Arkane : pour un télétravail négocié selon notre expérience, contre une réforme imposée

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Depuis plusieurs mois, les organisations syndicales à Arkane demandent que le télétravail fasse l’objet de négociations, notamment pour en sécuriser les usages dans un accord d’entreprise plutôt qu’une charte. Toutes nos demandes de négociations ont été refusées par la direction.

Nous avons lancé avec Printemps écologique une pétition demandant la tenue de négociations avec les syndicats sur ce sujet, afin de parvenir à un accord d’entreprise. Mais malgré un large plébiscite la direction démontre un réel déni de démocratie, préférant imposer ses méthodes et son calendrier plutôt que d’écouter et respecter les salarié·es d’Arkane.

La semaine dernière, la direction a décidé de mettre en application son projet de charte télétravail au mépris de l’avis des instances de représentation du personnel. Cette nouvelle charte met en danger l’équilibre de vie de nombreux·ses collègues. Non seulement elle présente un réel recul sur nos conditions de télétravail actuelles, qui reposaient sur la flexibilité et la confiance, mais elle ne règle aucunement les problématiques de la précédente charte : des inégalités de traitement selon les équipes en faisant reposer l’accès au télétravail sur des critères flous et arbitraires.

Journée de grève le jeudi 28 mai 2026

La section syndicale STJV d’Arkane refuse de laisser nos collègues être maltraité·es par une politique patronale qui n’a pour seul objectif que d’avoir plus de contrôle sur les travailleureuses. Comme nous avons pu le constater ces derniers mois dans notre industrie, le respect de la démocratie interne et la transparence sont essentiels pour la sécurité de nos emplois.

C’est pourquoi nous appelons tout les travailleureuses d’Arkane à se mettre en grève le jeudi 28 mai.

Nos exigeons :

  • La tenue de négociations sérieuses et loyales, dans le but d’atteindre un accord d’entreprise sur le télétravail ;
  • Le maintien des conditions de télétravail telles que prévues par la charte précédente, en attendant que les négociations aboutissent.

Nous vous invitons à nous rejoindre pour un piquet de grève dès 9h devant les locaux d’Arkane Lyon.

Étant conscient‧es de la difficulté pour certains de se mettre en grève une journée entière, nous encourageons également à débrayer – c’est à dire faire grève sur une courte durée, de quelques minutes à quelques heures – le temps du Studio Meeting du 28 Mai, et de rejoindre les camarades aux piquets de grève physiques ou en ligne.

Vous pourrez également trouver ici :

  • un rappel du droit de grève : La grève dans le droit privé – STJV ;
  • le tract distribué, résumant la situation et listant les revendications du STJV, ainsi que différents moyens d’agir pour montrer votre rejet de la nouvelle charte :

Et si vous souhaitez soutenir les mouvements de grève dans le jeu vidéo : https://www.stjv.fr/2024/03/caisse-de-greve-du-stjv/

Licenciements, liquidations, entraves dans le jeu vidéo : Appel à la grève nationale le 27 mai 2026

Banniere super metal grv

L’industrie du jeu vidéo en France est au bord du gouffre, et subit sa pire crise sociale depuis plus de 20 ans. Depuis 2024, nous avons décompté, entre autres :

Et, au moment où nous publions cet appel, le patronat veut supprimer encore plus d’emplois avec :

  • Un plan de suppression de 200 emplois au siège d’Ubisoft à Saint-Mandé ;
  • Un plan de licenciements à Cyanide, avec la fermeture envisagée de Big Bad Wolf ;
  • Un plan de licenciements à Kylotonn ;
  • Un plan de licenciements à Nacon ;
  • Un plan de licenciements à Quantic Dream ;
  • Un plan de licenciements à Eden Games ;
  • La mise en redressement judiciaire de Midgar Studio ;
  • Deux plans de licenciements déjà annoncés chez Don’t Nod pour 2026…

On dénombre au total plus de 1 000 emplois supprimés ou menacés à très court terme. Et ces listes sont loin d’être exhaustives, car de nombreuses « petites » entreprises disparaissent sans faire de bruit, et les postes non renouvelés ne sont pas comptés. Pour le moment, nous ne pouvons pas non plus évaluer précisément l’effet domino à venir sur les prestataires, travailleureuses indépendant·es et entreprises spécialisées, qui va être dévastateur.

