Redressement judiciaire de Kylotonn, Cyanide, Spiders et Nacon Tech : Nacon et les directions doivent assumer les conséquences de leurs propres actions

Suite à la mise en redressement judiciaire de Nacon le 3 mars, les studios de production Kylotonn, Cyanide et Spiders, ainsi que le studio de motion capture Nacon Tech ont à leur tour demandé à être mis en redressement judiciaire ce lundi 23 mars 2026. Le timing des différentes annonces de BigBen Interactive et Nacon nous interroge.

Si à court terme, un redressement judiciaire peut éviter à certains de ces studios de disparaître dès la fin du mois de mars faute de pouvoir payer les salaires, ces annonces sont dramatiques. Non seulement pour les travailleureuses qui risquent de perdre leur emploi, mais pour toute notre industrie, car le groupe Nacon est le deuxième employeur du jeu vidéo en France.

C’est malheureusement la suite logique du vide stratégique de Nacon, et de la politique financière choisie par sa direction depuis plusieurs années, qui consiste à être en permanence au bord de la banqueroute. En investissant massivement dans le jeu vidéo à coup de rachats de studios, Nacon et sa direction ont cherché à faire de l’argent facile, sans stratégie sur le long terme pour ces studios, leurs projets et leurs équipes.

Leur désintérêt pour la production de jeu vidéo et leur incompétence ont activement saboté des studios qui étaient jusqu’alors viables, et mis en péril des projets à fort potentiel. Les années de défauts de gestion et l’absence de stratégie, aussi bien au niveau du groupe que des filiales, les ont empêchés de se moderniser, de s’organiser et de se développer. Aujourd’hui, même en ayant complètement vidé les trésoreries des studios ces dernières années – des dizaines de millions d’euros qui devaient assurer la stabilité des studios et des emplois ! – ils en ressortent déficitaires.

Les bricolages comme l’arrêt des recrutements et augmentations depuis plus d’un an, ou les solutions de bonimenteurs comme « l’IA », que Nacon force de plus en plus de studios à utiliser sans même savoir pourquoi, ne permettront pas de faire des économies et d’assainir les comptes du groupe. La dégradation des conditions de travail au fil des années, et la création de nouveaux studios dans le but à peine voilé de saboter ceux existants, constituaient déjà des stratégies détournées de réduction du nombre de salariés et ont renforcé les problèmes du groupe.

Nacon en tant que groupe ne pourra s’en sortir qu’en changeant complètement les personnes à sa direction et en se structurant pour mettre fin aux dérives internes, au turnover incessant et au manque de moyen dans les pôles éditions et marketing. On ne peut pas laisser les responsables de la situation actuelle continuer à nous emmener dans le mur sans subir de conséquences.

La mauvaise réputation de Nacon a grandement ternie celle de ses studios, il y a donc du travail pour redorer leur blason et les rendre à nouveau viables. Mais c’est possible, et c’est ce que les travailleureuses souhaitent.

Des solutions aux problèmes de Nacon existent, et ont déjà été exposées aux directions des studios et publiquement par les travailleureuses, notamment :

  • La rationalisation et l’amélioration des conditions de travail, des processus, et des outils dans le groupe et la construction d’une véritable stratégie éditoriale et industrielle ;
  • La mise en place d’une politique sociale – il n’y en a aucune actuellement – et l’amélioration des conditions de travail qui nuisent activement au moral des travailleureuses et donc à la productivité des entreprises ;
  • La formation des directions, des managers et des salariés, avec de vraies formations en lieu et place des outils de charlatans dignes d’un test Buzzfeed ou des « tutos YouTube », pour assurer le maintien des compétences et la compétitivité des studios ;
  • Une réelle lutte contre le turnover à tous les niveaux du groupe, qui empêche de construire une base de compétences solide ;
  • La lutte contre le harcèlement qui fait souffrir les travailleureuses, multiplie les arrêts maladie et réduit d’autant la productivité dans le groupe et ses filiales ;
  • Le développement d’une véritable démocratie au travail avec la mise en place de processus de décisions incluant directement les travailleureuses, car iels ont les solutions aux problèmes existants et ne demandent qu’à pouvoir les mettre en place.

Malgré des années d’épreuve, les travailleureuses de nos studios ont toujours la volonté de faire des jeux et de les faire mieux. Iels tendent la main à quiconque aura les moyens et la volonté de redresser la barre, et se tiennent à disposition des autorités compétentes pour assurer la continuité d’exploitation des studios, sauvegarder les emplois et régler les problèmes causés par leurs directions.

Les sections syndicales STJV de Kylotonn, Spiders et Big Bad Wolf Studio, avec le soutien de la section syndicale STJV de Passtech Games

Comptes
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