Quantic Dream : un PSE au bulldozer

Bluesky mastodon dernier communique pse

Le combat de nos camarades à Quantic Dream contre un plan de licenciements, dont les rebondissements ne sont toujours pas finis, continue. Alors qu’approchent la fin des négociations, notre section syndicale alerte sur les irrégularités qui ont entaché tout le processus.

Brutalisation de la représentation du personnel

Nous en parlions lors de l’article précédent, la direction du studio semble choisir de lire la loi avec un angle inédit : imposer des délais illégaux, s’entêter sur des dispositions qui ne tiendront pas à l’examen le plus élémentaire du plan par l’inspection du travail… tout cela n’inspire pas confiance. C’est d’autant plus le cas quand elle a fait perdre près de la moitié du temps alloué (1 mois et demi sur 3 mois) pour négocier l’accord de méthode. Pour notre lectorat qui n’est pas adepte du « dialogue social », l’accord de méthode, c’est la base de toute négociation puisqu’on y définit les moyens alloués et le fonctionnement prévu. C’est la garantie que la négociation peut se dérouler correctement, et il est évidemment crucial quand plus de 100 emplois sont menacés.

Ce n’est malheureusement pas tout. La direction de Quantic Dream ne semble pas comprendre que dans « dialogue social », il y a « dialogue ». Nos camarades ont vu la direction refuser de fournir des documents nécessaires à l’exercice par peur que les négociateurices les « pervertissent » – quoi que cela puisse bien vouloir dire, se faire reprocher des « méthodes de fascistes » (la République française, dont nous demandons l’application des lois, appréciera l’insulte…), ou encore se faire asséner qu’il ne « faut pas lire la presse, c’est un tissu de mensonges ». Sans parler de ce que cela révèle sur la personne des dirigeants du studio, il est clair qu’un plan de licenciements ne peut pas etre négocié correctement si la direction choisit l’insulte et la violence à tous les étages.

Nous ne pouvons évidemment pas non plus faire l’impasse sur le fait que la délégation syndicale a formulé des propositions et revendications tout au long de la négociation, propositions savamment ignorées par la direction qui met 4 réunions à les considérer. Dans l’une des dernières réunions, alors que des propositions étaient formulées plus d’une semaine avant, la direction n’en a tout simplement pas parlé. Est-ce là le sérieux et la considération qu’il faudrait attendre des patrons quand ils souhaitent licencier 115 personnes ?

Malveillance et pingrerie

Un constat général est que la direction de Quantic Dream vise à se contenter du strict minimum en tout point. Quand l’entreprise ne souffre ni d’un marché en berne (qui se porte très bien, merci pour lui), ni du manque de bonne volonté des travailleureuses (leur mobilisation montre bien leur envie de sauver leurs emplois et le produit de leur travail), il est normal d’offrir des conditions un tant soit peu décentes au départ pour accompagner celleux qui doivent perdre leur place simplement parce que la direction le veut. À Quantic Dream, ce n’est pas le cas. Tout au long des réunions la direction, et en particulier Guillaume de Fondaumière, n’a pas écouté ce qui lui était proposé. Au contraire, elle semble souhaiter s’aligner sur le bas du panier autant que possible, oubliant qu’elle est obligée à une négociation loyale, pas à une parodie.

Cette pingrerie de bas étage se traduit par des manœuvres complètement incompréhensibles. Par exemple, la direction se plaint du coût que représenterait le financement des formations des personnes licenciées, semblant complètement ignorer qu’il s’agit d’une obligation légale. S’il est toujours désagréable de s’acquitter de ses dettes, nous aimerions que la direction de Quantic Dream partage ses recettes magiques qui l’en dispenseraient.

La situation de Quantic Dream, filiale du groupe NetEase (qui lui aussi se porte très bien, merci pour lui), devrait au moins permettre d’envisager une compensation décente aux personnes lésées par les décisions de la direction. Au contraire, leur recherche permanente du moins-disant amène à une situation proprement absurde, où les propositions de la direction seraient inférieures à ce qui avait été obtenu par nos camarades à Don’t Nod, entreprise largement moins bien soutenue financièrement. Il est tout bonnement infâme de se retrouver dans cette situation. Si Quantic Dream veut détruire des emplois, elle doit payer.

Et les employé·es dans tout ça ?