Dans le même temps les luttes pour la transparence et la démocratie en entreprise, qui sont absolument nécessaires pour assurer la pérennité de nos emplois, continuent notamment à Amplitude, à Arkane, à Ubisoft et dans de nombreuses autres entreprises moins connues. Les dernières années nous ont montré que l’opacité forcenée des entreprises est toujours la première étape sur la pente menant aux licenciements et liquidations,

Ils veulent tuer le jeu vidéo : c’est mort !

En spéculant sur des projets au doigt mouillé, en suivant des modes vouées à l’échec, en refusant de viabiliser les méthodes de production, en s’opposant aux travailleureuses par principe, le patronat a décidé de saborder l’industrie qu’il siphonne depuis tant d’années.

N’acceptons pas le fatalisme et la passivité béate de nos dirigeant·es, ne laissons pas notre industrie se faire assassiner sous nos yeux sans réagir.

Les travailleureuses alertent depuis des années sur les dangers de la gestion de nos patron·nes, et proposent des solutions.

Partout dans le jeu vidéo, on entend les cris de solidarité des travailleureuses qui font vivre notre medium. Le jeu vidéo, c’est nous. Nous pouvons nous battre et surtout, nous pouvons gagner.

Se mobiliser dès le 27 mai autour des luttes en cours

Le STJV appelle à une journée de grève nationale dans toute l’industrie du jeu vidéo ce mercredi 27 mai 2026. Nous refusons de céder au fatalisme et au discours déresponsabilisant du patronat sur la soi-disant « conjoncture », et demandons :

  • que nos patron·nes prennent leurs responsabilité, si besoin en démissionant de leurs fonctions, qu’iels ont démontré inutiles ;
  • l’annulation de tous les licenciements envisagés ;
  • la remise du pouvoir décisionnel aux travailleureuses, seul·es personnes compétentes pour produire des jeux vidéos.

Utilisons cette journée pour nous rencontrer, rompre l’isolement, construire des solidarités et des revendications, autrement dit pour s’organiser pour les luttes en cours et à venir.

Cette date coïncide avec la réunion finale concernant le plan de licenciement outrageux à Kylotonn. Plan qui, nous le rappelons, est opéré lâchement et à distance par Nacon, qui a déjà éventré et liquidé Spiders et Nacon Tech, en plus de prévoir d’autres licenciements dans les studios du groupe tels que Big Bad Wolf et Cyanide ainsi qu’à Nacon directement.

Les travailleureuses de Kylotonn invitent travailleureuses, chômeureuses, retraité‧es et étudiant·es du jeu vidéo à participer à leur piquet à Paris, au 96 rue Orfila dès 10h ce Mercredi 27, pour revendiquer avec elleux l’annulation du plan de licenciement abject qui leur est imposé.

Nous appelons également à répondre massivement aux éventuels appels et demandes des travailleureuses de Quantic Dream, Cyanide, Big Bad Wolf, Midgar, Amplitude, Arkane…

Nous rappelons que cet appel couvre le champ d’action du STJV dans le secteur privé, et concerne donc toute personne employée par une société d’édition, distribution, services et/ou création pour le jeu vidéo quel que soit son poste ou son statut et quel que soit le domaine d’activité de sa société (jeux, consoles, mobile, serious games, VR/AR, moteurs de jeu, services marketing, streaming, produits dérivés, esport, création de contenu en ligne, etc.), ainsi que tous·tes les enseignants·es travaillant dans des écoles privées dans des cursus en lien avec le jeu vidéo. Puisqu’il s’agit d’un appel national à la grève, aucune démarche n’est nécessaire pour se mettre en grève : il suffit de ne pas venir travailler.

