Ce jeudi 1er octobre, nous avons eu la désagréable surprise d’apprendre que le délégué syndical de la section STJV de Quantic Dream était mis à pied à titre conservatoire et convoqué à un entretien préalable de licenciement pour une soi-disant « faute grave ». Cela veut dire que l’entreprise suspend son contrat de travail et son salaire, en attendant de décider de le licencier ou non.
Un contexte tendu à Quantic Dream
Alors que le PSE absolument brutal et injustifié est en train d’entrer en application, la section STJV bataille quotidiennement dans la commission de suivi : il faut bien veiller à ce que l’accord majoritaire s’applique correctement et que les travailleureuses bénéficient de leurs droits durement gagnés.
En parallèle, le STJV est retourné à la table des négociations pour les NAO de « partage de la valeur ». Il s’agit de négocier en particulier les critères de répartition d’une enveloppe de 6 millions d’euros sanctuarisée à cet effet, par l’entreprise, en 2022.
Dans le studio au sens large, l’ambiance délétère et anxiogène instaurée par la Direction, son plan et ses communications, perdure. Il faut rappeler qu’elle est l’unique responsable de la situation de l’entreprise et du PSE qu’elle a conçu. Le conflit social qui a eu lieu pour obtenir des conditions de départ dignes, par la grève, n’aurait pas été nécessaire sans sa conduite insultante et méprisante envers les travailleureuses, qui ont fait la richesse du studio et de ses propriétaires.
De l’entrave à la répression
Depuis des mois et tout au long du PSE, nous avons vu la Direction commenter et critiquer sans cesse les actions du STJV, en utilisant ses moyens d’employeur pour communiquer auprès des salarié·es, tout en refusant la réciprocité de ces moyens au STJV. On se rappelle qu’elle a même censuré le CSE dès le début de la procédure.
Ces communications fleuves de la part de David de Gruttola et Guillaume de Fondaumière, qui s’étalent sur des pages et des pages, sont remplies d’approximations, de mensonges et d’accusations visant à décrédibiliser le STJV et ses membres. Elles laissent supposer une fébrilité et un besoin de prendre ses distances avec la réalité pour tenter de garder la tête haute.
Le STJV a exigé que cette pratique d’entrave et discrimination syndicale cesse, en vertu notamment de l’article L.2141-7 du Code du Travail. Cela n’a pas été le cas, et l’employeur a même décidé de passer à la vitesse supérieure.
Le délégué syndical STJV a donc été convoqué ce jeudi 1er octobre à un entretien préalable au licenciement pour une soi-disant « faute grave », et mis à pied à titre conservatoire.
Pour être plus précis, la Direction reproche tout d’abord la diffusion et les modalités de restitution d’un verbatim d’une réunion de négociation. La mise à pied concernerait également les différentes communications de la section STJV.
Voici la justification de la Direction :
« Ces faits interviennent par ailleurs dans un contexte plus général dans lequel plusieurs collaborateurs nous ont alertés sur le caractère agressif, intimidant et anxiogène de vos communications ainsi que sur leurs conséquences sur leurs conditions de travail et leur état de santé.
Compte tenu de la nature et de la gravité de votre comportement, de sa répétition et, surtout, de ses conséquences déjà constatées sur la santé et la sécurité de plusieurs collaborateurs, votre maintien dans l’entreprise pendant la durée de la procédure n’est pas possible. »
De notre côté, nous considérons que la transparence avec nos collègues, l’exposition des méthodes de la Direction et les communications dénonçant sa violence font partie de nos outils et de nos devoirs syndicaux. Absolument rien ici n’est illégal ou même reprochable à un syndicat ou à son délégué. Au contraire, c’est Quantic Dream qui rentrerait dans l’illégalité, selon l’article L.2141-5 du Code du Travail :
« Il est interdit à l’employeur de prendre en considération l’appartenance à un syndicat ou l’exercice d’une activité syndicale pour arrêter ses décisions en matière notamment de recrutement, de conduite et de répartition du travail, de formation professionnelle, d’avancement, de rémunération et d’octroi d’avantages sociaux, de mesures de discipline et de rupture du contrat de travail. ».
Messieurs de Gruttola et de Fondaumière ont visiblement besoin de réviser les principes de liberté d’appartenance et d’action syndicales en France.
Au regard de leurs actions des derniers mois et du contenu explicite de cette lettre, nous considérons qu’il s’agit de répression syndicale caractérisée. Le scandale est double : la Direction ne daigne pas écouter ses employé·es légitimement en colère et se permet même de harceler et violenter leurs représentant·es élu·es. Au-delà de la colère et de la tristesse que nous ressentons pour notre camarade, nous sommes également atterré·es par le non-sens et la brutalité de cette démarche : la Direction se croit toute puissante et ne peut souffrir aucun reproche.
Appel à la grève pour le 8 octobre
Le STJV lance un appel à la grève national le jeudi 8 octobre, jour de l’entretien préalable au licenciement du délégué syndical STJV à Quantic Dream, pour de meilleures conditions de travail comme la réduction du temps de travail, pour la distribution de l’enveloppe des 6 millions d’euros, contre la répression syndicale, pour que les travailleureuses aient voix au chapitre.
Nous vous invitons à nous rejoindre devant Quantic Dream (30 rue Raoul Wallenberg, 75019 Paris) à 10h.
Nous n’acceptons pas que le patronat piétine des dispositions d’ordre public du Code du Travail. Cette attaque visant notre délégué syndical est un coup porté à toustes les travailleureuses de l’industrie. Nous défendons un camarade mais également la profession dans son ensemble face à un patronat violent et radicalisé.
Nous rappelons que cet appel couvre le champ d’action du STJV dans le secteur privé, et concerne donc toute personne employée par une société d’édition, distribution, services et/ou création pour le jeu vidéo quel que soit son poste ou son statut et quel que soit le domaine d’activité de sa société (jeux, consoles, mobile, serious games, VR/AR, moteurs de jeu, services marketing, streaming, produits dérivés, esport, création de contenu en ligne, etc.), ainsi que tous·tes les enseignants·es travaillant dans des écoles privées dans des cursus en lien avec le jeu vidéo. Puisqu’il s’agit d’un appel national à la grève, aucune démarche n’est nécessaire pour se mettre en grève : il suffit de ne pas venir travailler.
