Ce jeudi 1er octobre, nous avons eu la désagréable surprise d’apprendre que le délégué syndical de la section STJV de Quantic Dream était mis à pied à titre conservatoire et convoqué à un entretien préalable de licenciement pour une soi-disant « faute grave ». Cela veut dire que l’entreprise suspend son contrat de travail et son salaire, en attendant de décider de le licencier ou non.
Un contexte tendu à Quantic Dream
Alors que le PSE absolument brutal et injustifié est en train d’entrer en application, la section STJV bataille quotidiennement dans la commission de suivi : il faut bien veiller à ce que l’accord majoritaire s’applique correctement et que les travailleureuses bénéficient de leurs droits durement gagnés.
En parallèle, le STJV est retourné à la table des négociations pour les NAO de « partage de la valeur ». Il s’agit de négocier en particulier les critères de répartition d’une enveloppe de 6 millions d’euros sanctuarisée à cet effet, par l’entreprise, en 2022.
Dans le studio au sens large, l’ambiance délétère et anxiogène instaurée par la Direction, son plan et ses communications, perdure. Il faut rappeler qu’elle est l’unique responsable de la situation de l’entreprise et du PSE qu’elle a conçu. Le conflit social qui a eu lieu pour obtenir des conditions de départ dignes, par la grève, n’aurait pas été nécessaire sans sa conduite insultante et méprisante envers les travailleureuses, qui ont fait la richesse du studio et de ses propriétaires.
De l’entrave à la répression
Depuis des mois et tout au long du PSE, nous avons vu la Direction commenter et critiquer sans cesse les actions du STJV, en utilisant ses moyens d’employeur pour communiquer auprès des salarié·es, tout en refusant la réciprocité de ces moyens au STJV. On se rappelle qu’elle a même censuré le CSE dès le début de la procédure.
Ces communications fleuves de la part de David de Gruttola et Guillaume de Fondaumière, qui s’étalent sur des pages et des pages, sont remplies d’approximations, de mensonges et d’accusations visant à décrédibiliser le STJV et ses membres. Elles laissent supposer une fébrilité et un besoin de prendre ses distances avec la réalité pour tenter de garder la tête haute.
Le STJV a exigé que cette pratique d’entrave et discrimination syndicale cesse, en vertu notamment de l’article L.2141-7 du Code du Travail. Cela n’a pas été le cas, et l’employeur a même décidé de passer à la vitesse supérieure.
Le délégué syndical STJV a donc été convoqué ce jeudi 1er octobre à un entretien préalable au licenciement pour une soi-disant « faute grave », et mis à pied à titre conservatoire.
Pour être plus précis, la Direction reproche tout d’abord la diffusion et les modalités de restitution d’un verbatim d’une réunion de négociation. La mise à pied concernerait également les différentes communications de la section STJV.
Voici la justification de la Direction :
« Ces faits interviennent par ailleurs dans un contexte plus général dans lequel plusieurs collaborateurs nous ont alertés sur le caractère agressif, intimidant et anxiogène de vos communications ainsi que sur leurs conséquences sur leurs conditions de travail et leur état de santé.
Compte tenu de la nature et de la gravité de votre comportement, de sa répétition et, surtout, de ses conséquences déjà constatées sur la santé et la sécurité de plusieurs collaborateurs, votre maintien dans l’entreprise pendant la durée de la procédure n’est pas possible. »
De notre côté, nous considérons que la transparence avec nos collègues, l’exposition des méthodes de la Direction et les communications dénonçant sa violence font partie de nos outils et de nos devoirs syndicaux. Absolument rien ici n’est illégal ou même reprochable à un syndicat ou à son délégué. Au contraire, c’est Quantic Dream qui rentrerait dans l’illégalité, selon l’article L.2141-5 du Code du Travail :
« Il est interdit à l’employeur de prendre en considération l’appartenance à un syndicat ou l’exercice d’une activité syndicale pour arrêter ses décisions en matière notamment de recrutement, de conduite et de répartition du travail, de formation professionnelle, d’avancement, de rémunération et d’octroi d’avantages sociaux, de mesures de discipline et de rupture du contrat de travail. ».
Messieurs de Gruttola et de Fondaumière ont visiblement besoin de réviser les principes de liberté d’appartenance et d’action syndicales en France.
Au regard de leurs actions des derniers mois et du contenu explicite de cette lettre, nous considérons qu’il s’agit de répression syndicale caractérisée. Le scandale est double : la Direction ne daigne pas écouter ses employé·es légitimement en colère et se permet même de harceler et violenter leurs représentant·es élu·es. Au-delà de la colère et de la tristesse que nous ressentons pour notre camarade, nous sommes également atterré·es par le non-sens et la brutalité de cette démarche : la Direction se croit toute puissante et ne peut souffrir aucun reproche.
Appel à la grève pour le 8 octobre
Le STJV lance un appel à la grève national le jeudi 8 octobre, jour de l’entretien préalable au licenciement du délégué syndical STJV à Quantic Dream, pour de meilleures conditions de travail comme la réduction du temps de travail, pour la distribution de l’enveloppe des 6 millions d’euros, contre la répression syndicale, pour que les travailleureuses aient voix au chapitre.
Nous vous invitons à nous rejoindre devant Quantic Dream (30 rue Raoul Wallenberg, 75019 Paris) à 10h.
Nous n’acceptons pas que le patronat piétine des dispositions d’ordre public du Code du Travail. Cette attaque visant notre délégué syndical est un coup porté à toustes les travailleureuses de l’industrie. Nous défendons un camarade mais également la profession dans son ensemble face à un patronat violent et radicalisé.
Nous rappelons que cet appel couvre le champ d’action du STJV dans le secteur privé, et concerne donc toute personne employée par une société d’édition, distribution, services et/ou création pour le jeu vidéo quel que soit son poste ou son statut et quel que soit le domaine d’activité de sa société (jeux, consoles, mobile, serious games, VR/AR, moteurs de jeu, services marketing, streaming, produits dérivés, esport, création de contenu en ligne, etc.), ainsi que tous·tes les enseignants·es travaillant dans des écoles privées dans des cursus en lien avec le jeu vidéo. Puisqu’il s’agit d’un appel national à la grève, aucune démarche n’est nécessaire pour se mettre en grève : il suffit de ne pas venir travailler.