Enfin, nous voulons revenir sur le traitement des salarié·es de l’entreprise, qui souffrent également de la situation. D’abord, bien évidemment, de l’incertitude créée par ce plan bancal qui risque bien de jouer les prolongations. Ces risques psycho-sociaux subsistent d’autant plus que nos camarades ne peuvent pas communiquer correctement avec les travailleureuses de l’entreprise après que la direction leur ait retiré les droits qui étaient pourtant les leurs par usage. Loin des yeux, loin du cœur ?

Il faut aussi pointer du doigt le destin funeste réservé à l’équipe ayant travaillé sur le jeu Spellcasters Chronicles. Alors que le fruit de leur labeur a vu son existence coupée court plus tôt dans l’année, cela fait maintenant deux mois que leurs compétences sont laissées en jachère. Nous rappelons que le contrat de travail lie un·e travailleureuse qui loue sa force de travail à un employeur, qui de son côté a l’obligation de fournir du travail. Avant de rompre le contrat, encore faudrait-il en remplir les obligations les plus élémentaires.

Finissons sur la considération apportée aux craintes des employé·es. Nous l’avons dit, la direction s’est attaquée à la capacité de la représentation du personnel à partager l’avancée des négociations aux salarié·es. Par contre, elle ne se gêne pas de son côté pour se répandre en mensonges. De toute cette période, la direction n’a pas reconnu une seule fois les nombreux manquements qui ont été les siens, parfois sur des règles pourtant élémentaires. Au contraire, David « Cage » de Grutola a pu se gargariser que les personnes bientôt licenciées aient eu la chance de travailler sur le projet, comme si le seul fait de l’approcher était déjà un grand privilège. Est-ce ainsi que l’on respecte celleux qui créent la valeur exploitée par l’entreprise ?

Quantic Dream, d’antiques crimes

Un aparté ici : cette procédure s’arrête aux frontières du pays, mais il ne faut pas oublier non plus nos collègues à Montréal, dont une vingtaine sont également concerné·es par ces licenciements. La protection (toute relative comme on a pu le voir au long de cet article) de la loi française ne leur est pas accordée, alors même que leur situation est très similaire à la notre. Nous leur témoignons toute notre solidarité, car iels méritent le respect tout autant que leurs collègues de France.

Cette négociation risque de n’avoir été qu’une pantomime d’une direction ayant décidé de n’en faire qu’à sa tête, mais se prêtant au théâtre d’un « dialogue social » performatif plutôt que d’écouter les suggestions qui lui sont faites. Notre section se battra jusqu’au bout pour que les travailleureuses de Quantic Dream soient respecté·es et que s’il leur faut perdre leur emploi, cela se fasse au moins dans des conditions décentes. C’est notre message à la direction depuis le début du processus de négociation, et nous nous y tenons.

Nous nous adressons donc à toutes les personnes ayant entravé cette négociation (elles se reconnaîtront) : si vous ne respectez pas la loi quand elle vous est rappelée, vous en subirez les conséquences. Nous défendrons nos camarades et le droit des travailleureuses à vivre décemment de leur labeur, quoi qu’il nous en coûte.

Enfin, pour démontrer notre détermination et notre unité, nous appelons à la grève reconductible à Quantic Dream à partir du mercredi 5 août pour dénoncer la conduite indigne de cette négociation par la direction, demander l’extension des négociations et, au minimum, l’inclusion des demandes des représentant‧es du personnel dans le plan de licenciements.

Annulation de Spellcasters et plan de licenciement à Quantic Dream : qui aurait pu prédire ?

Bluesky mastodon communique qd FR

Ce 20 mai 2026, la direction de Quantic Dream a annoncé l’arrêt brutal du développement du jeu Spellcasters Chronicles, ainsi qu’un plan de « restructuration » menant à des licenciements massifs. Un quart des travailleureuses de l’entreprise sont menacés en France, soit 95 emplois.

Cette décision, bien que justifiée officiellement par un marché difficile, est loin d’être le fruit du hasard. Ce projet démarré il y a 8 ans et dirigé par Guillaume de Fondaumière, David Cage et Grégorie Diaconu, était censé être un jeu de taille « raisonnable » devant sortir bien plus rapidement. Durant toutes ces années, la question du modèle économique et de la rentabilité du projet ne s’est jamais réellement posée. Fruit d’une gestion de projet calamiteuse, les nombreuses itérations ont épuisé l’équipe et ont mené la production droit dans le mur. Là où la direction de Quantic Dream pointe du doigt des facteurs externes, nous accusons ses décisions économiques, créatives et managériales ayant accouché d’un projet au coût ubuesque, sur un marché extrêmement risqué, qui ne correspond aucunement aux demandes actuelles.

