par la grande légèreté avec laquelle elle traite de sujets pourtant très importants, se contentant de formules creuses et de dispositifs de sensibilisation contre les VSS et le racisme complètements désuets. En interne, la direction se cantonne au minimum sur tous les sujets liés aux personnes minorisées, en contradiction avec le message de nos jeux et de l’image publique du studio. 

Nous sommes pourtant encore très loin de la parité, et les femmes sont globalement à des postes subalternes (statut employée plutôt que cadre) et plus junior. Malgré des chiffres affichés proches de la moyenne nationale de 24% de femmes dans l’industrie, on constate une réalité qui diffère au sein des équipes de production, les femmes y étant largement sous-représentées. L’immense majorité des postes clefs du studio est occupée par des hommes, et il n’y a jamais eu une seule femme au poste de game director. Pourtant le studio canadien progresse sur ces sujets sans que ces avancées puissent être transposées à Paris, comme la mise en place du congé menstruel.

Le site web du studio précise pourtant que « Prendre soin les uns des autres est au cœur de tout ce que nous faisons et constitue le thème central de nos valeurs ».

Une direction hors-sol qui n’écoute plus personne

Mépris de la direction envers les travailleur·euses

Bien qu’elle prétende le contraire, la direction n’est pas à l’écoute des travailleur·euses. Elle ignore nos souffrances, répond aux questions qui lui sont posées de manière floue et tente systématiquement de se dédouaner lorsqu’un reproche lui est fait.

En 2023, une enquête en interne montrait qu’à peine 35% des salarié·es étaient en phase avec la direction stratégique. La direction donna pour seule réponse que les salarié·es ne comprenaient pas la stratégie et que cela serait résolu par une énième réorganisation. 

Cet usage constant de la langue de bois ne fait qu’accentuer le manque de transparence vis-à-vis des salarié·es qui ont le sentiment de ne pas être écouté·es, et pris pour des idiot·es.

Par ailleurs, la direction s’offre des cadeaux via des promotions, des primes, des actions ou encore des séminaires luxueux, tandis que, dans le même temps, nos salaires sont ridiculement bas et les contrats de plus en plus précaires.

Sabotage du dialogue social

Le CSE participe également aux remontées de terrain, aussi bien en réunion ordinaire que dans ses avis rendus. Systématiquement, la direction esquive, ou répond à côté avec arrogance, condescendance et infantilisation.

La direction fait comme si le CSE n’existait pas, laissant régulièrement leurs communications et les résultats de leurs informations-consultations pour lettre morte en dépit de l’obligation légale d’y répondre. Leurs autres prérogatives sont régulièrement bafouées ou nécessitent l’argumentation des élues, en particulier dès qu’il s’agit d’informer et consulter sur les sujets impactant les conditions de travail.

Pendant toute la période de l’annonce du projet de PSE en amont de la R1, seul le CSE était capable de répondre avec transparence et sans langue de bois aux salarié·es, alors que la direction pataugeait dans son récit.

Quel avenir pour Don’t Nod ?

Un PSE qui condamne l’entreprise

Le sous-effectif est déjà présent depuis longtemps dans l’entreprise et a même encore été relevé par la dernière enquête QVT. La seule réponse apportée par la direction étant le licenciement de près d’un tiers des salarié·es, cela ne peut être vu que comme une tentative destinée à rassurer les investisseurs.

De plus, cette perte ne se limitera pas à 69 salarié·es car viendra s’ajouter à cela le non-renouvellement des contrats courts en CDD, Freelance et intermittence. Comment espérer pouvoir sortir les projets dans ces conditions sans remettre en question leurs scope ou calendrier ?

Ces licenciements sans aucune autre forme de remise en question de la part de la direction ne font que confirmer sa volonté de continuer sa stratégie actuelle tout en mettant en péril les conditions de travail des salarié·es restants suite à ce PSE. Cela ne peut que déboucher sur d’autres PSE à la suite de ce premier, voire condamner définitivement l’entreprise.

Luttons pour notre Don’t Nod

Don’t Nod est l’une des rares entreprises de jeux vidéo à proposer du télétravail à temps plein, elle a pu proposer par le passé des contrats à durée indéterminée et défend une ligne éditoriale bien plus progressiste que ses concurrents. C’est pour toutes ces raisons que nous souhaitons nous battre afin que les valeurs de l’entreprise puissent un jour être à la hauteur de ses ambitions.

Il est nécessaire que la direction soit à l’écoute des salarié·es, reconnaisse avoir fait des erreurs et prenne enfin ses responsabilités afin de pouvoir apporter des mesures concrètes à tous les points soulevés dans cette lettre ouverte. 

Nous voulons sauver l’entreprise, mais pas au prix de licenciements injustifiés ou de conditions de travail dégradées.