Grève 27 Mai
Les patrons veulent tuer le jeu vidéo ?
C'est mort !
Piquet à Kylotonn
10h - 27 mai
96 rue Orfila 75020 Paris

Annulation de Spellcasters et plan de licenciement à Quantic Dream : qui aurait pu prédire ?

Bluesky mastodon communique qd FR

Ce 20 mai 2026, la direction de Quantic Dream a annoncé l’arrêt brutal du développement du jeu Spellcasters Chronicles, ainsi qu’un plan de « restructuration » menant à des licenciements massifs. Un quart des travailleureuses de l’entreprise sont menacés en France, soit 95 emplois.

Cette décision, bien que justifiée officiellement par un marché difficile, est loin d’être le fruit du hasard. Ce projet démarré il y a 8 ans et dirigé par Guillaume de Fondaumière, David Cage et Grégorie Diaconu, était censé être un jeu de taille « raisonnable » devant sortir bien plus rapidement. Durant toutes ces années, la question du modèle économique et de la rentabilité du projet ne s’est jamais réellement posée. Fruit d’une gestion de projet calamiteuse, les nombreuses itérations ont épuisé l’équipe et ont mené la production droit dans le mur. Là où la direction de Quantic Dream pointe du doigt des facteurs externes, nous accusons ses décisions économiques, créatives et managériales ayant accouché d’un projet au coût ubuesque, sur un marché extrêmement risqué, qui ne correspond aucunement aux demandes actuelles.

Malheureusement, personne n’est surpris de ce résultat. Les instances représentatives du personnel ont alerté de nombreuses fois sur les risques colossaux de ce projet. Devant les employé‧es, la direction expliquait avec arrogance que la réussite de Spellcasters Chronicles était inéluctable, invoquant ses “30 ans d’expérience”. Devant le CSE, elle refusait d’imaginer toute autre hypothèse et de préparer un plan en ce sens. L’échec n’a jamais été envisagé, anticipé ou réfléchi : voilà où cette incompétence nous mène aujourd’hui. Les travailleureuses paient pour les errements de la direction.

Que Spellcasters soit avec nous

NetEase, unique actionnaire de Quantic Dream, est tout autant responsable. Le groupe a poussé pour arrêter au plus tôt le développement du jeu et n’a pas communiqué sur sa sortie, l’abandonnant à son sort. Comment espérer avoir des joueureuses, si les joueureuses ne connaissent même pas l’existence du jeu ?

Nous regrettons amèrement que les personnes concernées par les licenciements ne soient pas les décisionnaires de Quantic Dream et NetEase, mais bien les travailleureuses qui voient des années de travail réduites à zéro. L’injustice est telle que les travailleureuses ne sont même pas crédité·es dans la version Early Access du jeu, sortie fin février. Comme si toutes ces années ne valaient rien. Pour certaines personnes, cela veut dire qu’iels se retrouvent dans l’incapacité de justifier l’intégralité de leur carrière dans le jeu vidéo.

La direction souhaite supprimer l’entièreté de l’équipe de Spellcaster Chronicles, et prétend en ce sens que les métiers de cette équipe n’ont aucun lien avec ceux des équipes de Star Wars Eclipse, y compris après formation. C’est un mensonge grossier, et une méconnaissance profonde du fonctionnement d’un PSE et de la notion de « catégorie professionnelle », qui n’a rien à envier à la nullité de celui de Don’t Nod en 2024. Prétendre impossible de reclasser les salarié·es de Spellcasters sur Star Wars, et donc l’inverse aussi en toute logique, c’est une insulte aux compétences de toutes les personnes qui travaillent à Quantic Dream, qui leur dit : vous n’êtes pas capables de faire d’autres jeux vidéo et on ne peut rien tirer de vous. D’autant plus dans une entreprise qui produit en interne nombre de ses outils, et où la distinction par projet est extrêmement récente. Mépris, incompétence crasse de la direction, ou les deux ?

