8 Mars 2022 : grève internationale pour les droits des minorités de genre

Le 8 mars est la journée internationale de lutte pour les droits des femmes. Date choisie pour rappeler la grève des femmes du 8 mars 1917 en Russie qui a déclenché la révolution russe, cette journée a toujours eu pour objectif de réclamer l’égalité des droits pour tous les genres et de mettre fin aux discriminations sexuelles, par la lutte. Depuis quelques années, cette journée a commencé à devenir une journée de grève massive dans de nombreux pays.

Les luttes féministes en 2021

À l’approche des élections présidentielles et législatives, le contexte reste aussi tendu que l’an dernier : extrême-droite omniprésente, recul de la démocratie, violences policières, et épidémie de Covid-19 qui entraîne notamment la hausse de la précarité et des violences sexistes et sexuelles. L’accès à l’IVG est menacé dans de nombreux pays, voire en régression comme aux USA, en Pologne, en Russie, en Hongrie ou en Chine. Les femmes et minorités de genres subissent des attaques en France et partout dans le monde. Au travail, on constate que les égalités théoriquement acquises et inscrites dans la loi sont en pratique, par manque contrôles, de moyens, de volonté, très limitées, non appliquées ou simplement inexistantes.

Mais malgré ce constat alarmant, il ne faut pas pour autant oublier les victoires obtenues durant l’année et qui montrent que la lutte féministe peut toujours vaincre, qu’elle doit continuer toujours, partout, et ne pas faiblir.

En France on compte notamment :

  • Victoire des femmes de chambre de l’hôtel Ibis Batignolles après 22 mois de lutte syndicale et de grève
  • Prolongation jusqu’à 25 ans de la gratuité de la contraception
  • Interdiction des « thérapies de conversion »
  • Délai d’accès à l’IVG allongé à 14 semaines

Et dans le monde, cette liste étant très loin d’être exhaustive :

  • Avancées à différentes échelles sur l’IVG dans de nombreux pays : Japon, Gibraltar, Namibie, Saint-Martin, Colombie, Mexique…
  • Mise en place de mesures pour lutter contre la mortalité maternelle des femmes afro-américaines aux USA
  • Les femmes saoudiennes non-mariées peuvent dorénavant choisir où vivre sans accord de leur « gardien »
  • Prise en compte de la maternité dans le calcul de la retraite pour les femmes en Argentine
  • Inclusion de l’histoire des personnes LGBTQIA+ dans les programmes scolaires en Écosse
  • En Indonésie, avancement et simplification des démarches administratives, permettant aux personnes transgenres d’obtenir une carte d’identité
  • Mise en place en Australie d’un dispositif d’aide aux femmes victimes de violences conjugales, leur permettant de recevoir de l’argent pour les aider à quitter leur conjoint

L’égalité entre toutes et tous concerne tout le monde. Que l’on soit concerné‧es directement par les discriminations ou non, celles-ci ont un impact sur nos vies et lutter contre doit faire partie de notre projet de société commun. Ce que nous devons constamment nous rappeler : nos droits ne sont jamais acquis et il est plus que jamais important de se battre, toutes et tous ensemble, pour les défendre et en acquérir de nouveaux.

Dans le jeu vidéo

Les travailleur‧ses du monde entier s’organisent et luttent pour demander des comptes à leur direction et à leur entreprise, et pour détruire le sexisme dans l’industrie. Cela est particulièrement vif et visible à Ubisoft et Activision-Blizzard, où les travailleur‧ses luttent depuis plus d’un an. Les affaires révélées dans ces deux géants de l’industrie sont un exemple particulièrement sordide du décalage entre l’égalité et les droits théoriques, et la réalité matérielle.

Les violences et discriminations sexistes sont de manière générale très présentes dans l’industrie du jeu vidéo. Très majoritairement masculine, elle combine de manière exacerbée le capitalisme, donc l’exploitation des travailleur‧ses par les personnes possédant les moyens de production, et le patriarcat, la domination des hommes sur les personnes d’autres genres. Cette combinaison amène à des situations dans lesquelles les personnes marginalisées subissent des violences sexistes, homophobes, transphobes, etc. et ne disent rien car leur auteur a un pouvoir sur elleux au travail, sur leur situation économique et sur leur carrière. Bien souvent, ce sont même les victimes qui subissent les foudres de leur entreprise quand elles parlent en étant poussées à la démission, mises « au placard », suspendues, etc.

Un fait notable et parlant, qu’il faut rappeler : le pourcentage de femmes dans l’industrie est plus faible que dans les écoles et formations liées au jeu vidéo, et leurs carrières sont en moyenne bien plus courtes que celles des hommes. Les femmes et autres minorités de genre subissent de la discrimination à l’embauche et dans les promotions, sont confronté·es au harcèlement dès leurs premiers stages et souvent même dans leurs écoles, et sont en moyenne moins payé‧es que leurs collègues masculins.

De plus, les pratiques comme le crunch, la fréquence des burnout et l’inadéquation de l’industrie avec la vie familiale, combinées à la division patriarcale du travail et au nombre majoritaire d’hommes dans l’industrie, font reposer la production vidéoludique sur le travail des femmes. Ces pratiques entraînent une surcharge de travail domestique pour les femmes, à qui il incombe malheureusement déjà de manière disproportionnée dans l’organisation sociale patriarcale actuelle.

Le rôle des syndicats

C’est pour cela que la lutte syndicale est aussi une lutte féministe, et réciproquement ! En tant qu’organisations créées pour défendre les travailleur‧ses dans leurs rapports avec les entreprises qui les exploitent, améliorer leurs conditions matérielles d’existence et leur rendre le pouvoir, les syndicats sont très bien placés pour se battre pour l’égalité salariale et contre les discriminations, le harcèlement, et les conditions de travail délétères qui accablent les minorités de genre.

Les syndicats sont uniques dans leurs pouvoirs, car ils peuvent communiquer directement dans les entreprises, représenter et assister les travailleur‧ses ses en cas de conflit avec leur employeur‧se (aussi bien au tribunal que dans un entretien disciplinaire), négocier avec ou faire pression sur les directions d’entreprises, etc. En bref, en organisant les travailleur‧ses et en renversant le rapport de force dans le travail, les syndicats sont un outil puissant pour mener la lutte féministe et s’assurer que pas une seule personne ne reste isolée.

Toutes et tous en grève le 8 Mars 2022 !

Le Syndicat des Travailleurs et Travailleuses du Jeu Vidéo appelle à la grève dans le jeu vidéo le Mardi 8 Mars, pour lutter contre les discriminations et inégalités entre genres dans notre industrie. Nous appelons pour toute la semaine du 8 Mars les femmes et minorités de genre à faire une grève du travail reproductif (tâches ménagères, garde des enfants, travail émotionnel, …), et nous invitons toutes et tous à aller manifester le 8 Mars 2022.

Nous rappelons que cet appel couvre le champ d’action du STJV dans le secteur privé, et concerne donc toute personne employée par une société d’édition, de distribution, de service et/ou de création de jeu vidéo ou matériel pour le jeu vidéo quel que soit son poste ou son statut et quel que soit le type de production de sa société (jeux consoles, PC, mobile, serious games, expériences VR/AR, moteurs de jeu, services marketing, consoles de jeu, streaming, etc.), ainsi que tout·es les enseignant·es travaillant dans des écoles privées dans des cursus en lien avec la production vidéoludique. Pour toutes ces personnes, et puisqu’il s’agit d’un appel national à la grève, aucune démarche n’est nécessaire pour se mettre en grève : il suffit de ne pas venir travailler les jours où vous souhaitez faire grève.