Les salariés de gumi Europe licenciés au rabais !

Nous relayons ci-dessous le communiqué de nos collègues de gumi Europe.

 

Après l’annonce officielle de l’arrêt du jeu Brave Frontier: The Last Summoner, gumi Europe (la société développeuse et éditrice du jeu) va être fermée.

Les salariés dénoncent des conditions de licenciement et départs au rabais et pointent la responsabilité de la maison mère, gumi Inc., basée à Tokyo au Japon.

Quel sont les reproches formulés à l‘encontre de gumi Inc. ?

  • Les conditions de sortie proposées aux salariés sont minimales malgré les investissements mutuels et personnels réalisés durant une phase de développement du jeu extrêmement tendue;
  • Aucune alternative ou piste exploratoire n’a été engagée en vue de faciliter le reclassement ou la suite professionnelle des futurs ex-salariés de gumi EU. En outre, les propositions faites par les salariés n’ont reçues que des réponses négatives;
  • gumi Europe (succursale de gumi Inc) bénéficie d’argent public grâce à un crédit d’impôt du CNC, à hauteur de 1,5 millions d’euros, et dans le même temps détruit des emplois sans explorer toutes les alternatives possibles;
  • gumi Inc. fait de nombreux reproches à gumi Europe, allant jusqu’à remettre en cause la compétence même de ses salariés, afin de justifier sa décision de fermeture. Cependant gumi Europe, n’étant qu’une succursale de gumi Inc., ne peut être tenue responsable des erreurs de gestion qui restent imputables à la maison mère qui avait tous les pouvoirs de décision.

gumi Inc. fait preuve d’un grand gâchis humain.

Après une importante phase de restructuration de ses effectifs entre 2016 et 2017 (renouvellement d’une grande proportion des effectifs), après plus de 2 ans de développement, après le lancement mondial du jeu Brave Frontier: The Last Summoner, gumi Inc. décide brutalement l’arrêt du jeu et la fermeture du studio de Paris (gumi EU). Bien que déjà très vraisemblablement décidée à gumi Inc. (Tokyo) dès le mois d’Octobre 2018 cette information n’est officiellement communiquée au délégué du personnel qu’en Avril 2019, après avoir laissé s’installer pendant 6 mois une situation d’incertitude démotivante pour les salariés.

En conséquence entre Octobre 2018, date de l’arrêt progressif des budgets marketing du jeu mais aussi démarrage de la situation d’attente à peine 1 mois après le lancement du jeu, et Avril 2019, moment de l’information officielle de la fermeture du studio, plus de 20 personnes quittent le studio soit pour cause de contrat ne pouvant être renouvelé soit en démissionant à cause de la démotivation engendrée. Plusieurs départements ne fonctionnent alors plus correctement et le “système D” doit être mis en place afin de continuer à faire tourner le jeu et sortir toutes les semaines du contenu pour la communauté de joueurs, élément crucial dans un jeu dont le modèle économique est la gratuité par défaut (free to play). À titre d’exemple, en Février 2019 gumi Europe opère sans département marketing et en Avril 2019 l’équipe de QA interne est réduite à… 2 stagiaires !

Phénomène aggravant, après l’arrêt effectif du marketing en Octobre 2018 gumi Inc. fixe à gumi EU des objectifs extrêmement ambitieux et trop proches dans le temps, ayant pour échéance Décembre 2018, pour conditionner la reprise des investissements marketing. En plus de la compensation des effectifs perdus les salariés doivent s’investir à nouveau fortement pour tenter d’atteindre ces objectifs, provoquant ainsi à nouveau recours à du travail le soir voire certains week ends. Renouant ainsi avec la pratique du crunch qui était déjà régulière au sein de gumi Europe pour permettre d’atteindre les objectifs de livraisons imposés par gumi Inc. Et ce alors que pendant le même temps gumi Inc. considère la fermeture du studio.

Les effectifs de gumi Europe sont talentueux et ont des compétences qui peuvent être réutilisées dans d’autres studios ou d’autres activités du groupe (jeu vidéo, réalité virtuelle, ingénierie pour la crypto monnaie…). Aucune démarche d’analyse des compétences ni aucune tentative de “reclassement” n’a été opérée par gumi Inc. qui a préféré opter pour une fermeture sèche sans se préoccuper de ses employés.

