La situation exceptionnellement grave du jeu vidéo appelle une réaction exceptionnelle de notre part. Tout indique que le secteur du jeu vidéo en France est dans une situation critique. Nous refusons catégoriquement de le laisser couler sans agir. Un mois après notre grève nationale du 27 mai, la situation, loin de s’être arrangée, menace toujours davantage d’emplois. Plus de 1000 emplois menacés ou déjà détruits, c’est plus de 1000 vies durablement impactées.
Une situation évitable, un patronat inconséquent
Après des années d’alertes sur des conditions de travail particulièrement difficiles, après avoir fait condamner de nombreuses entreprises pour leurs agissements illégaux et leurs manquements, voilà que les fermetures de studios et les plans de licenciement se multiplient en France et à l’étranger. Il ne faudrait pas croire que ces éléments seraient sans lien.
L’inconséquence de nos dirigeants à former et conserver une main-d’œuvre qualifiée, leurs abus répétés à l’encontre des travailleureuses, leur antisyndicalisme viscéral, leur incompétence à gérer des projets et leur incapacité à écouter les alertes levées ont directement mené à la situation actuelle. Cette crise était évitable, mais nos patron‧nes ont choisi de foncer dans le mur les yeux fermés.
Les pouvoirs publics ne sont pas en reste. En subventionnant sans aucun contrôle une industrie aux pratiques indigentes, l’État a encouragé un mode de fonctionnement économique et social délétère qui ne peut pas tenir sur le long-terme, menant aujourd’hui à l’effondrement potentiel du premier secteur culturel du pays.
Les dirigeant‧es expliquent que ce n’est qu’un mauvais moment et que la crise finira par passer, sans pour autant faire quoi que ce soit pour y mettre fin. Quoi qu’il arrive, cela aura des conséquences dramatiques pour nombre de travailleureuses. Les patron‧nes qui ont engrangé des millions ces dernières années continueront à se prélasser dans leur manoir avec piscine d’intérieur, à la tête d’un studio ou non.
Les conséquences sur la santé d’une perte d’emploi sont particulièrement importantes. Et les travailleureuses qui restent subissent des conditions de travail d’autant plus dégradées, et ne sont pas à l’abri de perdre leur travail dans les mois et années qui suivent. Avec l’IA en embuscade et le recours accru à la sous-traitance (qu’elle soit locale via du travail dissimulé ou à l’étranger), nul doute que les conditions de travail et l’emploi vont continuer à se dégrader si nous restons impassibles face à des dirigeant·es toujours plus court-termistes.
Nous savons que cette situation ne fera que se répéter et empirer si les pratiques ne sont pas fondamentalement modifiées. Les travailleureuses doivent avoir voix au chapitre pour que les directions arrêtent d’imposer des décisions idiotes et nocives, qui mènent à l’échec prévisible des projets, et mettent en danger les travailleureuses. La démocratie doit s’imposer en entreprise.
Mobilisation nationale le 25 juin, piquet à Quantic Dream
Pour toutes ces raisons, le STJV appelle à la grève dans tout le secteur du jeu vidéo le jeudi 25 juin afin de s’organiser et se regrouper pour lutter contre les licenciements en cours. Nous demandons également des changements drastiques dans l’organisation du travail, une place importante pour la démocratie et les décisions collectives.
Les licenciements ne sauveront pas l’industrie du jeu vidéo, bien au contraire, et il faut que dirigeants, journalistes, pouvoirs publics et élu‧es prennent conscience de la situation catastrophique, prévisible et évitable du jeu vidéo aujourd’hui. Cette date n’est que la première d’une mobilisation d’envergure à venir.
Quantic Dream subit actuellement le plus grand plan de licenciement du secteur depuis Blizzard en 2018, qui prévoit de supprimer 115 postes, soit un quart de ses effectifs en France. Il faut y ajouter plusieurs dizaines de licenciements déjà actés au studio de Montréal. Pendant ce temps-là, les conditions de travail continuent de se détériorer dans l’entreprise, les heures supplémentaires sont ouvertes, sans aucune prise de responsabilité des dirigeants. Nous ne pouvons l’accepter. Nous réaffirmons notre ambition de sauvegarder les studios en changeant profondément leurs fonctionnements arriérés.
Un piquet de grève aura lieu à partir de 9h30 devant Quantic Dream, au 30 Rue Raoul Wallenberg, 75019 Paris. Nous appelons toustes les travailleureuses quel que soit leur employeur, statut, localisation, à se réunir pour échanger, discuter, s’organiser. Face à l’incertitude de nos avenirs, faisons bloc pour montrer que nous sommes uni·es et solidaires et obtenir des améliorations.
Nous rappelons que cet appel couvre le champ d’action du STJV dans le secteur privé, et concerne donc toute personne employée par une société d’édition, distribution, services et/ou création pour le jeu vidéo quel que soit son poste ou son statut et quel que soit le domaine d’activité de sa société (jeux, consoles, mobile, serious games, VR/AR, moteurs de jeu, services marketing, streaming, produits dérivés, esport, création de contenu en ligne, etc.), ainsi que tous·tes les enseignants·es travaillant dans des écoles privées dans des cursus en lien avec le jeu vidéo. Puisqu’il s’agit d’un appel national à la grève, aucune démarche n’est nécessaire pour se mettre en grève : il suffit de ne pas venir travailler.
Nous communiquerons plus tard sur les futures actions à venir. L’été ne fait que commencer, et il sera chaud !