Aujourd’hui c’est toute une entreprise, parmi les principaux employeurs du secteur en France, qui est plongée dans l’incertitude. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, Star Wars Eclipse, dont la production a démarré en parallèle de Spellcasters et qui a la même équipe dirigeante, subit un développement tout autant compliqué. Le renfort des équipes de Spellcasters ne serait clairement pas de refus.

Maintien de tous les emplois : c’est pas sorcier !

Plutôt que de réduire les capacités de production de Quantic Dream et les compétences disponibles au sein de l’entreprise, nous voulons pérenniser l’avenir de l’entreprise, de ses productions et de ses travailleureuses.

À ce titre, nous exigeons :

  • L’annulation de tous les licenciements envisagés ;
  • À défaut d’un nouveau projet, le basculement des équipes de Spellcasters Chronicles sur la production de Star Wars Eclipse ;
  • Le passage de toustes les travailleureuses au statut Ingénieurs & Cadres qui leur est dû, pour accroître nos droits et nos protections face à ces menaces constantes ;
  • La démission immédiate de la direction et de la direction créative, uniques responsables de cet échec.

Pour que notre travail vive encore un peu, nous voulions vous appeler à jouer à Spellcasters Chronicles une dernière fois par solidarité, d’ici à la fermeture des serveurs le 19 juin. Malheureusement, comme une injure supplémentaire, le jeu a déjà été retiré de Steam.

Nous apportons notre soutien le plus total à toustes nos camarades de Quantic Dream qui vivent dans l’incertitude d’une situation brutale et injuste. Nos vies ne sont pas des variables d’ajustement, et nous exigeons de la stabilité pour toustes les travailleureuses.

Nous apportons bien évidemment notre soutien aux camarades de Quantic Dream Montréal, qui subissent la même abjection, de manière encore plus violente, car dépendant d’un code du travail moins protecteur.

Nous apportons également notre soutien à toustes nos camarades qui subissent ces situations indignes dans toutes les entreprises du groupe Nacon et d’ailleurs. Ces cas de figure se répètent à travers les studios, mais soyez bien assuré‧s que nous ne nous laisserons pas faire.

Mi-Clos condamné pour le harcèlement sexuel commis par son ex-directeur créatif

Sur fond rouge et noir, à gauche de l'image, Phoenix Wright de la série Ace Attorney dans une posture triomphale, pointant du doigt vers l'avant de l'image. À droite, le texte "Victoire !" dans une fonte stylisée rappelant celle des interjections d'Ace Attorney. En bas de l'image, le logo STJV.

Nous avons accompagné une ancienne salariée de Mi-Clos (entreprise liquidée en 2024) qui se plaignait d’un harcèlement sexiste et sexuel de la part de son supérieur, et avait été contrainte de prendre acte de la rupture de son contrat de travail, afin de se préserver. Elle avait décidé de porter cette affaire aux prud’hommes.

La plaignante évoquait des propos sexuels répétés (remarques sur le physique, propositions de discuter « hors du bureau » autour d’une bière, demandes insistantes pour obtenir son numéro personnel, propositions de venir prendre son badge directement dans sa poche…). Malgré une alerte au CSE, suivie d’un « recadrage », les faits n’ont pas cessé.

Pire encore, la plaignante a subi des représailles. Malgré une nouvelle alerte du CSE, de l’inspection du travail et de la médecine du travail, aucune mesure n’a été prise par l’entreprise, en plus de l’avertissement initial, pour faire cesser le harcèlement.

Streetpress relatait plus en détails cette affaire en 2024 : Au studio de jeux vidéo Mi-Clos, l’ambiance sexiste et les incohérences de production épuisent | StreetPress

En septembre dernier, la société a été condamnée par le Conseil des Prud’hommes de Créteil à :

  • 3 750 € de dommages et intérêts en réparation du harcèlement sexuel et des agissements sexistes de son directeur créatif ;
  • 3 750 € de dommages et intérêts en réparation de la violation de l’obligation d’évaluation et de prévention des risques psychosociaux et de l’obligation de sécurité ;
  • Une requalification de sa prise d’acte en licenciement nul avec 11 250 € au titre du préavis, 1 125 € pour les congés payés, et 937 € au titre de l’indemnité de licenciement ;
  • 22 500 € de dommages et intérêts pour licenciement nul.

