L’année du STJV – 2020

L’année 2020 n’a pas franchement été réjouissante. Entre la pandémie de Covid-19 qui perdure et le durcissement autoritaire et sécuritaire du pouvoir (en France et dans le monde), qui menace les minorités et les organisations qui les défendent (dont les syndicats font partie), 2021 a de quoi préoccuper.

C’est pourquoi il nous paraît important de regarder factuellement ce qui a été accompli cette année, pour pouvoir constater que 2020 n’est pas une année perdue, et trouver dans nos luttes du réconfort et l’énergie de continuer.

Nous allons donc présenter, sans ordre particulier, les actions du STJV durant cette dernière année.

Le STJV en France

Crée principalement à Paris en 2017, le STJV est maintenant implanté partout en France et comptabilise fin 2020 de nombreuses assemblées locales : Île-de-France, Montpellier, Lyon, Annecy, Bordeaux et Lille.

Ces assemblées, qui regroupent localement des travailleurs et travailleuses pour échanger et s’organiser, se sont créées et fonctionnent malgré un contexte très difficile en raison du Covid-19. Nos camarades ont maintenu des liens locaux en s’adaptant, notamment via l’organisation de rencontres par internet.

La présence du STJV s’affirme également de plus en plus en dehors des concentrations habituelles d’entreprises de jeu vidéo, dans les plus petites villes et même en milieu rural. Si vous êtes concerné et que vous hésitiez à nous rejoindre, sachez que nous ne sommes pas parisiano-centré !

Le STJV en entreprise

Depuis que le syndicat a fêté ses 2 ans fin 2019, le STJV a la possibilité de créer des sections syndicales en entreprise.

Après les sections d’Ankama, de Dontnod Entertainment et d’Amplitude Studios qui n’attendaient que la possibilité légale d’exister pour se créer fin 2019, 3 nouvelles sections ont été créées en 2020, toutes dans le groupe Ubisoft :

  • Ubisoft Paris (Montreuil)
  • Ubisoft Montpellier
  • Ubisoft Annecy

Cette présence officielle permet d’être mieux connu des employé·es, de communiquer plus facilement en entreprise, et de pouvoir soutenir plus rapidement et plus efficacement les travailleurs et travailleuses en cas de problème. Elles servent de base à l’organisation des luttes sur place.

Une liste des sections syndicales STJV et leurs informations de contact est disponible sur notre site ici.

Mobilisations sociales

À partir de Décembre 2019 et durant l’année 2020, le STJV s’est officiellement impliqué pour la première fois dans des mouvements sociaux à l’échelle nationale :

  • dans le mouvement contre la réforme des retraites en appelant à la grève dans le jeu vidéo, en informant les travailleurs et travailleuses du secteur, en organisant des cortèges de manifestations dans plusieurs villes de France qui ont réuni plus de 100 personnes à la fois, et en participant aux caisses de grève ;
  • pour la journée de grève et de manifestation du 17 Septembre, afin de lutter contre la politique économique et sanitaire désastreuse du gouvernement, en appelant à la grève et en organisant des cortèges également ;
  • en participant à des réunions et organisations intersyndicales en vue d’organiser des actions nationales.

Le syndicat a également été impliqué, via ses représentant·es, dans des discussions et négociations ayant pour but de développer de la solidarité internationale dans le jeu vidéo, notamment via le processus de restructuration de Game Workers Unite! qui est toujours en cours.

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Journée internationale du droit des femmes et des minorités de genre

Souhaitant développer le combat du syndicat contre le sexisme et les discriminations dans l’industrie du jeu vidéo, qui a eu beaucoup d’écho ces dernières années avec des vagues de témoignages sur le harcèlement, les agressions et de manière générale les conditions de travail terribles subies par les femmes, les personnes LGBT, racisées, handicapées, … des adhérent·es du STJV ont organisé différentes actions autour de la journée du 8 Mars.

D’abord en participant aux manifestations, avec un cortège syndical officiel et en produisant du matériel de manifestation spécifique, notamment une banderole.

Mais aussi en organisant une journée de conférences féministes et LGBT sur l’industrie du jeu vidéo et le medium jeu vidéo, en invitant plusieurs organisations du jeu vidéo et des intervenant·es de toute la France. Ces conférences auraient dû avoir lieu fin Mars n’ont malheureusement pas pu se tenir à cause du confinement pour lutter contre l’épidémie de Covid-19. Ce n’est que partie remise, et quand les conditions sanitaires le permettront l’organisation de cette journée reprendra.

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Présence médiatique et interventions publiques

Pour remplir son rôle, le STJV doit être visible publiquement et porter la parole des travailleurs et travailleuses. A ce titre nous sommes devenu un interlocuteur de premier plan lorsque le jeu vidéo est traité sous le prisme du travail ; sujet de plus en plus présent dans les media, spécialisés ou non, depuis quelques années.

Nos membres ont répondu à un grand nombre de sollicitations pour différents médias (presse, web…), en particulier durant la lutte contre le projet de réforme des retraites, et autour des questions de harcèlement dans l’industrie. Des adhérent·es du STJV ont aussi pu donner des conférences sur la lutte syndicale et les conditions de travail dans le jeu vidéo durant divers événements et streams, pour apporter une voix contradictoire à celle du patronat, souvent seul représenté.