Une enveloppe de 6 millions accaparée par la Direction
Le 27 août dernier, nous avons signé à Quantic Dream, après d’âpres négociations, un accord pour le PSE (plan de sauvegarde de l’emploi). C’est dans ce contexte tendu, avec un dialogue social particulièrement difficile, que nous continuons les différentes NAO (négociations annuelles obligatoires), qui ont été fortement perturbées, voire mises en pause par le PSE. Parmi les négociations, il y a celle sur le « partage de la valeur ».
Durant cette négociation, l’objet qui nous préoccupe particulièrement est une enveloppe sanctuarisée de 6 millions d’euros à destination des employé·es de Quantic Dream, à Paris et Montréal. C’est une somme qui a été mise de côté suite au rachat de NetEase en 2022 et qui a été immobilisée pour permettre aux personnes rejoignant l’entreprise a posteriori d’avoir également un bonus lié à ce rachat (les personnes étant en poste à ce moment-là ayant reçu des actions dans ce cadre).
Le 5 août, en plein pendant le PSE, nous avons eu une NAO « partage de la valeur ». Lors de celle-ci, nous avions énoncé (conjointement avec Force Ouvrière, l’autre syndicat présent au sein de l’entreprise) notre souhait que cette enveloppe soit distribuée cette année, avant que les licenciements ne soient effectifs. Cela fait parfaitement sens : des employé·es au sein de tous les projets de l’entreprise vont être licencié·es très prochainement. Cette enveloppe avait même été présentée comme un bonus à venir lors d’entretiens d’embauche !
Au cours de cette négociation, la Direction a indiqué être d’accord avec nos revendications. Elle nous a informé qu’elle allait se renseigner sur les mécanismes banquiers permettant de mobiliser la somme et nous faire des propositions très prochainement.
Guillaume de Fondaumière, rends l’argent !
Le 10 septembre, un mois après la dernière réunion et deux semaines après la signature de l’accord pour le PSE, nous avons eu une nouvelle réunion. Lors de celle-ci, la Direction change de ton : elle commence à nous expliquer que le PSE est derrière nous, et qu’il faut tourner la page. Les collègues même pas encore licencié·es et les équipes inquiètes de leur avenir apprécieront.
La Direction, toute rayonnante, prétend que le contenu de la précédente réunion n’était que des discussions sans engagement, et qu’elle n’avait pas à ce moment-là le mandat pour discuter de ce sujet. Une seule manière de résumer le mépris dont elle fait preuve : du pur foutage de gueule !
Elle nous explique ensuite être entièrement fermée à utiliser cette somme en 2026, avant les licenciements. Elle considère que les personnes licenciées sont déjà très grassement indemnisé·es, et qu’il faut motiver les employé·es restant·es à travailler sur Star Wars Eclipse. Comme si conserver son emploi n’était pas une motivation suffisante dans une industrie massacrée par les errances des dirigeants de nos studios.
Sa volonté est désormais de distribuer cette somme à l’issue de la sortie de Star Wars Eclipse, en cas de bénéfices conséquents sur le projet, pour les personnes encore dans l’entreprise. Que se passe-t-il si le projet ne marche pas ? Si l’entreprise ferme faute de soutien de NetEase ? S’il y a un nouveau PSE ? Nous considérons que c’est maintenant que l’entreprise doit motiver ses troupes, et non pas essayer de tendre une carotte hypothétique, qui laisserait déjà sur le carreau de nombreuses personnes.
Nous connaissons la chanson car elle est jouée par toustes les dirigeant·es d’entreprise : un objectif volontairement inatteignable pour ne jamais redistribuer l’argent aux travailleureuses.
Face au refus catégorique de la Direction de discuter du sujet, nous avons claqué la porte de la négociation. Elle refuse systématiquement de négocier les sujets qui ne l’intéressent pas, et il est temps que cela cesse.
À titre d’exemple, pour la NAO « temps de travail » (suspendue à cause du PSE) nous avions deux revendications principales : la baisse du temps de travail (nous sommes la seule entreprise française du jeu vidéo à travailler 40 heures par semaine par défaut) et la pérennisation du télétravail via un accord. Elle n’a jamais souhaité aborder ces sujets. À Quantic Dream, on appelle cela « le dialogue social apaisé ».
Le double visage de la violence
Comble du hasard, 6 millions d’euros, cela représente l’argent qu’a personnellement touché Guillaume de Fondaumière lors de la revente du studio. Bien que nous comprenons qu’il soit frustré que son acolyte David « Cage » de Gruttola s’en soit mieux sorti que lui, en ayant engrangé treize fois plus (!) d’argent, s’étant mis la coquette somme de 80 millions d’euros dans sa poche, ce n’est pas une raison de ne pas distribuer l’argent aux travailleureuses. Après, on nous explique que les licenciements étaient inévitables faute d’argent… C’est au total plus de 100 millions d’euros qui ont été distribués en 2022, et on nous explique que les derniers 6 millions devront attendre encore des années. C’est proprement inacceptable.
Le lendemain, dans une réunion destinée à remotiver les troupes, Guillaume de Fondaumière s’est permis de critiquer de manière à peine voilée nos communications syndicales, les considérant comme violentes. La bourgeoisie patronale trouvera toujours cela normal de mettre à la porte nos collègues, et violent qu’on ose s’y opposer. La vraie violence, ce n’est pas quelques employé·es énervé·es par l’impétuosité de la Direction qui ont l’outrecuidance de réagir avec un emoji de clown. C’est précisément les communications violentes de la Direction où elle attribue l’échec de Spellcasters aux équipes, bien ingrates de ne pas remercier nos chers patrons de leur avoir donné du travail (avant de les licencier froidement).
