Le plan de licenciements nouveau est arrivé
Le couperet est tombé : comme le craignaient les salarié·es et le STJV il y a deux ans déjà, un nouveau plan de licenciements est imposé à Don’t Nod.
L’entreprise prévoit de supprimer 90 postes, soit les deux tiers de l’effectif, pour le réduire à 49 salarié·es.
Comment se retrouve-t-on là ?
Le plan de licenciements de 2024, qui s’est fait dans la douleur, n’a pas permis de redresser l’entreprise puisque la direction n’a pas changé, et qu’elle a même continué de se radicaliser contre ses employé·es au lieu de faire son travail et respecter la loi.
Depuis plus de deux ans, la direction de Don’t Nod a été incapable de signer le moindre contrat de financement ou d’édition pour assurer la production du dernier jeu en développement au studio de Paris. Deux ans de production harassante pour les équipes qui ont tout donné, d’une Vertical Slice complètement démesurée aux multiples démos GamesCom, en passant par un reboot du projet. Le mur était visible de loin mais, comme à son habitude, la direction de Don’t Nod a foncé dedans tête baissée, en se répétant qu’il allait peut-être s’écarter par l’opération du saint esprit.
À la lecture des documents financiers publics, il est aisé de se rendre compte que l’entreprise risque une cessation de paiements aux alentours de novembre 2026. Ce fait est connu depuis plus d’un an, et le CSE alerte sur ce risque depuis 2023 ! Même les commissaires aux comptes ont fini par se réveiller et émettre une alerte au printemps 2026. En mai 2026 Oskar Guilbert défendait sa stratégie pour maintenir la continuité d’exploitation de l’entreprise, en prétendant intensifier les efforts marketing sur le jeu Aphelion après le regrettable flop du jeu, et se vantait du chiffre d’affaires « record » de 2025… pourtant plus de 2 fois inférieur au coût de fonctionnement de l’entreprise.
La direction semble fondamentalement incapable de comprendre ce qu’elle inflige aux travailleureuses de son studio, et les impacts que cela a sur l’activité de l’entreprise par ricochet.
Dans le « diagnostic RPS » (risques psycho-sociaux) que l’entreprise a elle-même commandé à un cabinet, tous les indicateurs sont au rouge, sauf un, l’entente entre collègues. La direction a donc pris la seule décision logique : virer nos collègues et garder peu ou prou uniquement la hiérarchie… heu attendez, quoi ?
Le sens du timing
Le CSE a été convoqué vendredi 28 août pour le lancement du plan de licenciements le jeudi 3 septembre, dernier jour de préparation d’une énième importante version interne du jeu (la deuxième en un mois) à destination de partenaires potentiels. Conscient de l’image qu’un plan de licenciements va encore donner, et dans un ultime espoir de ne pas voir cette dernière ligne droite perturbée, Oskar Guilbert en vient aux coup bas : il fait parvenir le 31 août aux élu·es du personnel un courrier d’avocat agitant des risques de délit d’initié et de prison, dans l’espoir de s’assurer leur silence.
Les salarié·es ont été informé·es de l’existence du plan, sans aucun détail, mardi 1er septembre dans une réunion en visio de 8 minutes montre en main, lors de laquelle absolument aucun moyen d’expression n’était disponible. Enfin, iels ont appris le nombre de suppressions prévues ce vendredi matin, dans la presse qui a été informée avant elleux.
Les travailleureuses interprètent ce calendrier ainsi : « maintenant que vous avez crunché pour produire la meilleure démo possible d’un reboot du jeu en 4 mois, merci de dégager, on n’a plus besoin de vous ».
La suite dans les idées
L’organisation visée par le plan de licenciements est tout simplement risible, aberrante et totalement inadaptée à continuer la production du jeu censé trouver un financement. Comment la direction de Don’t Nod s’imagine-t-elle pouvoir continuer la production du jeu, pourtant très loin d’être commercialisable ? Mystère.
Peut-être se croit-elle assez maligne pour arnaquer des partenaires financiers en leur soutirant assez d’argent pour vivoter quelques mois. L’histoire récente nous invite à douter de ses capacités à le faire.
Peut-être encore considère-t-elle que les animateurices, artistes personnages, artistes environnement et artistes conceptuels ne sont finalement pas utile pour produire un jeu vidéo, et qu’il est tout à fait possible d’en virer des équipes entières.
Peut-être s’imagine-t-elle attirer un repreneur, en lui vendant un petit studio et ses licences, dont on a écrémé les « éléments perturbateurs » ?
Plutôt mourir que d’avoir un CSE
Chacun·e saura apprécier l’objectif annoncé de réduire le nombre de salarié·es à 49. Il ne nous semble pas choisi au hasard, loin de là, et ne répond pas à une problématique de production ou de budget.
Car 49, c’est juste en dessous du seuil de 50 salariés qui donne au CSE toutes ses prérogatives les plus importantes : la personnalité morale pour ester en justice, un budget, le recours aux expertises, des protections supplémentaires pour les salarié·es lors de plans de licenciements… Tout ce qui a permis de confronter la direction de Don’t Nod à son incompétence. Comme à chaque fois, chez Don’t Nod et ailleurs, les directions n’ont qu’une seule priorité : fuir leurs propres responsabilités.
De plus, ce plan de licenciements intervient alors que le mandat actuel du CSE approche de sa fin et que la totalité des élu·es sont menacé·es par le plan de licenciements. La direction semble vouloir faire d’une pierre deux coups, en se débarrassant de salarié·es qu’elle juge indésirables et en empêchant tout renouvellement d’un CSE efficace pour défendre celleux qui resteront.
Ce n’est que la suite logique de sa stratégie actuelle de harcèlement à l’encontre des représentant·es du personnel, qui sont victimes de représailles juridiques, mises·e au placard, poussé·es à la faute et à la démission. Encore fin juillet 2026, 4 d’entre elleux ont dû déclarer un accident du travail (suivis d’arrêts maladie), suite au comportement profondément abject de membres du département « ressources humaines » lors d’une réunion portant sur la santé des salarié·es.
Alors que le CSE reste un organe dont la production est principalement consultative, dont les prérogatives ont été largement amoindries par les ordonnances Macron de 2017, ces dernières années nous montrent que le patronat du jeu vidéo est incapable de supporter la moindre contradiction. Il semble préférer casser délibérément son jouet plutôt que devoir supporter la présence de quelques adultes de temps en temps. Le tout dans le silence assourdissant et sans doute complice des pouvoirs publics.
Liquidation en accès anticipé
Il faut bien réaliser que le plan de licenciements proposé est le scénario « optimiste », reposant sur l’hypothèse que l’entreprise arrive à survivre à l’automne.
La direction joue depuis des mois du flou et des informations contradictoires, éphémères, pour continuer à extraire le maximum de travail et de bonne volonté des équipes. Même chez les Chief et Executive producers, le discours jusqu’ici était faussement encourageant et se gardait bien d’expliquer que, même avec le montant de financement recherché et annoncé à toute l’entreprise, de nombreuses suppressions de postes devraient avoir lieu. Quand le CSE les confrontait et questionnait sur ce sujet, tous prétendaient ne pas être informés et ne pas pouvoir répondre. La réponse est maintenant connue.
Il est difficile d’anticiper exactement ce qu’il va se passer dans les prochaines semaines et mois car la signature d’un financement de l’entreprise, et donc sa survie, reste extrêmement peu probable. Mais nous faisons confiance à l’incompétence d’Oskar Guilbert et de ses valets pour continuer à prendre les décisions les plus infâmes possible.