Notre présence dans les entreprises et les CSE, la création des sections et des assemblées locales permet au syndicat d’avoir des représentant·es et interlocuteur·ices disponibles, pertinent·es et au plus près des problèmes, pour porter la voix de salarié·es que l’on n’entendrait pas sinon.

Nous essayons également de proposer des réflexions sur des sujets plus ou moins d’actualité, mais qui relèvent toujours du travail, afin d’apporter une vue et analyse de l’intérieur. La parole des personnes développant les jeux vidéo est quasi systématiquement inaudible, masquée par celles des patron·nes, des directeur·ices créatif·ves, parfois même des joueur·euses, et donc fantasmée. C’est dans cette optique que nous avons publié cette année Naughty Dog, les « leaks », et ce que tout cela dit de notre industrie ou encore Discriminations dans l’industrie du jeu vidéo : problèmes systémiques, solutions collectives.

Enfin, une chaîne Twitch et une chaîne Youtube ont été créée pour le STJV, et un coup d’essai de stream syndical a été lancé pour le 1er Mai confiné. Une partie du replay de ce live est disponible sur notre chaîne Youtube. Il se passera certainement plus de choses de ce côté-là dans le futur, le syndicat souhaitant plus utiliser ces canaux de communication, ainsi qu’augmenter sa représentation auprès des streamers et streameuses, que nous considérons comme des travailleurs et travailleuses du jeu vidéo, puisque faisant partie intégrante de la chaîne de production de valeur des jeux vidéo.

Accueil et suivi juridique

La majeure partie de notre travail syndical reste cependant invisible du grand public, et consiste à répondre aux questions et problèmes des travailleurs et travailleuses. Cela tourne souvent autour de points de droit du travail, convention collective (SYNTEC en particulier), conflit avec l’employeur ; avec cette année de nombreuses questions autour du confinement (et surtout, du déconfinement imposé par les entreprises) et du télétravail.
Il comprend également une part très importante de soutien moral.

Nous tenons à rappeler que le STJV est accessible, dans le respect de l’anonymat des personnes qui nous contactent, à contact@stjv.fr . Nous avons échangé au cours de l’année des centaines de mails dans ce cadre là et traité des dizaines de demandes.

Il arrive malheureusement que la situation d’une personne nécessite d’aller plus loin que le simple conseil. Pour cela, le STJV est en capacité d’accompagner dans des procédures judiciaires et peut également prendre en charge les frais lorsque nécessaire. C’est en grande partie ce à quoi servent les cotisations des adhérent·es. À la date de publication, le STJV gère une dizaine de dossiers à divers stades de gravité.

Sur le plan juridique, nous avons accompagné 2 personnes jusqu’à une saisine des Prud’hommes et le syndicat est également engagé en intervention volontaire dans 16 dossiers auprès des Prud’hommes. Nous avons pris en charge plus de 3000€ de frais d’avocat pour que des personnes en difficulté puissent bénéficier de consultations, conseils et procédures.

Enfin, nous nous félicitons d’avoir pu résoudre 3 situations graves sans avoir besoin de recourir au procès, obtenant immédiatement satisfaction sur toutes les réclamations des victimes.

Du coté des études

Parce que les problèmes récurrents de l’industrie se retrouvent dès les formations en jeu vidéo, en y étant parfois explicitement enseignés, mais aussi parce qu’elles comportent leur lot de problèmes spécifiques, le STJV a beaucoup développé cette année ses activités concernant les étudiant·es, via un commission spécifique créée en 2019.

Des membres du syndicat ont donné des conférences dans un certain nombre d’écoles (ENJMIN, Rubika, Télécom SudParis, Université Paul Valéry …) et nous en prévoyons d’autres dans le futur, certaines d’entre elles étant devenues des interventions annuelles.

Ces présentations sur les bases du droit du travail et la réalité de l’industrie sont l’occasion de donner aux étudiant·es des clefs pour comprendre l’industrie dans laquelle iels souhaitent s’engager et ses problèmes, pour pouvoir identifier ce qui n’est pas normal en entreprise, en stage et à l’école, et pour pouvoir se défendre et faire valoir leurs droits une fois en poste.

C’est également une fierté que nos présentations soient plébiscitées par les étudiant·es, qui reconnaissent presque à chaque fois manquer cruellement d’une vision de l’industrie venant des travailleurs et travailleuses, capable d’en être très critique et contrastant fortement avec celle du management et du patronat, déjà présent dans beaucoup de formations.

Suite à des témoignages préoccupants, nous avions aussi lancé en début d’année un appel à témoignages autour des études et formations, à destination des étudiant·es et enseignant·es. Les réponses, toujours ouvertes, ont été nombreuses et nous avons malheureusement été pris de court entre leur quantité et l’arrivée de l’épidémie de Covid-19 qui a surchargé le syndicat de travail. Le travail sur ces témoignages n’est pas cependant pas abandonné et a pu reprendre dans les derniers mois, nous espérons pouvoir en donner des nouvelles prochainement.

Toujours déterminé·es !

Et voilà, on a fait le bilan (calmement) pour 2020 !

Merci à vous d’avoir lu ce post jusqu’au bout et merci à nos adhérent·es, aux personnes qui fournissent un travail colossal pour le syndicat, à nos soutiens extérieurs, et à toutes celles et ceux qui luttent à travers le monde pour plus de justice et de liberté.

On se revoit en 2021 encore plus fort·es et déterminé·es et, qui-sait, en vous comptant parmi nos camarades ?