Il appelle de ses vœux à ce que chacun·e puisse travailler sereinement au sein du studio. Petit conseil : distribuer l’argent qui est dû aux travailleureuses, arrêter de les insulter régulièrement dans les communications de l’entreprise, ce serait déjà un premier pas pour que cela soit le cas. Sans compter la question des licenciements : qui peut sereinement travailler dans une entreprise quand on risque à tout moment de se faire licencier ?
Nous n’avons qu’une seule chose à dire à Guillaume de Fondaumière : le respect s’acquiert, il ne se décrète pas. Tant que le cirque patronal ne cessera pas, les travailleureuses seront en colère. Que nous soyons là ou pas, tant que vous continuerez vos actions iniques, iels seront légitimement révolté·es. D’autant plus avec des doubles discours sur NetEase, notre unique actionnaire : pendant le PSE ils sont à deux doigts de fermer le studio, deux semaines plus tard ils nous soutiennent sans réserve. Comment pouvons-nous croire la Direction de Quantic Dream quand elle se contredit de la sorte ?
À Quantic Dream, le crunch fait partie de la culture d’entreprise. Chaque fin de production a été particulièrement difficile, et toustes les travailleureuses du studios redoutent la période à venir. C’est tout logiquement qu’iels se sentent lesé·es par une Direction inconséquente et violente. Il est temps que cela cesse.
La Direction doit payer pour son ignominie
Pour toutes ces raisons, et pour nous faire entendre auprès de cette Direction qui n’en manque pas une, nous appelons à la grève reconductible à partir du mardi 15 septembre.
Nos revendications sont les suivantes :
que la Direction verse enfin aux employé·es concerné·es l’enveloppe de 6 millions d’euros, avant les licenciements liés au PSE ;
que la Direction diminue notre temps de travail sans baisse de salaire ;
que la Direction cesse sa communication méprisante envers les employé·es ;
que la Direction arrête sa discrimination syndicale permanente et sa diffamation systémique, sans quoi nous prendrons toutes les mesures légales nécessaires.
Notre caisse de grève est toujours ouverte pour soutenir la présente mobilisation et les futures à venir. Elle pourra permettre de redistribuer de l’argent aux grévistes pour limiter au maximum l’impact financier. Nous vous encourageons à la diffuser le plus largement possible.
Nous avions prévenu que nous ne nous laisserions pas faire : dont acte. Nous nous battrons aussi longtemps que nécessaire contre Guillaume de Fondaumière, David « Cage » de Gruttola et toute cette clique qui nous méprise tant.
Depuis le 20 mai 2026, la section syndicale Quantic Dream est sur le pied de guerre pour défendre du mieux possible les salarié·es de l’entreprise face à un abject plan de licenciement, visant un quart des salarié·es.
Après un simulacre de négociations, des pressions de toute part et des tentatives de coercition, nous avons tenu bon et avons été en mesure de signer un accord le jeudi 27 août 2026. Nous ne pouvons ni nous en réjouir, ni appeler cela une victoire. Toutefois, par rapport au plan initial de la Direction, qui était tout simplement insultant et inique, nous avons fait d’énormes progrès, grâce à une mobilisation sans faille de nos camarades et collègues.
Nous allons revenir en détail sur l’historique de cette période sociale mouvementée, mais d’abord observons les mesures obtenues par rapport à celles qui étaient initialement proposées.
Synthèse des mesures obtenues
Mesure
Proposition initiale
Après négociation
Prime supra-légale (départ contraint)
5 000 €
35 000 €
Prime supra-légale (départ volontaire)
10 000 €
35 000 €
Recherche d’emploi
1 000 €
5 000 € en France métropolitaine 7 000 € dans les DROM-COM et à l’étranger
Déménagement
1 500€
5 000 € en France métropolitaine 10 000 € dans les DROM-COM et à l’étranger
Création ou reprise d’entreprise
10 000€
10 000€ 15 000€ par salarié·e, pour une structure montée par plusieurs salarié·es licencié·es
Formation dans le cadre d’un projet d’entreprise
1 500€
5 000€
Nous avons obtenu de nombreuses mesures en plus de celles qui étaient proposées initialement :
Budget de formation dans le cadre d’une recherche d’emploi, une obligation légale qui ne figurait même pas dans le plan initial :
3 000€ pour une VAE (validation des acquis de l’expérience),
8 000€ pour une formation d’adaptation,
12 000€ pour une formation de reconversion ;
Mutualisation de tous les budgets des mesures d’accompagnement (possibilité de dépasser le maximum s’il y encore du budget) ;
Remboursement des prêts étudiants des salarié·es de moins de 36 ans, à hauteur de 5 000€ ;
Dans le cadre d’un PSE, les salarié·es licencié·es ont la possibilité de bénéficier d’un régime spécial nommé CSP (contrat de sécurisation professionnelle). Dans le cas où la personne a au moins un an d’ancienneté, elle peut bénéficier de l’ASP (allocation de sécurisation professionnelle), correspondant à 75% de son salaire brut. À moins d’un an d’ancienneté, c’est l’ARE (allocation de retour à l’emploi) qui est versée, correspondant à 57% du salaire brut. Nous avons obtenu que la Direction paie la différence pour toustes les salarié·es concerné·es ;
Reversement du reliquat des mesures d’accompagnement aux employé·es à l’issue des 12 mois du CSP ;
Des mesures renforcées pour les salarié·es fragiles (+30% sur les budgets de formation), avec une définition de salarié·es fragiles que nous avons réussi à grandement élargir ;
25 départs volontaires de substitution (mécanisme qui permet de prendre un départ volontaire dans une catégorie non impactée si une personne dans une catégorie impactée peut prendre le poste) ;
20 départs volontaires de solidarité (mécanisme qui permet de prendre un départ volontaire dans une catégorie non impactée pour sauver une personne qui aurait été impactée par le plan) ;
Remboursement de tous les jours de grève ;
Intégration des personnes licencié·es dans les crédits du jeu ;
Paiement des actions qui étaient dépendantes de la présence des employé·es dans l’entreprise à fin décembre.
Limites de l’accord
Il nous faut toutefois signaler que, bien que nous ayons signé, nous avons de vifs désaccords sur certains points.
