Liquidation de Spiders – récit d’une casse sociale

Spiders a été mis en liquidation judiciaire le 29 avril. D’ici quelques semaines, le studio cessera définitivement d’exister. Ce sont 71 travailleureuses qui voient leur emploi, leur carrière et leurs revenus sacrifiés par l’incompétence et la malveillance des directions de Spiders et Nacon.

Officiellement, la liquidation est due au fait que Spiders n’ai pas de revenus et n’ai pas trouvé de repreneur. En réalité, elle est le résultat d’un processus délibéré de la part du groupe Nacon.

Meurtre avec préméditation ?

Le studio était victime depuis son rachat en 2019 d’un montage financier dans lequel Nacon était à la fois le propriétaire, le président et l’unique client de Spiders. Le studio ne recevait plus aucuns royalties sur les jeux qu’il produit, et tous ses revenus et sa trésorerie étaient captés par le groupe. Spiders était de facto une coquille vide, réduit en pratique à un simple département de Nacon, mais organisé de manière à pouvoir être supprimé selon les caprices de la direction de Nacon.

C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui. Quand Nacon a subitement annulé la production du projet Dark l’année dernière, de façon unilatérale et sans explications concrètes, cela a enclenché un compte à rebours pour le studio, qui n’avait pas de contrat assurant sa survie après la sortie de GreedFall 2.

Nacon n’a pas voulu signer de contrat immédiatement après, et n’a fait que repousser les échéances de signature de nouveau contrat. Le groupe semble également avoir interdit à Spiders d’aller proposer son travail à d’autres éditeurs ou investisseurs, bloquant cette voie de sortie de crise.

Même après la mise en redressement judiciaire du studio, Nacon aurait pu signer un contrat avec Spiders. Les administrateurices judiciaires ont confirmé que Nacon n’a jamais exprimé l’idée de signer un contrat pour continuer l’activité de Spiders, et n’a donc jamais voulu sauver l’entreprise.

De manière générale, les directions de Spiders et Nacon ont fait preuve de légèreté blâmable dans leur gestion du studio, notamment en ignorant les nombreuses alertes du CSE sur la situation économique, la stratégie et la gestion de l’entreprise, sur lesquelles il a rendu de nombreux avis négatifs lors des consultations annuelles obligatoires.

Pour nous, tout cela montre que cette liquidation est un choix conscient et prémédité de la direction de Nacon.

Immense gâchis

Le studio Spiders a été créé en 2008, il y a 18 ans, et était un des plus anciens studios de jeu vidéo en France. Il a sorti 7 jeux originaux, travaillé sur 4 autres pour d’autres studios.

Au moment de sa liquidation Spiders travaillait sur la préproduction d’un nouveau jeu original, Mist. Les travailleureuses croyaient vraiment à ce projet, et ont continué à travailler dessus même après la mise en redressement judiciaire. Malheureusement, le jeu ne verra jamais le jour.

Les travailleureuses du studio ne recevaient déjà rien d’autre que leurs salaires, bien maigres pour une grande partie des salariés. Maintenant, il est impossible que celleux-ci voient le moindre centime des ventes des jeux.

Nous refusons que le groupe qui a coulé Spiders pille le cadavre encore chaud de nos emplois. Si nous espérons que nos jeux continueront à être apprécié, nous aimerions que les joueureuses évitent de donner leur argent à Nacon, car cela reviendrait à récompenser le groupe pour ses actions.

Malgré le silence assourdissant de l’industrie sur l’effondrement du deuxième employeur du secteur en France, la lutte va continuer après la mort de Spiders. Nous allons tout faire pour que la malveillance et les fautes de gestion des directions de Spiders et Nacon, qui paraissent délibérées, ne restent pas impunies.

Nous apportons tout notre soutien :

  • aux travailleureuses de Spiders ;
  • aux travailleureuses des sociétés du groupe Nacon, qui n’ont pas encore subit toutes les conséquences du redressement judiciaire de Nacon ;
  • aux travailleureuses du jeu vidéo en général, qui luttent pour la survie de l’industrie envers et contre le patronat.

La lutte continue ✊

Comptes
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