Arkane Studios pourrait fermer sans jamais avoir connu l’échec

Bandeau de l'article Arkane Studios Microsoft doit répondre maintenant

Le futur d’Arkane doit être choisi par ses salarié·es

Aujourd’hui, alors que la production de Blade avance de bon train et que le projet promet de faire honneur à la qualité de travail à laquelle Arkane a habitué son public, les travailleureuses se retrouvent face à une bien triste réalité : notre studio pourrait voir ses portes se fermer pour la seule et unique raison que Microsoft l’a décrété, au risque de saboter le jeu qu’il a lui-même financé.

Après nos premières prises de paroles dans le Monde et Les Échos il y a deux semaines, Microsoft avait daigné nous accorder un sursis, un mois supplémentaire à la procédure. C’est un pas en avant, et la preuve qu’ils peuvent avancer, mais c’est bien loin d’être assez.

Le STJV alerte aujourd’hui sur le péril dans lequel se trouve l’entreprise, mais aussi ses travailleureuses : alors que le choix de Microsoft de se séparer d’Arkane Studios impose aux travailleureuses une pression permanente de devoir conjuguer la fatigue de la production du projet, le stress de la recherche de repreneur et l’anxiété de voir leurs emplois peut-être disparaitre ; les conditions de départs proposées par Microsoft restent indignes. Encore plus quand on considère que le géant de la tech a décidé unilatéralement et sans fondement aucun, de détruire la vie de centaines de travailleureuses.

Microsoft a décidé de fermer Arkane

Microsoft a décidé de justifier cette décision par des motifs économiques. Microsoft a même créé ces motifs économiques. Car après avoir gelés pendant 19 mois les recrutements du groupe, créant artificiellement des retards et des surcoûts, Microsoft invoque aujourd’hui ces mêmes retards et surcoûts comme motifs de fermeture. Sans parler des ressources financières d’Arkane. Comment ne pas être vu comme un « centre de coût » quand les jeux précédents du studios, vendus à plusieurs dizaines de millions de copies tous titres confondus sont complètement absents des résultats de l’entreprise. Ou encore, de la trésorerie d’Arkane, constamment à sec car remontée au groupe via un mécanisme de cash pooling. Jusqu’à cette fermeture elle-même faite au mépris de tout bon sens, y compris financier, car fermer Arkane Studios et annuler Blade couterait sans doute aujourd’hui plus cher que de le finir.

La réalité c’est que ces décisions sont le résultat d’un calcul froid et méthodique, faisant abstraction de la réalité de nos vies, nos projets et nos rêves pour servir les intérêts financiers court-termistes de Microsoft. Dans la lignée des vagues de milliers de licenciements annuels, des fermetures de studios et maintenant des dizaines de milliers de départs volontaire proposés par le groupe, la décision de fermer Arkane n’est pour eux que l’application brutale d’une logique de recherche de maximisation des profits. Arkane est rentable. Juste pas assez rentable aux yeux de Microsoft.

Alors oui, Microsoft est responsable de la situation dans laquelle se trouve Arkane. Microsoft est responsable de la situation dans laquelle se trouvent les travailleureuses. Microsoft doit donc en assumer les responsabilités.

Des moyens à la hauteur des enjeux

Grâce à la loi française, Arkane Studios a la possibilité de trouver un acquéreur. Et nous avons toustes la conviction qu’il existe un avenir pour un studio comme Arkane, avec ses 25 ans d’histoire, ses multiples jeux à succès et une équipe dont le talent est reconnu internationalement. Nous voulons continuer à faire vivre ce studio qui est le nôtre, terminer et vous présenter Blade, et bien d’autres jeux par la suite. Et nous souhaitons ardemment que ce futur existe.

Mais ne nions pas la réalité : nous voulons une reprise qui donne au studio les moyens de durer au-delà de Blade, pas une poursuite de l’activité à n’importe quelles conditions. Si aucune offre de reprise sérieuse n’émerge, Arkane fermera ses portes. Ce faisant, ce seront 217 vies qui seront chamboulées, entrainées vers la précarité et jetées sur le marché du JV alors que ce dernier traverse une crise sans précédent. Et à ces 217 salarié·es, il faudra ajouter tous les prestataires, freelances, services de maintenance, de sécurité, ménage qui permettent à notre studio de fonctionner. En plus des développeurs, des centaines d’emplois en danger.

Alors quand le groupe qui décide que nous devons mettre la clé sous la porte est, selon bien des sources, celui le plus rentable au monde, totalisant plus de 133 Milliards de dollars de bénéfices nets l’année passée, le minimum est que les mesures permettant d’assurer un avenir aux travailleureuses soient proportionnées à ces moyens. Les conditions proposées jusqu’ici sont inacceptables à nos yeux, et nous ne laisserons pas les vies des travailleureuses d’Arkane Studios être ainsi détruites sans en payer le juste prix. Aussi nous demandons :

  • De donner aux travailleureuses un contrôle sur leur futur et les choix qui les régissent :
    • Aller plus loin que la consultation du CSE et donner aux employé·es une voix à la table des négociations dans le choix de leur potentiel repreneur, via leurs représentants au CSE et les syndicats .
    • Mettre en place un fond de protection pour les employé·es, d’un montant similaire aux garanties du PSE, en cas de licenciement économique par le repreneur dans les 24 mois après le rachat.
  • Dans le cas d’un PSE, de débloquer des fonds à la hauteur du groupe qu’est Microsoft afin que, dans l’éventualité où Arkane Studios ferme, les travailleureuses soient indemnisés à la hauteur du préjudice subit :
    • Une indemnité de licenciement de 200K€.
    • 2 ans de congé de reclassement financé par Microsoft.
    • Mise en place de la mutualisation des moyens de formation et de création d’entreprise avec une prime de reliquat pour permettre à toustes de pouvoir envisager un après sereinement.
    • Indemnisation de rupture de contrat pour les travailleureuses indépendantes laissés sur le carreau par la production à la hauteur de l’indemnité de licenciement.