Nous sommes notamment convaincu·es que ce plan n’améliorera pas la situation de l’entreprise car la Direction, de ses propres aveux, est incapable de prévoir quoi que ce soit. Nous avons passé trois mois à demander l’organisation cible suite à la réorganisation engendrée par ce PSE, chose qu’elle a été incapable de fournir.
« Le staff plan change quasiment tous les jours », nous dit-elle. Nous ne sommes pas étonné·es du développement particulièrement compliqué que subit Star Wars Eclipse quand Guillaume de Fondaumière est incapable d’organiser son entreprise et quand David « Cage » de Gruttola change d’avis chaque matin en tant que Directeur Créatif.
Le rapport d’expert ne dit pas autre chose : il y est montré que, à chaque niveau de l’entreprise, une culture de « l’itération » poussée à l’extrême cause des risques psycho-sociaux à l’immense majorité des employé·es. Une culture qui « fait partie de l’ADN du studio » selon ses dirigeants. Le crunch et le burn-out aussi, apparemment. Plutôt que de regarder la vérité en face, la direction cherche à tout prix à ne pas payer le cabinet d’expertise, et lui demande des informations personnelles très précises sur chacun·e de ses salarié·es, contestant le métier qu’iels exercent.
Par ailleurs, certains documents n’ont jamais été fournis ni au CSE, ni aux organisations syndicales, ni à la DRIEETS (Direction régionale interdépartementale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités) qui les demandait. La direction a-t-elle des choses à cacher sur son incompétence organisationnelle ?
Faute d’une quelconque vision pour le futur de l’entreprise, faute de documents prouvant une quelconque soutenabilité, le CSE a rendu un avis défavorable. En tant que section syndicale, nous soutenons cette analyse : les développements chaotiques de Spellcasters Chronicles et de Star Wars Eclipse ne vont pas magiquement s’améliorer, au contraire. Cela fait déjà plus de trois mois que les équipes de Spellcasters n’ont aucun travail, l’employeur faillissant explicitement à ses obligations. Entre cela et le risque de licenciement qui plane sur les équipes de Star Wars, il nous apparaît bien difficile d’atteindre des conditions de travail ne serait-ce qu’acceptables au sein de l’entreprise. Voir ses collègues se faire licencier, des équipes décimées qui ne pourront plus répondre aux besoins d’autres équipes, cela va créer de lourdes tensions inévitables, que nous déplorons d’avance.
Au milieu de tout cela, la Direction réfute tout risques psycho-sociaux, considérant le rapport d’expert comme biaisé en faveur des employé·es. Pire encore, la Direction reproche aux experts de ne pas faire le travail qu’elle aurait dû elle-même faire, notamment sur le report de charges (du travail des personnes licencié·es vers les personnes qui restent). Encore une preuve qu’elle navigue à l’aveugle. Pas étonnant, vu que David « Cage » de Gruttola se compare à Christophe Colomb en réunion d’équipe…
Et quand elle fournit des documents, il faut voir leur qualité : on a notamment eu un benchmark censé prouver qu’Eclipse se vendrait suffisamment pour rembourser la dette colossale auprès de NetEase. Dans celui-ci figure uniquement une dizaine de jeux à succès sans cohérence, qui se sont bien vendus, avec quelques mots pour expliquer le rapport avec Star Wars Eclipse. Ce document omet même magiquement les jeux Star Wars qui ne se sont pas bien vendus. Et nous sommes censés leur faire confiance…
Un autre élément qui nous pose un problème majeur est la définition des catégories professionnelles. Elles ont été établies à la base de manière illicite en ciblant explicitement les équipes de feu Spellcasters Chronicles. Si elles ont été remaniées, les livres présentaient en toute illégalité les postes impactés jusqu’à une semaine avant la signature… Malheureusement, nous n’avons pas réussi à les faire correspondre à la définition jurisprudentielle. Notre objectif étant de limiter les départs contraints, notre stratégie a été d’ouvrir au maximum les départs volontaires.
Nous avons donc aujourd’hui sur 95 suppressions de postes, soit 91 licenciements et 4 postes vacants, avec :
24 postes en reclassement ;
91 départs volontaires potentiels pour les postes impactés (nombre qui sera évidemment bien inférieur) ;
25 départs de substitution ;
20 départs de solidarité.
Nous espérons qu’avec les départs volontaires et les reclassements, le nombre de départs contraints sera réduit au maximum. Nous avons sondé les salarié·es et avons connaissance d’un nombre conséquent de personnes en souffrance au sein de l’entreprise qui souhaitent la quitter : c’est également ce qui nous a poussé sur cette voie.
Il faut également noter que malgré les affirmations de la Direction, il n’y a eu aucune baisse du nombre de postes supprimés.
Pourquoi avoir signé dans ce cas ? C’est une question légitime. Tout d’abord parce que le risque d’un passage en force de la Direction aurait été au détriment des salarié·es. Elle nous l’a répété en négociation de nombreuses fois : elle ne se plierait qu’aux volontés minimales de la DRIEETS, pénalisant doublement les salarié·es impacté·es par les licenciements. L’exemple le plus flagrant : elle aurait réduit de 20 000€ l’indemnité supra-légale pour la ramener à 15 000€.
L’autre raison, c’est la coercition et la déloyauté permanente de ces négociations. Éléments que nous détaillons dans l’historique ci-après.
Historique d’un PSE d’une terrible brutalité
Le 20 mai 2026, la Direction a annoncé sans préavis l’établissement d’un « plan de sauvegarde de l’emploi », un plan de licenciement économique visant un quart des travailleureuses de l’entreprise en France, et une vingtaine de nos collègues à Montréal.
Alors que, en tant que syndicat majoritaire dans l’entreprise, nous essayions simplement d’avoir une négociation normale (c’est-à-dire proposer des mesures, et en attendre des contre-propositions, plutôt que se faire entendre dire « non » en permanence), la Direction a traité notre méthode de perverses, et même de fasciste… Venant d’une entreprise qui voulait censurer un affichage contre l’extrême-droite dans notre panneau syndical, c’est cocasse. C’est en tout cas un bon exemple du ton féroce employé par la Direction durant ces trois mois.