Malheureusement, personne n’est surpris de ce résultat. Les instances représentatives du personnel ont alerté de nombreuses fois sur les risques colossaux de ce projet. Devant les employé‧es, la direction expliquait avec arrogance que la réussite de Spellcasters Chronicles était inéluctable, invoquant ses “30 ans d’expérience”. Devant le CSE, elle refusait d’imaginer toute autre hypothèse et de préparer un plan en ce sens. L’échec n’a jamais été envisagé, anticipé ou réfléchi : voilà où cette incompétence nous mène aujourd’hui. Les travailleureuses paient pour les errements de la direction.

Que Spellcasters soit avec nous

NetEase, unique actionnaire de Quantic Dream, est tout autant responsable. Le groupe a poussé pour arrêter au plus tôt le développement du jeu et n’a pas communiqué sur sa sortie, l’abandonnant à son sort. Comment espérer avoir des joueureuses, si les joueureuses ne connaissent même pas l’existence du jeu ?

Nous regrettons amèrement que les personnes concernées par les licenciements ne soient pas les décisionnaires de Quantic Dream et NetEase, mais bien les travailleureuses qui voient des années de travail réduites à zéro. L’injustice est telle que les travailleureuses ne sont même pas crédité·es dans la version Early Access du jeu, sortie fin février. Comme si toutes ces années ne valaient rien. Pour certaines personnes, cela veut dire qu’iels se retrouvent dans l’incapacité de justifier l’intégralité de leur carrière dans le jeu vidéo.

La direction souhaite supprimer l’entièreté de l’équipe de Spellcaster Chronicles, et prétend en ce sens que les métiers de cette équipe n’ont aucun lien avec ceux des équipes de Star Wars Eclipse, y compris après formation. C’est un mensonge grossier, et une méconnaissance profonde du fonctionnement d’un PSE et de la notion de « catégorie professionnelle », qui n’a rien à envier à la nullité de celui de Don’t Nod en 2024. Prétendre impossible de reclasser les salarié·es de Spellcasters sur Star Wars, et donc l’inverse aussi en toute logique, c’est une insulte aux compétences de toutes les personnes qui travaillent à Quantic Dream, qui leur dit : vous n’êtes pas capables de faire d’autres jeux vidéo et on ne peut rien tirer de vous. D’autant plus dans une entreprise qui produit en interne nombre de ses outils, et où la distinction par projet est extrêmement récente. Mépris, incompétence crasse de la direction, ou les deux ?

Aujourd’hui c’est toute une entreprise, parmi les principaux employeurs du secteur en France, qui est plongée dans l’incertitude. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, Star Wars Eclipse, dont la production a démarré en parallèle de Spellcasters et qui a la même équipe dirigeante, subit un développement tout autant compliqué. Le renfort des équipes de Spellcasters ne serait clairement pas de refus.

Maintien de tous les emplois : c’est pas sorcier !

Plutôt que de réduire les capacités de production de Quantic Dream et les compétences disponibles au sein de l’entreprise, nous voulons pérenniser l’avenir de l’entreprise, de ses productions et de ses travailleureuses.

À ce titre, nous exigeons :

  • L’annulation de tous les licenciements envisagés ;
  • À défaut d’un nouveau projet, le basculement des équipes de Spellcasters Chronicles sur la production de Star Wars Eclipse ;
  • Le passage de toustes les travailleureuses au statut Ingénieurs & Cadres qui leur est dû, pour accroître nos droits et nos protections face à ces menaces constantes ;
  • La démission immédiate de la direction et de la direction créative, uniques responsables de cet échec.

Pour que notre travail vive encore un peu, nous voulions vous appeler à jouer à Spellcasters Chronicles une dernière fois par solidarité, d’ici à la fermeture des serveurs le 19 juin. Malheureusement, comme une injure supplémentaire, le jeu a déjà été retiré de Steam.

Nous apportons notre soutien le plus total à toustes nos camarades de Quantic Dream qui vivent dans l’incertitude d’une situation brutale et injuste. Nos vies ne sont pas des variables d’ajustement, et nous exigeons de la stabilité pour toustes les travailleureuses.

Nous apportons bien évidemment notre soutien aux camarades de Quantic Dream Montréal, qui subissent la même abjection, de manière encore plus violente, car dépendant d’un code du travail moins protecteur.

Nous apportons également notre soutien à toustes nos camarades qui subissent ces situations indignes dans toutes les entreprises du groupe Nacon et d’ailleurs. Ces cas de figure se répètent à travers les studios, mais soyez bien assuré‧s que nous ne nous laisserons pas faire.