Réponse des travailleureuses de DONTNOD Entertainment au communiqué du studio sur l’épidémie de COVID-19

Le 19 mars 2020, le studio Dontnod a publié un communiqué dans lequel il se félicite de sa gestion de la crise du COVID-19. De nombreux·se·s salarié·e·s ont remonté un certain malaise à la lecture de ce communiqué, car il ne correspond pas aux faits tels qu’iels les ont vécus.

Les salarié·e·s aimeraient apporter quelques précisions :

  • Les représentant·e·s du personnel du CSE ont contacté la direction le 3 mars, demandant la mise en place de solutions pour le télétravail, au vu du développement rapide de l’épidémie.
  • À l’initiative du CSE, deux réunions successives ont ensuite eu lieu les 6 et 9 mars au cours desquelles cette demande a été par deux fois refusée.
    • Quand le CSE a demandé l’ouverture du télétravail à tous, la direction a répondu que cela était « impossible pour une partie des employé·e·s » (équipes QA et IT notamment).
    • Quand le CSE a demandé d’enclencher a minima l’ouverture du télétravail à celleux qui le pouvaient, la direction a répondu qu’il s’agirait d’une « injustice » envers celleux qui n’y avaient pas accès. Le CSE a tenté d’expliquer que dans le cadre d’une épidémie, cela permettrait de réduire les contacts entre salarié·e·s dans l’intérêt de tous·tes, mais la direction a refusé de le voir ainsi.
    • La direction a également évoqué plusieurs fois une baisse de la productivité qu’elle n’était pas prête à assumer, sans toutefois fournir de documents permettant d’étayer cette affirmation. Il est important de noter que la plupart des directeurs métier, interrogés sur la question, ont également émis des doutes sur la capacité des équipes à rester productives en télétravail.
    • La direction a également avancé qu’elle n’avait aucune obligation légale d’accepter l’ouverture du télétravail car aucune disposition réglementaire n’allait pour le moment dans ce sens-là.
  • Le 13 mars, suite à la première allocution télévisée d’Emmanuel Macron, la direction de Dontnod a finalement encouragé le télétravail dans un mail adressé aux salarié·e·s.
  • Le 16 mars, suite à la seconde allocution télévisée, Dontnod a rendu le télétravail obligatoire pour tous·tes les salarié·e·s, en faisant une exception pour les pôles QA et administration système, chargés d’assurer la transition.
    • Ce sont ces mêmes équipes que la direction prétendait défendre en n’autorisant pas le télétravail à grande échelle, qui se sont vues obligées, par conscience professionnelle, de se rendre sur leur lieu de travail pendant plusieurs jours encore afin d’assurer la continuité du service et la mise en place du télétravail pour le reste des salarié·e·s.
    • Il nous paraît important de souligner que ces équipes se trouvent généralement tout en bas de la grille salariale des professions du jeu vidéo et sont également les moins reconnues dans la chaîne de production des jeux. Pourtant, ce sont celles qui ont été, in fine, les plus exposées et qui ont permis d’assurer le passage en télétravail du reste des équipes.
  • Avant le 13 mars, les mesures prises par la direction se résumaient à celles rendues obligatoires par le gouvernement (mise à disposition de gel hydroalcoolique par étage, e-mail sur les gestes barrière, quarantaine pour les salarié·e·s revenant de zones à risque), ainsi que l’annulation ou le report des tournages de motion-capture à l’étranger

Tout cela vient largement nuancer le communiqué qui affirme que la protection des salarié·e·s a été organisée à partir de janvier.

De plus, il apparaît évident aujourd’hui que le télétravail n’était pas « impossible pour une partie des employés » mais plutôt que la direction ne souhaitait pas mobiliser les ressources nécessaires à cet aménagement pourtant essentiel à la protection des équipes.

Plusieurs de nos collègues présentent des symptômes d’infection au COVID-19. En prenant en compte la période d’incubation, il est vraisemblable que celleux ayant été effectivement contaminé·e·s l’ont été avant la mise en place du confinement et du télétravail.

La direction de Dontnod a tout d’abord réagi en prévenant exclusivement les personnes travaillant dans le même open-space que les personnes potentiellement contaminées, sachant que nous avons une cafétéria en commun, des ascenseurs et que nos réunions rassemblent des personnes d’étages différents. Finalement, la direction a envoyé un e-mail le 24 mars informant les salariés que « certaines personnes présentent des symptômes du COVID-19 » et qu’elles auraient pu l’attraper « au travail ou ailleurs ».

Pour toutes ces raisons nous accueillons avec le plus grand scepticisme la communication de Dontnod affirmant que la première priorité de l’entreprise est la santé de ses salarié·e·s. Nous comprenons parfaitement les difficultés qui peuvent se présenter dans la gestion d’une crise d’une telle ampleur, cependant cela ne signifie pas que nous devons accepter de telles distorsions de la vérité.

Alors que nos représentant·e·s du personnel se préoccupaient de notre santé, la direction de Dontnod refusait à plusieurs reprises la mise en place des mesures de prévention, notamment au nom de la productivité.

Nous affirmons par ailleurs tout notre soutien et notre solidarité avec tous les travailleurs et travailleuses, obligé·e·s de se rendre au travail ou mis en danger par des patrons considérant que le profit est plus important que leur santé et celle de leurs entourages. Nous nous mobiliserons physiquement dès la sortie de crise pour défendre nos droits, les dispositions de notre Code du Travail et notre service public.

Addendum :

Suite à la parution du communiqué, des collègues nous ont fait part de leur réserves sur plusieurs points, nous tenions donc à ajouter quelques précisions :

  • Il a été omis dans le communiqué initial de préciser que les chefs d’équipes de la Q.A. ont insisté sur le côté facultatif de la présence de leurs équipes et sur leur droit à rester chez eux : dans les faits, aucun Q.A. n’est allé travailler dans les locaux depuis le début du confinement.
  • Nous rappelons également que ce communiqué a été publié tardivement : deux semaines après la communication de l’équipe marketing de Dontnod auquel il répondait. Entre la parution du communiqué de Dontnod et celui des salariés nous avons noté, avec soulagement, que la direction a respecté son obligation de protection des salariés et a mis en œuvre les moyens nécessaires pour que les équipes puissent télétravailler dans de bonnes conditions.

Nous restons solidaires et disponibles pour nos collègues — syndiqués ou non — qui auraient des remarques, des questions ou des soucis : vous pouvez nous contacter à stjv-dontnod@framalistes.org.