Une communication d’entreprise sous forme de harcèlement généralisé
Nous n’avons pas été les seuls insulté·es par la Direction. Nos collègues en ont aussi directement fait les frais. Plutôt que d’avoir une communication ouverte et compatissante face à la situation difficile que représente la perte de son emploi dans un secteur qui ne recrute plus, Guillaume de Fondaumière et David « Cage » de Gruttola ont préféré assénerles salarié‧esde mails infâmes. Florilège :
Guillaume de Fondaumière a accusé le CSE de provoquer des risques psycho-sociaux car les représentant·es du personnel ont informé les salarié‧es sur la première proposition de la Direction, pour ne pas les laisser dans le noir. Il est même allé jusqu’à menacer les représentant·es du personnel de poursuites judiciaires devant l’ensemble des salarié·es ! Menaces réitérées jusqu’au harcèlement par un second mail de Guillaume de Fondaumière et un autre de David « Cage » de Gruttola extrêmement hostile envers les membres du CSE.
Dans ce même mail, la Direction indiquait accepter les candidatures aux postes de reclassement, mettant la charrue avant les bœufs pour essayer de couper l’herbe sous le pied au CSE et aux organisations syndicales, et créant au passage de l’incertitude, de l’incompréhension et du stress dans les équipes, qui ne savaient même pas si elles étaient concernées ou non à ce stade.
Seulement 9 jours après l’annonce du plan de licenciements, David « Cage » de Gruttola a envoyé un long mail à l’ensemble des salarié·es pour s’offusquer de leur « ingratitude », et se défausser entièrement de toute responsabilité. Son ego n’a pas supporté d’avoir été visé par la colère des employé·es qui imputent, à juste titre, l’échec de Spellcasters à la Direction Créative qu’il dirige. Plus tard, nous apprendrons même que la Direction considère que l’échec des Spellcasters a pour principale cause les soi-disant retards des équipes… à qui la faute, lorsqu’on est dirigé·es par des girouettes incapables de se décider ? Dans ce mail il expliquait qu’Eclipse est un jeu « exceptionnel », et que les futur‧es licencié‧es devraient être reconnaissant d’avoir eu l’opportunité d’obtenir un emploi au sein de Quantic Dream. Un niveau de mépris à vomir, alors que le choc de l’annonce du PSE était encore frais.
Suite à cela, David « Cage » de Gruttola, apparemment peu occupé par les productions en cours et la gestion de l’entreprise, s’est amusé à envoyer régulièrement des messages aux équipes d’Eclipse pour affirmer dans le vent que tout va bien, alors que la défiance augmentait considérablement au sein de l’entreprise. Il n’a jamais eu un mot pour les personnes visées par le licenciement et les équipes de Spellcasters dont il se fiche éperdument.
Guillaume de Fondaumière a enchaîné les mails en hallucinant des accords imaginaires que le STJV aurait soi-disant signé chez Spiders, en comparant Quantic Dream à Don’t Nod pour justifier de proposer un accord en deçà de celui d’une entreprise qui était en très grande difficulté, en critiquant le coût du cabinet d’expert mandaté par le CSE (pourtant bien inférieur à la rémunération d’un patron d’entreprise de la taille de Quantic Dream), en mentant sur les documents transmis (certains ne seront au final jamais transmis, alors même que la DRIEETS les demandait)… Il s’est permis d’aller jusqu’à commenter notre action syndicale, ce qui constitue une entrave illégale manifeste, critiquer les articles de presse, la grève et les grévistes… Toujours sans aucune once de compassion pour les personnes qu’il licencie froidement.
Au bout de deux mois de procédure, Guillaume de Fondaumière a enfin fait mine de vouloir répondre aux questions des employé·es. Pour cela, il leur a laissé à peine trois jours, en pleine période de vacances, pour envoyer des questions à la Direction… avant de largement réécrire ces questions sans consulter les salarié‧es les ayant envoyées. Les réponses sont un gloubi-boulga flou, produit à la va vite, qui mélange des éléments légaux à la pertinence douteuse avec des critiques à peine dissimulées des syndicats. La Direction y passe plus de temps à essayer de racheter son image qu’à répondre aux inquiétudes concrètes des travailleureuses. Ce sera la seule et unique fois que les salarié·es recevront des « réponses » de la part de la Direction.
Des avancées jusqu’à la dernière minute, grâce à la mobilisation des travailleureuses
Après plusieurs réunions improductives, durant lesquelles nous avons dû improviser des cours de droit du travail à une Direction bien ignorante sur le sujet, nous avons organisé une journée de grève nationale le 25 juin 2026. Cette mobilisation, et la couverture médiatique qui a suivi, ont forcé la Direction à arrêter de camper sur ses positions : dans la foulée, elle a envoyé une longue communication aux salarié·es pour expliquer qu’elle était en position de force… tout en commençant à s’ouvrir à nos revendications. Et ce timing n’est pas qu’une coïncidence : chaque mobilisation d’importance a fait avancer nos revendications, notamment à la fin de la procédure où la grève reconductible d’une semaine a drastiquement fait avancer nos demandes.
Il nous faut adresser un vif remerciement à nos collègues qui, malgré la chaleur harassante, la fatigue et la période de vacances, nous ont suivi tous les jeudis après-midis pour des débrayages pendant près de trois mois. La mobilisation a été constante avec une centaine de personnes tous projets confondus, soit un quart de l’entreprise en mobilisation permanente, sur place ou à distance. C’est cette force collective qui nous a permis de tenir sur la durée et d’en arriver là.
Nous regrettons cependant que le STJV ait été seul, tout au long de la procédure, à organiser la mobilisation sociale qui a permis d’obtenir des avancées pour les salarié‧es qui seront licencié‧es. La section syndicale et les élu·es CSE de FO ont explicitement refusé de se joindre à la grève, et ont fait des communication démotivantes auprès des salarié‧es.