Le mandataire liquidateur n’ayant pas fait appel, la condamnation est donc devenue définitive.

Michael Peiffert, gérant de la société aux moments de faits, s’était permis des élucubrations dans son droit de réponse à l’article de StreetPress :

Une personne, Emilie sentant le vent venir, comme elle le déclare elle-même, fait des déclarations à l’encontre d’un autre salarié pour réclamer 50 000 € à l’entreprise. La liquidation de cette dernière n’a pas permis de contrôler la véracité de ses propos pour aller au-delà de l’avertissement, mais surtout a rendu son espérance de gain plus qu’hypothétique.

Entre temps, la véracité des faits a pu être contrôlé par la justice : Emilie n’a pas agi par effet d’opportunisme et Mi-Clos a été définitivement reconnue coupable et condamnée à verser plus de 43 000€ à la plaignante, dans le jugement reproduit ci-dessous.

Malgré le pink-washing des entreprises, la discrimination sexiste et le harcèlement sexuel restent monnaie courante au travail, et contribue directement au manque de diversité. Preuve s’il en est : la victime a depuis fait le choix de quitter l’industrie du jeu vidéo.

Mais ce n’est pas une fatalité. Nous continuerons d’aller chercher autant que possible les responsabilités des entreprises et des auteurs pour qu’ils en répondent devant la justice.

Si vous êtes victimes et que vous avez besoin d’aide, n’hésitez pas à prendre contact avec notre syndicat.

Nous conseillons à toutes et tous et la lecture de nos fiches pratiques, et en particulier celle sur l’auto-défense en entreprise.

Le STJV assigne Amplitude Studios, qui tente de passer en force sur l’IA

communique amplitude contre le passage en force de l'IA

Le STJV a assigné en justice Amplitude Studios qui tente de passer en force sur l’IA générative en évitant tout réel dialogue social. Le CSE d’Amplitude Studios s’associe pleinement à cette demande.

Le contexte

En 2025, le Chief Production Officer d’Amplitude Studios a commencé à organiser des ateliers autour de l’IA générative avec certain·es élu·es du CSE, l’objectif affiché étant d’étudier les intérêts et risques potentiels de l’IA.

En fin d’année, une proposition de “charte interne” sur l’IA a été proposée par le CPO à ces élu·es, leur demandant une relecture. Cette charte aurait ouvert à l’entièreté des salarié·es d’Amplitude Studios la possibilité d’utiliser des outils IA, avec un cadre extrêmement faible. En conséquence, et car iels ne sont pas subordonné·es au CPO en tant qu’élu·es, iels ont préféré temporiser en indiquant en janvier 2026 qu’il fallait mieux prendre le temps de récupérer des avis d’employé·es sur le sujet, et qu’il apparaissait que le sujet étant potentiellement très impactant sur les conditions de travail, qu’il appartenait au cadre de la négociation avec les syndicats.

Le délégué syndical de la section STJV d’Amplitude Studios a répondu pour confirmer qu’en effet la direction devait à priori ouvrir des négociations sur le sujet.

En réponse, la direction a annoncé au CSE une consultation sur cette charte et le CPO a coupé toute discussion additionnelle avec les élu·es du CSE sur le sujet, y compris à une demande de leur part d’en discuter de vive voix pour évacuer toute incompréhension qui aurait pu émerger des échanges par courriel.

Les faits

Depuis janvier 2026, la direction d’Amplitude Studios déploie toute sa créativité pour esquiver le dialogue social avec le syndicat, notamment en ajustant son projet : d’une première tentative de consultation du CSE sur une charte (qui ferait office de facto de règlement intérieur) à un “comité de gouvernance” fixant le cadre consultatif du comité.

