Condition des étudiant-es en animation : une tribune indigne pour LISAA

Il y a quelques mois, nous alertions sur le suicide d’un étudiant de la section Animation de L’Institut Supérieur d’Art Appliqué (LISAA). Pheanith Hannuna avait mis fin à ses jours suite à une campagne de harcèlement d’autres étudiant‧es de sa promotion. La direction de LISAA ne l’avait non seulement pas protégé, malgré les alertes de sa famille, mais avait même fini par laisser entendre, peu avant son passage à l’acte, qu’il était fautif de son propre harcèlement. Par la suite, l’école a renvoyé de manière irrégulière un‧e professeur‧e qui cherchait à trouver des solutions aux problèmes des élèves pour que ce genre de situation de se reproduise pas, et a même poussé la répression jusqu’à empêcher les étudiant‧es et professeur‧es de parler des articles sur l’école. Plus d’information dans notre communiqué d’alors.

C’est donc avec choc, et un très vif dégoût, que nous avons découvert que Catherine Constant-Grisolet, directrice des sections Animation et Jeux Vidéo de LISAA, et donc une des personnes qui était responsable d’assurer la sécurité de Pheanith, avait été choisie pour modérer une table-ronde sur « les efforts » du Réseau des Écoles du Cinéma d’Animation (RECA) pour lutter contre le mal-être étudiant dans le cadre du Marché International du Film d’Animation du festival d’Annecy. Cette directrice a été pointée du doigt dans plusieurs témoignages d’élèves et de professeur‧es de LISAA comme une des responsables des mauvaises conditions d’études dans cette école.

Son manque de considération pour les élèves fait peu de doute, comme on peut le constater dans des témoignages retranscrits par Gamekult dans son article Sexisme, harcèlement et « bro culture » au sein des écoles de jeu vidéo : « Moi, je me fais pas diriger par une fille » :

« On reçoit un communiqué abject de la directrice : il manquait d’empathie et était rédigé n’importe comment. (…) Après la gestion un peu maladroite de l’école à ce sujet, j’ai remarqué que nous n’avions reçu aucune consigne de la part de la direction pédagogique pour s’assurer du bien-être des élèves dans une telle situation et sur quoi leur dire, tout simplement. »

« Le responsable pédagogique a réuni toutes les classes de game avant de recevoir le communiqué officiel de l’école, le corps enseignant n’a pas été convié (…) Quand on l’a appris on était tous très choqués de ce qui s’est passé mais le pire, c’était la communication surréaliste de la directrice, on aurait cru à un live Twitch bon enfant avec des blagues. Elle a notamment imité le son du silencieux, comme dans le film « Les Tontons Flingueurs », en faisant référence au fait de se tirer une balle dans la tête. C’est à ce moment-là que plusieurs personnes sont parties, c’était irrespectueux au possible. Elle a même rigolé devant la caméra. »

L’article de Capital indique quant à lui le choix de LISAA de totalement ignorer la famille dans son deuil :

Aucun des deux responsables pédagogiques ne s’est manifesté auprès de la famille pour présenter ses condoléances.

Aucun représentant de LISAA n’était présent à l’enterrement.

La présence de Catherine Constant-Grisolet comme modératrice de cette table-ronde, conjuguée à la répression interne, et au silence de l’école suite à la sortie des articles et de notre communiqué, atteste de la volonté de LISAA d’étouffer le suicide d’un de ses étudiants, quand bien même il y ait 2 procédures judiciaires en cours (1 devant le conseil des prud’hommes, 1 au pénal).

Dans ce contexte, cette participation interroge sur la sincérité des efforts du RECA, qui n’était soit pas au courant de ce qu’il s’est passé à LISAA (ce qui serait assez inquiétant), soit l’était et a sciemment choisi d’ignorer cet état de fait pour se rendre complice de la direction de cette école.

S’il est plus que jamais important de parler des problèmes des conditions d’études dans l’animation, le jeu vidéo et au-delà, il est inacceptable que ces discussions soient menées par des personnes responsables de ces problèmes. Ce genre de discussion doit faire intervenir des étudiant·es actuel·les et passé·es, ce qui est le cas ici et nous le saluons, et des personnes les représentant et les défendant (syndicats, associations, etc.). Pas des directions d’écoles : on ne laisse pas le loup et l’agneau dans la même pièce.

Le STJV, qui travaille depuis Décembre avec différent·es acteurs et victimes de LISAA, dénonce la présence de Catherine Constant-Grisolet à cette table-ronde. Celle-ci est en effet une véritable claque renvoyée à la figure de tout‧es les étudiant‧es souffrant des conditions de leurs études et subissant l’inaction de leurs directions. Nous demandons aux organisateur·ices du festival d’Annecy de corriger ce que nous espérons être une erreur de bonne foi, pour le bien des étudiant·es en Animation du RECA.