Il faut aussi prendre en compte que, même si le STJV est le syndicat majoritaire de l’entreprise, nous avons perdu un nombre conséquent d’élu·es durant la mandature en cours. Nous ne sommes donc pas aligné·es avec la majorité des élu·es du CSE en place, ce qui a limité notre marge de manœuvre sur des questions comme les catégories professionnelles. D’autant plus que le CSE, rappelons-le, a été menacé et muselé par la Direction dès le début de procédure.
Nous avons pu avancer considérablement sur la fin, et nous nous attendions même à enfin avoir des négociations apaisées, mais il n’en fut rien. Comme une cerise sur le gâteau, la dernière réunion de négociation n’en était pas une. Plutôt que de prévoir un créneau en bonne et due forme, la Direction nous a invité à une « relecture finale » d’une petite heure, nous incitant très fortement à signer un accord en l’état, alors que nous avions encore de nombreuses revendications. Nous avons tenu bon, et avons réussi à faire évoluer considérablement l’accord, malgré lespressionsde toute part.
Pour que vous vous rendiez bien compte :
Dimanche, la section syndicale FO poste un message sur le réseau de l’entreprise pour informer les salarié‧es qu’elle considère l’accord parfaitement acceptable en l’état ;
Lundi, Guillaume de Fondaumière envoie un mail à l’ensemble des employé·es reprenant pour la première fois, après des mois de procédure, l’état actuel des négociations et explicitant ouvertement que les mesures les plus favorables seraient supprimées si nous ne signions pas ;
Mardi matin, lors de notre prise de parole initiant notre grève pour la dernière journée de négociation (ou de « relecture »…), des membres du CSE informent les salarié·es présent·es que NetEase menace de fermer Quantic Dream si nous ne signons pas d’accord ;
La Direction réitère cette menace une heure plus tard lors de la réunion, en nous faisant lecture d’un mail de NetEase qui est très explicite à ce sujet.
Nous avons considéré que, si cette menace est effectivement réelle et non pas une stratégie de négociation, il était du devoir de la Direction de céder à nos revendications pour permettre la signature d’un accord. Nous avons eu raison, puisque nous avons ainsi pu obtenir des avancées significatives, notamment sur les départs volontaires.
Conclusion et perspectives
De nombreuses directions ont eu l’idée lumineuse de vendre leur studio à des groupes qui les méprisent pour s’acheter un nouveau manoir et quelques voitures de luxe, à défaut d’une dignité. Avec des effets exceptionnels : fermetures de studios (Spiders, Big Bad Wolf, Midgar Studio…), destruction de centaines d’emplois (Kylotonn, Quantic Dream…), et maintenant menaces directes sur l’existence de Quantic Dream. Le tout avec les budgets de productions qui explosent, les conditions de travail qui se dégradent et la qualité des jeux produits en baisse. Il n’est juste pas envisageable d’avoir un emploi dans de bonnes conditions… Alors que les employeureuses se tordent le cerveau pour essayer d’expliquer que notre action syndicale détruit les emplois, nous réaffirmons que ce sont bien leurincompétence et leurs choixqui mènent nos entreprises droit dans le mur.
À Quantic Dream, nous avons refusé de plier du début à la fin de la procédure. Quand la Direction nous expliquait être contrainte financièrement par NetEase, son unique actionnaire qui a fait un bénéfice net de plus de 5 MILLIARDS de dollars en 2025, nous avons expliqué que nous ne signerions jamais un accord qui ne prenait pas cela en compte, et l’avons forcé à négocier régulièrement cette enveloppe à la hausse.
La mobilisation constante à travers l’entreprise a été déterminante, preuve de l’importance du mouvement social et de l’action syndicale. Nous avons dû faire le travail de la Direction en informant régulièrement nos collègues sur l’évolution de la procédure, sur l’état des négociations, sur les conditions de départ, sur les procédures légales… Pendant que la Direction essayait activement de maintenir les salarié‧es dans l’ignorance et l’angoisse.
Même si nous ne pouvons pas considérer qu’un accord sur des licenciements soit une victoire, nous avons l’ambition que les conditions de cet accord inspirent les travailleureuses dans d’autres entreprises et constituent une base minimale à respecter pour tout employeureuse souhaitant s’engager dans une procédure de PSE dans le jeu vidéo.
Nous avons également une pensée pour nos camarades de Montréal, où une vingtaine de nos collègues ont été licencié·es en juillet. Le droit du travail canadien étant bien moins protecteur, leur situation est d’autant plus compliquée, et bien que nous ne les représentons légalement pas, nous leur apportons tout notre soutien. Nous encourageons les travailleureuses du jeu vidéo à se syndiquer et à défendre leurs droits quel que soit leur pays, leur nationalité, leur métier, leur statut ou leur entreprise.
Au sein de Quantic Dream, nous continuerons à lutter pour obtenir des conditions de travail décentes, et pour forcer la Direction à enfin avoir une vraie stratégie d’entreprise, qui va au-delà de NetEase et de la sortie de Star Wars Eclipse, et assure que le studio existera encore après la production en cours.
Grâce à la solidarité entre travailleureuses et au soutien sans faille de nos collègues, nous ne lâcherons rien pour améliorer cette industrie.
Le combat de nos camarades à Quantic Dream contre un plan de licenciements, dont les rebondissements ne sont toujours pas finis, continue. Alors qu’approchent la fin des négociations, notre section syndicale alerte sur les irrégularités qui ont entaché tout le processus.
Brutalisation de la représentation du personnel
Nous en parlions lors de l’article précédent, la direction du studio semble choisir de lire la loi avec un angle inédit : imposer des délais illégaux, s’entêter sur des dispositions qui ne tiendront pas à l’examen le plus élémentaire du plan par l’inspection du travail… tout cela n’inspire pas confiance. C’est d’autant plus le cas quand elle a fait perdre près de la moitié du temps alloué (1 mois et demi sur 3 mois) pour négocier l’accord de méthode. Pour notre lectorat qui n’est pas adepte du « dialogue social », l’accord de méthode, c’est la base de toute négociation puisqu’on y définit les moyens alloués et le fonctionnement prévu. C’est la garantie que la négociation peut se dérouler correctement, et il est évidemment crucial quand plus de 100 emplois sont menacés.