Le CSE a répété à de multiples reprises au travers de délibérations votées en réunion qu’il appartenait à l’employeur de négocier avec le STJV, mais aucun des ajustements de l’employeur ne venait répondre à la problématique centrale remontée : effectuer un dialogue social correct.

Finalement, le comité a voté pour assigner l’employeur en justice et faire suspendre une consultation qu’il jugeait illicite en l’absence de négociations préalables.

Cela a finalement amené l’employeur à proposer une négociation au syndicat, fin avril. Mais en parallèle, la direction a décidé de démarrer une phase pilote de Github Copilot, impactant une dizaine de personnes dans l’entreprise, et plutôt que de s’embêter avec une consultation du CSE a préféré se tenir à une simple information. Lors de cette information, le CSE découvre également que la direction avait déjà procédé au développement d’un outil de production en utilisant Claude Code, sans jamais ni les avoir informé ni consulté !

Pour couronner le tout, lors de la réunion d’ouverture des négociations sur le cadrage de l’IA à Amplitude Studios, l’employeur a conditionné la tenue des négociations au maintiens de sa phase pilote sans attendre la fin des négociations, alors que la suspension des décisions de l’employeur afférentes est une obligation légale. Il est intéressant de noter par ailleurs que dans un courriel envoyé à l’issue de cette réunion l’employeur a menti, y prétendant que la réunion avait été “interrompue”, tentant de faire porter le refus du dialogue social au syndicat, alors que la réunion s’est clôt d’un commun accord car nous n’y trouvions pas d’issue dans l’immédiat.

Il nous semble qu’ils ont volontairement vicié cette ouverture de négociation pour se défaire de leurs obligations et faire ce qu’ils souhaitent sans avoir à échanger réellement avec les travailleureuses.

Le syndicat a donc sommé une dernière fois l’employeur de suspendre sa décision de phase pilote et de ré-ouvrir les négociations sur le sujet.

L’employeur n’a pas donné suite à cette demande et nous avons donc été contraints de les assigner pour obtenir gain de cause. Le CSE d’Amplitude Studios rejoint le syndicat dans sa démarche.

Derrière les technicités du dialogue social, un constat : le déni de démocratie

Le sujet est très technique : les rapports sociaux au travail sont codifiés, avec par exemple différentes instances représentatives qui ont des procédures propres (les CSE doivent être informés et consultés, les organisations syndicales négocient, etc), qui peuvent se cumuler ou se substituer en fonction de certains critères… Le résumé des faits précédent montre la complexité du droit social.

Néanmoins, le préambule de la Constitution de 1946, repris en préambule de la Constitution de 1958, est très clair avec son article 8 : “Tout travailleur participe, par l’intermédiaire de ses délégués, à la détermination collective des conditions de travail ainsi qu’à la gestion des entreprises.”. Il nous semble que l’esprit de ce texte est d’entériner une volonté de gestion démocratique des entreprises de la République.

En choisissant depuis janvier de chercher tout moyen pour ne pas ouvrir de négociations, malgré une pléthore d’opportunités d’apporter réellement le sujet, nous ne pouvons faire qu’un seul constat : il nous semble que la direction d’Amplitude Studios choisi sur ce sujet de société de nier la démocratie au travail.

Pourtant, n’est-ce pas les travailleureuses de l’entreprise qui créent sa valeur, et qui pourraient se retrouver dans un futur proche contraints à utiliser de l’IA ? Ces travailleureuses ont voté pour & rendu représentatif le STJV, qui est donc l’interlocuteur légitime pour représenter leurs intérêts auprès de l’employeur. La direction, elle, n’a pas été élue.

Les décisions de phase pilote d’IA génératives doivent être suspendues, et la direction d’Amplitude Studios doit revenir à la table des négociations.

Il n’est pas acceptable que sur l’IA générative – un sujet qui agite tant la société par ses questions sociales, sur l’emploi ou encore sur l’écologie – un employeur décide de passer en force sans négocier de bonne foi avec les représentant·es légitimes de ses travailleureuses.