En outre, alors que cela s’est déjà produit dans le passé du groupe (fermeture du studio de Stockholm en 2016) et malgré la demande explicite de certains salariés, gumi Inc. a refusé de céder le code source du jeu, ce qui aurait permis la sécurisation de la création d’une nouvelle société pour environ 10 salariés qui auraient pu bénéficier de 3 années accumulées de développement technologique. Jamais gumi Inc. n’a mentionné la recherche de repreneur ni accepté la cession du code source du jeu suite à la demande des salariés. En cela encore une fois gumi Inc. n’affiche aucune volonté de vouloir faire des efforts pour sécuriser l’avenir de ses ex-salariés.

gumi liquidateur de la confiance de la communauté

Le modèle de jeu free to play repose sur la confiance qui s’établit entre le développeur et sa communauté de joueurs. Pour y parvenir les équipes de gumi EU ont depuis 2014 – depuis le premier projet Brave Frontier opéré par gumi EU – déployé de nombreux moyens et se sont mies à l’écoute des attentes des joueurs via ses manageurs de communautés. Résultat : plusieurs centaines de milliers d’heures de jeu consacrées et autant d’euros investis par les joueurs. Ce cercle vertueux est brutalement mis à mal par la décision de gumi Inc. de fermer le jeu et entraîne immédiatement après l’annonce officielle de fermeture (le 11 Juin 2019) un délitement de la communauté construite. La communauté se sent flouée au vu de l’engagement dont elle a fait preuve.

Brave Frontier: The Last Summoner n’est hélas pas le seul cas concret au sein de gumi. Cela laisse à penser que gumi Inc. n’envisage sa communauté que comme un moyen financier, tout en omettant la confiance préalable à cette relation. Il faut à cela rajouter que les manageurs de communauté communiquent avec les joueurs à visage découvert et que leur personne est connue de ceux ci. Il est ici question de professionnalisme mais aussi de réputation sur le marché de l’emploi. Comment dissocier son image personnelle de celle de son employeur qui ne respecte pas ses engagements ?

gumi bénéficie d’argent public mais ne respecte pas ses promesses

1,5 million d’euros d’aide au titre du crédit d’impôt du jeu vidéo ont été attribués à gumi afin d’accompagner le développement et le lancement du jeu Brave Frontier: The Last Summoner.

En contrepartie, il est implicitement attendu que les plans de développement et de commercialisation du jeu soient respectés. Hors dans le plan déclaré auprès du CNC (et qui a permis la validation du crédit d’impôt), 3,5 millions d’euros étaient prévus pour le marketing du jeu sur plusieurs mois. In fine seuls 500 000 euros ont été investis dans le marketing, précipitant ainsi l’effondrement de la notoriété du jeu et permettant ainsi à gumi Inc. de justifier de la décision de fermeture par la non atteinte des résultats attendus.

Il y a à la fois une situation de non respect de ces déclarations et engagement mais aussi de mise en place d’une prophétie auto-réalisatrice provoquant les conditions nécessaires pour que le groupe puisse justifier l’actuelle situation de fermeture de gumi Europe.

Pour toutes ces raisons les salariés de gumi Europe se sentent aujourd’hui floués et non respectés au vu du de l’investissement qu’ils ont réalisé durant ces 3 ans de développement.

En outre, le management de gumi a recruté et fait déménager des profils pointus venus de l’étranger (pays européens et asiatiques principalement) sur la promesse d’un plan de carrière à long terme (développement de jeux additionnels…). Rien de cela ne se sera passé et nous avons communément le sentiment qu’il est de notre devoir de continuer à entretenir au mieux le lien de confiance qui a fait venir ces personnes en France pour sauvegarder notre attractivité et notre compétitivité à tous.

Les salariés de gumi Europe demandent donc la reconsidération et la réévaluation des conditions de sortie et espèrent être entendus par leur maison mère gumi Inc. avant de devoir intenter des actions en justice.