Ce n’est malheureusement pas tout. La direction de Quantic Dream ne semble pas comprendre que dans « dialogue social », il y a « dialogue ». Nos camarades ont vu la direction refuser de fournir des documents nécessaires à l’exercice par peur que les négociateurices les « pervertissent » – quoi que cela puisse bien vouloir dire, se faire reprocher des « méthodes de fascistes » (la République française, dont nous demandons l’application des lois, appréciera l’insulte…), ou encore se faire asséner qu’il ne « faut pas lire la presse, c’est un tissu de mensonges ». Sans parler de ce que cela révèle sur la personne des dirigeants du studio, il est clair qu’un plan de licenciements ne peut pas etre négocié correctement si la direction choisit l’insulte et la violence à tous les étages.
Nous ne pouvons évidemment pas non plus faire l’impasse sur le fait que la délégation syndicale a formulé des propositions et revendications tout au long de la négociation, propositions savamment ignorées par la direction qui met 4 réunions à les considérer. Dans l’une des dernières réunions, alors que des propositions étaient formulées plus d’une semaine avant, la direction n’en a tout simplement pas parlé. Est-ce là le sérieux et la considération qu’il faudrait attendre des patrons quand ils souhaitent licencier 115 personnes ?
Malveillance et pingrerie
Un constat général est que la direction de Quantic Dream vise à se contenter du strict minimum en tout point. Quand l’entreprise ne souffre ni d’un marché en berne (qui se porte très bien, merci pour lui), ni du manque de bonne volonté des travailleureuses (leur mobilisation montre bien leur envie de sauver leurs emplois et le produit de leur travail), il est normal d’offrir des conditions un tant soit peu décentes au départ pour accompagner celleux qui doivent perdre leur place simplement parce que la direction le veut. À Quantic Dream, ce n’est pas le cas. Tout au long des réunions la direction, et en particulier Guillaume de Fondaumière, n’a pas écouté ce qui lui était proposé. Au contraire, elle semble souhaiter s’aligner sur le bas du panier autant que possible, oubliant qu’elle est obligée à une négociation loyale, pas à une parodie.
Cette pingrerie de bas étage se traduit par des manœuvres complètement incompréhensibles. Par exemple, la direction se plaint du coût que représenterait le financement des formations des personnes licenciées, semblant complètement ignorer qu’il s’agit d’une obligation légale. S’il est toujours désagréable de s’acquitter de ses dettes, nous aimerions que la direction de Quantic Dream partage ses recettes magiques qui l’en dispenseraient.
La situation de Quantic Dream, filiale du groupe NetEase (qui lui aussi se porte très bien, merci pour lui), devrait au moins permettre d’envisager une compensation décente aux personnes lésées par les décisions de la direction. Au contraire, leur recherche permanente du moins-disant amène à une situation proprement absurde, où les propositions de la direction seraient inférieures à ce qui avait été obtenu par nos camarades à Don’t Nod, entreprise largement moins bien soutenue financièrement. Il est tout bonnement infâme de se retrouver dans cette situation. Si Quantic Dream veut détruire des emplois, elle doit payer.
Et les employé·es dans tout ça ?
Enfin, nous voulons revenir sur le traitement des salarié·es de l’entreprise, qui souffrent également de la situation. D’abord, bien évidemment, de l’incertitude créée par ce plan bancal qui risque bien de jouer les prolongations. Ces risques psycho-sociaux subsistent d’autant plus que nos camarades ne peuvent pas communiquer correctement avec les travailleureuses de l’entreprise après que la direction leur ait retiré les droits qui étaient pourtant les leurs par usage. Loin des yeux, loin du cœur ?
Il faut aussi pointer du doigt le destin funeste réservé à l’équipe ayant travaillé sur le jeu Spellcasters Chronicles. Alors que le fruit de leur labeur a vu son existence coupée court plus tôt dans l’année, cela fait maintenant deux mois que leurs compétences sont laissées en jachère. Nous rappelons que le contrat de travail lie un·e travailleureuse qui loue sa force de travail à un employeur, qui de son côté a l’obligation de fournir du travail. Avant de rompre le contrat, encore faudrait-il en remplir les obligations les plus élémentaires.
Finissons sur la considération apportée aux craintes des employé·es. Nous l’avons dit, la direction s’est attaquée à la capacité de la représentation du personnel à partager l’avancée des négociations aux salarié·es. Par contre, elle ne se gêne pas de son côté pour se répandre en mensonges. De toute cette période, la direction n’a pas reconnu une seule fois les nombreux manquements qui ont été les siens, parfois sur des règles pourtant élémentaires. Au contraire, David « Cage » de Grutola a pu se gargariser que les personnes bientôt licenciées aient eu la chance de travailler sur le projet, comme si le seul fait de l’approcher était déjà un grand privilège. Est-ce ainsi que l’on respecte celleux qui créent la valeur exploitée par l’entreprise ?
Quantic Dream, d’antiques crimes
Un aparté ici : cette procédure s’arrête aux frontières du pays, mais il ne faut pas oublier non plus nos collègues à Montréal, dont une vingtaine sont également concerné·es par ces licenciements. La protection (toute relative comme on a pu le voir au long de cet article) de la loi française ne leur est pas accordée, alors même que leur situation est très similaire à la notre. Nous leur témoignons toute notre solidarité, car iels méritent le respect tout autant que leurs collègues de France.
Cette négociation risque de n’avoir été qu’une pantomime d’une direction ayant décidé de n’en faire qu’à sa tête, mais se prêtant au théâtre d’un « dialogue social » performatif plutôt que d’écouter les suggestions qui lui sont faites. Notre section se battra jusqu’au bout pour que les travailleureuses de Quantic Dream soient respecté·es et que s’il leur faut perdre leur emploi, cela se fasse au moins dans des conditions décentes. C’est notre message à la direction depuis le début du processus de négociation, et nous nous y tenons.
Nous nous adressons donc à toutes les personnes ayant entravé cette négociation (elles se reconnaîtront) : si vous ne respectez pas la loi quand elle vous est rappelée, vous en subirez les conséquences. Nous défendrons nos camarades et le droit des travailleureuses à vivre décemment de leur labeur, quoi qu’il nous en coûte.