Cela peut paraître trivial quand à côté nos camarades de Spiders ont vu leurs emplois supprimés avec la liquidation du studio ( Liquidation de Spiders – récit d’une casse sociale – STJV ), que celleux d’Ubisoft doivent faire face à une litanie de scandales et mouvements sociaux ( Procès des ex-cadres d’Ubisoft : derrière les excuses, les responsabilités – STJV par exemple), quand les camarades de Kylotonn doivent actuellement combattre pour préserver au mieux leurs emplois avec l’annonce d’un PSE semaine dernière (Kylotonn : pied au plancher, droit dans le mur – STJV), ou bien d’autres luttes encore ; bien trop. Mais ces situations partagent une chose : tout cela émerge quand, justement, le patronat décide de n’en faire qu’à sa tête sans considérer les travailleureuses.

À Amplitude Studios, il nous appartient en ce moment de faire valoir nos droits et d’être considéré·es dignement pour éviter les mêmes travers ; partout dans l’industrie, il faut défendre la démocratie au travail pour préserver nos emplois et améliorer nos conditions de travail.

Kylotonn : pied au plancher, droit dans le mur

Kylotonn : pied au plancher, droit dans le mur. Le visuel est accompagné d'un dessin d'une voiture de rallye dans laquelle sont installés différents personnages de jeux du groupe Nacon.

Aujourd’hui, mercredi 6 mai 2026, aurait du se tenir la première réunion CSE nous informant d’un violent plan de licenciements massif, traduisant la volonté de Nacon. Cette première réunion a été reportée au 13 Mai, probablement pour essayer de ne pas entacher la « Nacon Connect » du jeudi 7 Mai, messe publicitaire de la société éponyme. Si, une fois de plus, Nacon est incapable d’anticiper et change ses plans au dernier moment, ce n’est pas notre cas.

La situation d’aujourd’hui fait suite à des années d’alertes sur la situation économique de l’entreprise, sur le déni de démocratie subit par les travailleureuses et leurs représentant·es, sur la désorganisation des productions dirigées par ce que nous estimons être des incompétent·es et sur les conditions de travail désastreuses ayant abîmé notre santé. Nos communiqués passés en 2023en 2024 et en 2026 en sont la preuve.

Nous avons pourtant tenu le coup et trouvé la force de lutter malgré :

  • les montages commerciaux, dont certains tenant selon nous plus de la magouille, vidant la trésorerie des filiales et créant l’effet domino du redressement judiciaire ;
  • les structures d’entreprises conçue pour museler les travailleureuses ;
  • les abus de biens sociaux, certains vérifiés, certains fortement soupçonnés, de la part de la direction de Kylotonn ;
  • les insultes, la direction de Kylotonn allant jusqu’à nous traiter de « puent-la-pisse » ;
  • le retrait – à la demande de Nacon – de toutes les lignes de dialogues mentionnant des relations homosexuelles dans Test Drive Unlimited, pour éviter un soi-disant « review bombing » ;
  • le harcèlement et les discriminations causant des maladies professionnelles ;
  • les ordres que nous considérons comme un sabotage de nos productions par la direction de Nacon, avec leurs demandes au doigt mouillé sans études de marché et sans nous demander notre avis – nous faisant par exemple produire un open world ambitieux sur un moteur pas adapté, sans financement ni temps de R&D adéquats, et malgré des équipes inexpérimentées sur ce genre ;
  • les entraves multiples à toute la représentation du personnel…

Mais à présent, via une direction de Kylotonn que nous trouvons servile et complaisante, Nacon peut enfin réaliser son rêve de supprimer les postes qu’elle décrète superflus. Les effectifs et compétences de Kylotonn avaient déjà été partiellement siphonnés lors de la création de Grit Games, entreprise encore plus intégrée au groupe Nacon, qui a récupéré la licence WRC. Il apparaît que Grit Games a sélectionné ses salariés (au masculin, ce n’est pas une erreur) en prenant grand soin d’éviter toute personne syndiqué·es ou appartenant à une minorité de genre.