Enfin, pour démontrer notre détermination et notre unité, nous appelons à la grève reconductible à Quantic Dream à partir du mercredi 5 août pour dénoncer la conduite indigne de cette négociation par la direction, demander l’extension des négociations et, au minimum, l’inclusion des demandes des représentant‧es du personnel dans le plan de licenciements.
Ce 20 mai 2026, la direction de Quantic Dream a annoncé l’arrêt brutal du développement du jeu Spellcasters Chronicles, ainsi qu’un plan de « restructuration » menant à des licenciements massifs. Un quart des travailleureuses de l’entreprise sont menacés en France, soit 95 emplois.
Cette décision, bien que justifiée officiellement par un marché difficile, est loin d’être le fruit du hasard. Ce projet démarré il y a 8 ans et dirigé par Guillaume de Fondaumière, David Cage et Grégorie Diaconu, était censé être un jeu de taille « raisonnable » devant sortir bien plus rapidement. Durant toutes ces années, la question du modèle économique et de la rentabilité du projet ne s’est jamais réellement posée. Fruit d’une gestion de projet calamiteuse, les nombreuses itérations ont épuisé l’équipe et ont mené la production droit dans le mur. Là où la direction de Quantic Dream pointe du doigt des facteurs externes, nous accusons ses décisions économiques, créatives et managériales ayant accouché d’un projet au coût ubuesque, sur un marché extrêmement risqué, qui ne correspond aucunement aux demandes actuelles.
Malheureusement, personne n’est surpris de ce résultat. Les instances représentatives du personnel ont alerté de nombreuses fois sur les risques colossaux de ce projet. Devant les employé‧es, la direction expliquait avec arrogance que la réussite de Spellcasters Chronicles était inéluctable, invoquant ses “30 ans d’expérience”. Devant le CSE, elle refusait d’imaginer toute autre hypothèse et de préparer un plan en ce sens. L’échec n’a jamais été envisagé, anticipé ou réfléchi : voilà où cette incompétence nous mène aujourd’hui. Les travailleureuses paient pour les errements de la direction.
Que Spellcasters soit avec nous
NetEase, unique actionnaire de Quantic Dream, est tout autant responsable. Le groupe a poussé pour arrêter au plus tôt le développement du jeu et n’a pas communiqué sur sa sortie, l’abandonnant à son sort. Comment espérer avoir des joueureuses, si les joueureuses ne connaissent même pas l’existence du jeu ?
Nous regrettons amèrement que les personnes concernées par les licenciements ne soient pas les décisionnaires de Quantic Dream et NetEase, mais bien les travailleureuses qui voient des années de travail réduites à zéro. L’injustice est telle que les travailleureuses ne sont même pas crédité·es dans la version Early Access du jeu, sortie fin février. Comme si toutes ces années ne valaient rien. Pour certaines personnes, cela veut dire qu’iels se retrouvent dans l’incapacité de justifier l’intégralité de leur carrière dans le jeu vidéo.
La direction souhaite supprimer l’entièreté de l’équipe de Spellcaster Chronicles, et prétend en ce sens que les métiers de cette équipe n’ont aucun lien avec ceux des équipes de Star Wars Eclipse, y compris après formation. C’est un mensonge grossier, et une méconnaissance profonde du fonctionnement d’un PSE et de la notion de « catégorie professionnelle », qui n’a rien à envier à la nullité de celui de Don’t Nod en 2024. Prétendre impossible de reclasser les salarié·es de Spellcasters sur Star Wars, et donc l’inverse aussi en toute logique, c’est une insulte aux compétences de toutes les personnes qui travaillent à Quantic Dream, qui leur dit : vous n’êtes pas capables de faire d’autres jeux vidéo et on ne peut rien tirer de vous. D’autant plus dans une entreprise qui produit en interne nombre de ses outils, et où la distinction par projet est extrêmement récente. Mépris, incompétence crasse de la direction, ou les deux ?
Aujourd’hui c’est toute une entreprise, parmi les principaux employeurs du secteur en France, qui est plongée dans l’incertitude. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, Star Wars Eclipse, dont la production a démarré en parallèle de Spellcasters et qui a la même équipe dirigeante, subit un développement tout autant compliqué. Le renfort des équipes de Spellcasters ne serait clairement pas de refus.
Maintien de tous les emplois : c’est pas sorcier !
Plutôt que de réduire les capacités de production de Quantic Dream et les compétences disponibles au sein de l’entreprise, nous voulons pérenniser l’avenir de l’entreprise, de ses productions et de ses travailleureuses.
À ce titre, nous exigeons :
L’annulation de tous les licenciements envisagés ;
À défaut d’un nouveau projet, le basculement des équipes de Spellcasters Chronicles sur la production de Star Wars Eclipse ;
Le passage de toustes les travailleureuses au statut Ingénieurs & Cadres qui leur est dû, pour accroître nos droits et nos protections face à ces menaces constantes ;
La démission immédiate de la direction et de la direction créative, uniques responsables de cet échec.
Pour que notre travail vive encore un peu, nous voulions vous appeler à jouer à Spellcasters Chronicles une dernière fois par solidarité, d’ici à la fermeture des serveurs le 19 juin. Malheureusement, comme une injure supplémentaire, le jeu a déjà été retiré de Steam.
Nous apportons notre soutien le plus total à toustes nos camarades de Quantic Dream qui vivent dans l’incertitude d’une situation brutale et injuste. Nos vies ne sont pas des variables d’ajustement, et nous exigeons de la stabilité pour toustes les travailleureuses.
Nous apportons bien évidemment notre soutien aux camarades de Quantic Dream Montréal, qui subissent la même abjection, de manière encore plus violente, car dépendant d’un code du travail moins protecteur.
Nous apportons également notre soutien à toustes nos camarades qui subissent ces situations indignes dans toutes les entreprises du groupe Nacon et d’ailleurs. Ces cas de figure se répètent à travers les studios, mais soyez bien assuré‧s que nous ne nous laisserons pas faire.