Dans ses objectifs pour le redressement judiciaire de Kylotonn, Nacon déclare sans sourciller ne plus vouloir confier de projets à Kylotonn pour une durée indéterminée, et ne souhaiter conserver qu’une équipe réduite au minimum pour continuer à presser le citron de Test Drive Unlimited, par de la monétisation agressive. Cela ayant été mis en place, il ne reste plus qu’à effectuer « le sale boulot » : virer comme des malpropres toutes les personnes « en trop », surtout depuis l’annulation unilatérale par Nacon d’un projet prometteur en préproduction, sans la possibilité de le présenter à d’autres éditeurs et investisseurs.

Colère en fond de cinquième

Le silence de Nacon sur ces évènements en dit long. Il s’agit pour nous d’une série d’actes réfléchis pour faire payer aux travailleureuses l’outrage de s’être organisé·es, d’avoir lutté pour améliorer les conditions de travail, d’avoir tenté d’instaurer des processus plus démocratiques et même plus efficaces. Ce silence n’est pour nous que le prolongement de celui que nous subissons depuis des années.

Cependant, les travailleureuses de Kylotonn, fidèles à leur engagement ces dernières années aussi bien au sein de l’entreprise qu’en dehors, ne se laisseront pas faire.


Nous appelons à une grève reconductible dès aujourd’hui, Mercredi 6 Mai 2026 et jusqu’au Lundi 11 Mai 2026 au soir, pour protester contre l’organisation infâme que nous subissons, et qui laisserait Nacon s’en sortir sans nous remettre notre dû. Poursuivre la production d’Endurance Motorsport Series (EMS) et Test Drive Unlimited (TDU) comme si de rien n’était, c’est permettre à Nacon de commercialiser des jeux produits et peaufinés par des travailleureuses qu’ils comptent virer selon nous de manière abjecte et autoritaire, sans état d’âme ni remerciement, usant du bien habile redressement judiciaire pour nous museler. Notre seul moyen de protester efficacement, pour qu’ils daignent nous considérer et les contraindre à s’asseoir à la table des négociations, c’est de toucher Nacon au porte-monnaie en ralentissant la production et en impactant les dates de sorties. Notre grève sera donc reconduite tant qu’il le faudra.

Nous exigeons :

  • l’annulation de tous les licenciements tant qu’un plan solide pour le futur de l’entreprise ne sera pas présenté ;
  • la réactivation du projet non annoncé et sa présentation à d’autres financeurs ;
  • le passage de toustes les travailleureuses au statut Ingénieurs & Cadres pour accroître nos droits et nos protections face à ces actes indignes ;
  • la révision contractuelle des liens entre Kylotonn et Nacon pour mettre fin au droit de vie et de mort du groupe sur nos vies et notre travail.

Pour partager la formulation de nos camarades de Spiders, vous ne pillerez pas les fruits de notre travail sur le cadavre encore chaud de nos emplois.


Nous appelons toute personne solidaire, ainsi que les joueuses et joueurs qui comprendraient à travers ce communiqué que Nacon est seul décisionnaire de tout ce qui est reproché, à contribuer à la caisse de grève mise en place pour l’occasion. Nous appelons aussi à la solidarité des travailleureuses de nos sociétés sœurs ainsi que de nos prestataires : le rapport de force se construira sur nos efforts unis.

Nous apportons toute notre solidarité à nos camarades de Spiders et de Nacon Tech, lâchement liquidés et dont le travail continuera à rapporter à Nacon malgré tout, ainsi qu’à nos camarades de Cyanide et de Big Bad Wolf qui attendent leur sort.

Des piquets de grève auront lieu devant nos locaux à Paris et Lyon le Jeudi 7 Mai à partir de 10h. Nous vous invitons à nous rejoindre en masse au 33 rue Maurice Flandrin à Lyon et au 96 rue Orfila à Paris. Les prises de parole auront lieu à 11h30.